MEMOIRES DE L'ACADEMIE DES SCIENCES , ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. ^.8 6/. 3, a- MEMOIRES DE L'ACADEMIE DBS SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. PARTIE DES SCIENCES. tytnne'e/ 4d35. DIJON , FRANTIN, IMPRIMEUR DE L'ACADIJMIE. 183^5. MEMOIRES DE L'ACADEMIE. HISTOIRE IVATURELLE. . — — o^^ asa o^' AMBROISE PARE, AU XIX' SIEGLE '7 PAR J.-\. VALLOT, DOCTECR EN MEDECINE, MEMBr.E DE PLUSIEUnS SOCIETES SAVAKTES j KATIOKALES ET ETRAKGERES. Le jugement porte par Haller (^Bibl. anal., torn, i, p. 198), par Portal {^Hist. de I anal, el de la chirurg., torn. 1, p. 491), par Sonnini {^Noiiv. Diet, dliist. nat., edit. 2 , torn. 32. , p. 387 , au mot Tamach, pour Tha~ nacth) etc., m'ayant paru extremement severe, j'ai voulu savoir jusqu'a quel point Pare meritait les re- proches qui lui ont ele adresses ; son eloge par le doc- teur Yimont , couronne le 1" septembre i8i3,par la Societe de medecine de Bordeaux, ne contenant aucune reflexion a ce sujet , je me suis decide a reparer cette omission. J'ai pense qu'il serait inleressant de suivre la marche de I'esprit liumain , et d'en examiner le developpement dans I'exposition et I'explication des phenomenes luuU liplies que nous prescnle le rcgne organique. (6) Pare en a recvieilli une granclc partic ; ma is n'ayant pas ele temoin de lous , il a du s'en rapporler aux au- teurs qu'il consullait , et payer le Iribul a son siecle , dont il etait cependant une liiniicrc : i! esl bien certain que s'il cut etc seconde par Ics connaissanccs positives acquises dcpuis lul, il aurait apprecie a lenr juste va- leur tons Ics recils qu'il a repeles , et il avuait donne des explications fondees sur la rcalite. Le travail present n'a pas pour ol)jct dc demontrer que les dessins donnes par Pare sont fabiilcux ( ce que Ton admet ordinairenient avec Irop de legerele ), mais de demontrer leur source , ce qui jusqu'a cetle heure n'a jamais ete fait completement. Alin de faciliter les recbercbes, je suivrai I'ordre adopte par Pare dans la 6^ edition de ses OEuvres, Pa- ris , 1607, in-lblio. Je Cerai d'abord observer que cet auteur, qui con- naissait tousles ouvrages de ses predecesseurs , avait bien senti que I'art de guerir ne dcvait pas ctre uni- quement borne au pansement des plaics el a la pres- cription vague de quclqucs evacuans : il aurait ete loin tl'approuver ce moine raoscovite qui les rcmplacait par • une brosse plongee dans rcslomac pour le nettoycr , ainsi qu'on pent s'en assurer, Joiini. des Savans , 1711, p. 4?°) Journal economique , i'J^<)i aout , p. 383; Raymond , Traite des maladies qu'il est dangereux de guerir , p. 229-230. Tl etait convaincu que riiomme qui se consacre au soulagement de ses semblablcs doit avoir des connaissanccs positives en bistoire naturellc, soil pour se procurer des mcdicamens precieux , soil pour reconnaitre le danger des substances deleleres ou des animaux nuisibles. Ainsi on doit rcgarder ce qu'a public Pare , comme (7) rencyclopedie de I'histoire naturelle du xvi* siecle. Plusieurs auteurs n'ont en effet pas cu d'autre guide, et le savant jesuite Gaspard Schott , dans son ouvrage intitule : Physica curiosa, repcte toutes les merveilles indiquees pai' Pare, ct les admet comme reelles, sans les discuter et sans en donner de preuves. Nous commencerons notre examcn par le second livre, qui traite des oniniaux et de rexcellence de rhomme ; mais avant, nous rappellerons une exageration qui a donne lieu a un colloque piquant ; « J'ai vu, dit un interlocuteur , un chou plus grand qu'une maison. El nioi , dit I'autre, un pot aussi grand qu'une eglise. » Le premier se moquant , I'autre reprit : k Tout doux, on le fit pour cuire votre chou... » II n'etait cependant question dans I'assertion du premier interlocuteur que d'un fait reel bien connu , mais prescnte ou plutot ra- conle avec Texaqieration assez habiluclle aux vovapeurs. On sail en cfTel que le nom de chou (caulis) est donne au gros bourgeon terminal des palmiers, dont celui du palmiste franc , arecaoleracea, Lin., est employe comme substance alimentaire. Ce palmier, Icpluselcve et le plus elegant des arbres de TAmerique , est la source du chou plus grand , c'est-a-dire plus elcve , qu'une maison. Parmi beaucoup d'observalions exactes consignees dans I'ouvrage de Pare, il en est quclques-uncs qui parailraient hasardees si la science n'etait pas venue les confirmer. L'auteur , en effet , s'en rapportait aux rccits des voyageurs, et sa bonne foi ne lui permettait pas de supposer qu'il se trouvait des hommes disposes a se jouer de la credulite des autres. Dans la presente dissertation , on acqucrra la cer- titude que si Pare eut pu observer par lui-meme tons les fails qu'il raconte , il les aurail apprecies justement, (8) et il ne s'en serait pas laisse iinposer par les idees de son siecle. P. 59. CiiAPiTTiE VI. Dps Mouches a miel. Get article de Pare rcnferme cc que de son temps on croyait des abellles ; mnis les observations modcrnes ont dissipe les prejuges que Ton avail sur elles. J'ai ete surpris du silence garde par notre auteur, sur Tassertion suivanle, relative aux abcilles , avaneee par Pline , et jouissant d'une grande faveur dans I'csprit des alchiniisles pour Icur rechercbe du grand ceuvre. Mel utUissinmm ocidis niirihus quoque in quo sunt apes immortuce. Plin. H. N. , lib. xxix , cap. vi. Tormina et nielle curaniur in quo sunt apes immor" tuoe decocto. Op. cit. , lib. xxx , cap. vii. Tetris ibi hulceiihus et mananlihus auxiliantur Mel in quo apes sunt eniortuce, cum resina... tricesimo- que die resolvunl. Op. cit. , lib. xxx , cap. viii. Les Anciens attribuaient des vertus merveilleuses a cette sorte de miel. Cette opinion regnait encore , il y a pcu d'annces , chez quelques pcrsonnes. IVous avons •vu a Dijon deux de nos confreres a T Academic , Tarlc- lin et Guichard , qui cepcndant n'elaient point depour- vus d'instruetion , repeler des essais pour sc le procu- rer : ils fondaient sur la reussilc de leurs tenlatives Tespoir d'obtenir une panacee merveilleuse. Le premier avait fait construire dans un des petils jardins du jardin de Botaniquc , donne a TAcadcmie par M. Legouz de Gerland , un ruclier dans lequel sc trouvaient plusieurs paniers d'abcilles , pour se procu- rer ceux qui devaient realiser les csperances de lexpc- rimcntateur. Le second avait place dans son cabinet , dont il en- trclcnail constaiuracnl Li leinperalure au meme degre, (0) deux ruches fermees liermetiquement , et il esperait, au bout d'un temps dont il avait fixe la duree , obtenir le remede incomparable , sur lequel il ctablissait Tespe- rance dune fortune proportionnee a rimmense service qui serait rendu au genre buraain, Le secret mis par ces deux individus dans leurs operations myslcrieuses , n'a ete que soupconne pendant lour vie ; mais api-es Icur mort , il a ete decouvert. II est inutile , je pcnse , de signaler I'insucces de ces tcntatives ridicules, analogues a celle de la recherche du grand oeuvre par les alchimistes , et a celle de la formation de riiomoncule dans un matras, par Ray- mond Lulle. Kircher, 3Iund. subterran. , torn, a, lib. XI, sect. 2, cap. \n,p. 277-279. Henckel, Flora SU' turnisans , p. 221. yicl. Dh'ion. 1820, p. 332. P. 61. Chap. vni. Des fourmis. Pare , appuye de I'autorile de Plutarque, dit en par- lant des fourmis : « Da vantage jamais ne font mal les « unes aux autres. » Cette assertion etait dementle par une observation dMneas Sylvius, rapportee par Lvcostenes (P/orf/g-. ac osieiilor. clironic, j>. 47^)- I' s'agit d'un grand com- bat de fourmis, dont il avait etc temoin I'an i/po , pres de Boulogne en Italic ; les details en sont curieux , et je les conserve dans la note ci-dessous (1). On les aura, (1) Voici ce qu'll dit : In anro enim BononlensI pirum quauidam arldam ex rainoribus formicis , pastiis causa , com- plures ascenderant, supervenere majores non parvo numero, qiia3 illas parlini occiderunt , parliiu dejecerunt. Post duas ferine lioras, tanta minoruiii lormicannn "vis exorla est ut totus ager iiigro tectiis asmine vlderetur. Accessere stipatse omiiesj et aiboiis uiidique stipitem cii'-; (10) pendant long-temps , regardes comme une fable •, ce- pendant le Journal economique , 1762, juin , p. Sp , donne la relation d'une guerre de fourniis dans laquclle les Ibunnis jaunes furcnt vaincucs par les noircs. I.es observations subscqnentcs d'Hubcr, Rechcrches sur les niceurs des founnis indigenes , ont confirnie celle d'Jilneas Sylvius, relative au combat des fonrmis ama- zones, polyergus ntfescens , Latr. , avee les fonrmis noircs cendrces , formica fusca , Lin.; combat dont, en 1804 , le 17 juin , a ele tcmoin Huber qui a encore de- crit la guerre cruclle que les fonrmis Hercules , /b/v/z/crt herculeana , Lin., font aux fourmis sanguines, formica sajiguinea , Latr. , qu'cllcs vont cherclicr jusqu'aux portes de leur babilalion ; el celle que les fourmis fauves , formica rufa, Lin., se font entre ellcs. Jc ne puis quitter I'liistoire des fourmis sans rappe- lerlcs caricatures basecs sur les sauterelles, d'aprcs leur cmndantes paulatiin adscendere cceperunl. Majores formicae ubi hostes adesse aniniadvertermit , conolobatac supern^ piignaui expeclaverunt. Postqiiam sinuil acies coinenere, coiiimisso prajlio majores morsu rabido, niodo illas iiiodo islas e miiioribiis intereiuere , totascjue brevi spalio confe- ceriuit , ut cadentium morienliumque cuinulus , ad piri ra- dices non parvus in terra siiccreverit. Sed ciini pertiiiacius ins- tareiit minores , semperqiie acies aciem premeret, vigiuti- que ant plures unaiu ex hoslibus circumdareiit , et a lergo et a fro lite ]nignanles, undeqiiaque latera coiifoderent, \ic- tse lanien inajusculrc, el ad iinum oinncs iiecalse, illali prius tenierc praelii pcenas dedere. Hacc acia sunt speclaolibus romanae Ecclesiae coplis , ciim Petri Calliedram Eugenius quarlus teiiciel. {Lycosthenes.... Voy.Moufet) ins. Theat.^ p. 242.) (H ) description , faite allegorkjuenient et d'une manicre ex- pressive par les Orientaux , et rcpetee par Bochar J. Voy. Act. Dmon., 1820, p. 268. (1) « L'animal qui devaste les champs cultives et se plait dans les deserts, c'esl la saulerelle \ ellc a la tele du clieval, le cou d'un taureau , les ailes d'une aip,le , les pieds d'un chameau , la queue d'un serpent , le corps d'un scorpion et le bois d'une gazelle. » Contes ineclils des Mille eL uiie nidis , tr achats par Trebutieii , toni. 1, p. 109. D'apresce, il ne faut plus etre surpris de la figure supericure , representee a la jyage 20 de I'ouvrage de Moiisiris de Forlunio Liceti. Son dessinateur a rencheri sur la forme de la sauterelle , a laquelle il a donne la tronipe de TelepUant, et quatre ailes d'aigle pour rem- placcr les dcmi clytrcs el les ailes membraneuses. Lau- ren) Pignorius avail ajoute dans scs notes sur les Eiu- blemes d'Aleiat , que le 18 aout i552 , une nuee de sauterclles, conduites, disait-on, par ee monstre , rava- gerent la Lonibardie et le pays de Venise, ainsi que le rapportc Fortnnio Liceti , poge 19. « Les sauterellcs de passage forment ces nuages epais dont parlent les voyageurs. Leurs cadavrcs corrompus sur le sol , sont ceux dcs serpens ailes vus en Egypte (i) par Herodote. (^Gi)llus cegyptius — tartaricus ~~ li~ neola, quclquefois le G. migratorius. ) « En Barbaric , les babitans font des provisions, pour leur proprc usage ct le commerce , du grjUus llneola. lis (r) Les serpens ailes vus en Egypte par Herodole sont certainenienl le Coluber Haje qui, provoqiie , tlatgit sou cou J compare alois a dcs ailes. C'est le Naja Haje. ( 12) otent les elytres et les ailcs de ces orihopteres , et les conservent ensuite dans de la saumure. « Les indigenes du Senegal en font secher une autre dont le corps est jaune, tachete de noir, et que Shaw et Denon ont figui-ee dans leurs relations ; la reduisent en- suite en poudre et Temploient conime de la farine. » Cuvier. Regne animal, ed. 2, torn. 5, p, iSy. Ces nuees de sauterelles deviennent la proie du merle rose, tiirdus roseiis , que Sonnini n'avait pas reconnu etre le Seleucide dcs Ancicns, Nouv. Diet, d'hist. nat., ed. 2 , torn. DO , p. 534 5 quoiqu'a la page 264 du nieme volume , on parle d'un tardus gryUivora ( turdus ro- seus) , et que dans le torn. 20 , p. 286 du meme ou- vrage , on ait dit posilivement : le merle rose est le seleucide. Olivier, T^oyage en Perse, torn. 4, p- 388-38c), a fait connaitre les sauterelles d' Arabic , yJcridium pere- grinum , devorees par le tSa//ia/7«a/', c'est-a-dire par le merle rose. P. 62. Chap. x. Pourlraict du Succarath. La description et la figure de cet animal , appele Su par les Cannibales , sont tirees des ouvrages de Thevet. France antarclique , fol. 106 •, Cosmographie , torn. 2, //V. XXI, cliap. /^,foL 961, i'erso. Le Nouv. Diet, d'hist. nat. el le Did. des sc. natur. regardent le Suon Succarath, comme un quadrupede ferocc de la tcrre des Patagons , dont il est impossible de reconnaitre rcspcce. Nous avons demontre , y/ct, Divion. 1820, p. 283-286 , que le Su elait le Didelpbe cayopollin ; et par la comparaison de plusieurs figures tirees de Lycoslhenes , repctees par Aldrovande , nous avons fait voir comment I'crrcur, apres avoir pris nais- sauce , s'elait propagce. ( 13 ^ Thcvet , France ajitarctique , fol. g5 , verso, parle d'une abeille qui fait une cire noire comme du char- bon, Le miel , dit-il , est mange par I'animal Hey rat, appele Taxiis americanus par Charleton , Onomasticon , p. 17. Raj , Hist, plant., torn 2 , p. 1794? ""• 5i , re- garde le Heyrat comme un fourmilier; mais en exami- nant la figure donnee par Thevet, on ne remarque point I'alongement du museau du tamandua. A-Ussi on peut etre certain que le Heyrat de Thevet est le Cerco- lepte-potto bien decrit et figure dans le Diet, des sc. nal., torn. 24, />. 44°~44^? ^ lias, Mammi feres, pi. 53, Jig. 1 , grand destructeur d'abeillcs sauvages , comme nous I'apprend M. Alex, de Humboldt. L'abeille signalee par Thevet est V^pis atrala, Fab. P. 65. Chap. xiv. Des Betes qui sont es eaux. Dans ce chapitre Pare , sous le nom de Lamproje , vent parler des squales ; leur histoire , envisagee par fragmens , a donne lieu a une multitude de contes fa- buleux , dont beaucoup sont consignes dans VHortus sanitatis, lib. in , cap. 1 .,fol. 71, sous les mots : Abre- mon, Albirem ; cap. 10, fol. 73, verso, Ahuna (1); cap. 16 ifol. 74, Canis marinus. Ces poissons , ayant la faculte de renverser leur esto- mac , et consequemment de rejeter quelqucfois des pois- sons qu'ils avaicnt avales , ont fait croire qu'iis vomis- saient leurs petits (2), ainsi que le raconte Levinus (1) Albert, //^. 24, donnaitlenom dH Ahunum, seu HaJianc, ^cepoisson appele par les pecheurs deNorvege, 6"wa/«^5cX:, comme on le \oit dans Olaus Magnus, Septent. , lib. xxi , cap. 38 , p. 796. (2) Gesner {de Quadruped. , p. 854) rapporle : « Les Anciens disaient i ( IM Lcmnius, de 3Iiraciil. occult, natur., lib. iv, cap. :iiix, p. 43 1 • Les rcquins ne jouissent pas seuls dc la facullc de re- tourncr leur cstomac •, on la retrouve dans la Grcnoiiille roussc, Rana teiuporaria , Lin.; la Morhue , Gadus tnorhua, Lin. ; la Pcrchedc Norvefje , Perca Noivegica, Fabr. A oy. Hermann , Tabid. affinUat. animal. , p. 285 •, et dans qnelques Nereides (Cuvier, Lecons d'ana- iomie comparee , toin. 3, p. 3-28 ) , qui paraissent avoir la faculte de voniir on renverser leur oesophage, pour faire sortir au dehors les deux eroeliets qui , eomme nne pince , vont chercher I'aliment ; lorsqu'il est saisi , ils I'cntrainent, et alors la partie musculeuse de I'cEsophage aj^it sur cette matiere. II faut rapporter au rcquin on a un grand squale, la Scolopendre cetacee , Scolopendra cetacea , Rondelet , depiscib., lib. xvi , cap. xv, p. 488, dont Gesner dit avec raison , de yJquatilib., p. 1009 : « Scolopendra ce- tacea ex Olao magno fictitia » 5 et que Rabelais , Panta- griiel, liv. IV, chap. 34, a Toceasion du « Physeter ren- versant les poultres eontrebas en mer , appelle si plai- samment Scolopendre serpent ayant cent pieds , comme Ta decrit le saige ancien Nicander. » niais il ajoule : <« cetle opinion a sa source dans I'liabitude cc qu'a la belctle , ainsi que Leaucoup d'aiitres animaux cc carnassiers , de transporter ses pelits dans sa Louche. » SuivantPalissot deBeauvois, la femelle du Boiqiiira, Cro- talus horridus , Linn., recele dans sa Louche scs petits , dont le nomLre varie d'un a cinq ; ce qui I'avail fait accu- ser de les devorer : tile les remet a lerre aussilot que le danger est passe. ( Memoires de la Societa roynle et centr, d'agrkuUure f iSaOj/^ 78.) ( 15) Aldrovande , do Piscibus , p. rji\-^de Cells, lib. i, cap. IX, a pai'le de cette scolopendix que Lachenaie des Bois , Diet, des animaux , torn. i\ , p. io3 , dit bien a tort etre un poisson inconnu aux voyageuis et aux iiiodernes. Les appendices desslnes autour de la scolopendre cetacce (que je pense etre une detestable figure de sconibre ou de tbon , dont les fausses nageoires out ete multipliees a plaisir ) , sont places d'idee pour fairc ca- drer la figure avec la description incomplete d'Elien , qui par le mot pieds indiquait peut-etre une mesure de longueur , ce qui indiquerait un grand animal ma- rin , auquel il faut rapporler ce poulps de la grandeur d'une baleine, qui de nuict allait par dessoubs terre , en un magazin rempli de saulmures , comme le dit Va- lerianus, Hieroglyph., torn, i, p. 495; c'est ce que Denis Montfort appelait Kraken. Voy. a ce sujet , AcU Divion., 182,0, p. 2c)5. Si Elien n'avait pas en vue le ihon , il parlait alors d'un squale de grande dimension , comme celui disseque a la Bibliollieque du Roi. Journal des Savans , 1667, jf xni, p. 108. P. 68. Du poisson appele Goui'erneur. II y a , dit Pare , grande admiration de socicte et amitie , enlre le poisson appele Gouverncur et la Ba- leine. Dans cet article , Tauleur rapporte a la baleine ce qui convient au requin. Le rccit parait Ibnde sur I'ba- bitude du pilote , gasterosteus ductor, Lin. , de suivre les vaisseaux et de ne point fuir la presence des squales. jici. Dii^ion., 1820, p. 286-287. La Decade philosophique , torn. 34, an x, 4' ^''*" ( 16) mestre, rapporte unc anecdote curieuse sur le requin et Ic pllote. P, 69. Icy te sont representees deux Jigures de dra- gons qui tuent les elephans. Suivant Lancelolti , les Impostures de thistoire, part. 2, p. 227, xcv* imposture, Ic plus grand ennciiii du dragon est I'elephant. Les coiumentatcurs sacrcs , dlt- il , se sont servis en pUisieurs endroits dcs dragons pour designer le demon , Tidolatrie , le crime ct I'cnfer. Ba- ronius regarde le dragon de saint Georges comnie em- blematique : le dragon annonce une calamite •, la lance marque la puissance , etc. Lancelotti , ouu. cite , part. 2., p. 236. Ces allegories ont cte prises pour dcs realites. La figure des dragons donnce par Pare , est tirec de T Hecatongraphie , par Gilles Corrozel, Paris, i543 , fol. II , a Tarticle : 6uhidite vaut mieux que force. Depuis long-temps, on sait que les dragons indi- quaient des rivieres •, ainsi la riviere occidenlale d'A- frrip^ente s'appelle Ahragas , aujourd'hui Draco. Le Drac , en France , ou la Tarasque ( Rondelet , Hist. pise, p. 460 ; Papon , Voyage liner aire en Provence, p. 147-149) , dragon epouvantable qui ravageait les bords du Rhone et qui , d'un coup de sa queue , faisait chavi- rer les bateaux et devorait les passagers, est certaine- ment I'allegorie relative aux debordemens du fleuve. Hercule detruisant I'hydre de Lerne est la meme al- legoric , comme le prouve Guerin du Roclicr. Le vent , en bebreu lluach, est devenu Heracles ou Ilercule arretant un furieux dcbordement du Nil. C'est le vent brulant qui soulUe lorsquc le Nil se retire. Rircher [iMuudus suhterraneus , torn. 3, lib. 8, § 4> cap. 2., p. 91), donne Fhisloire detaillee du Draco rhodcnsis, avec unc figure defantaisic a qualrc palles ( 17) qui dlffere peu de celle placee a \apagec)/[, sous le litre de Draco helveticus bipes alatus , c'esl-a-dire de la figure infei'ieure donnee par Pare. Les dragons ont etc aussi employes pour designer dcs lueteorcs ignes. Yoyez ^ct. Divion., 182.0, p. 287-295, et la Dissertation de M. Eusebe Salverte sur les dra- gons et serpens inonstrueux , inseree dans la Jievue en- cycL, 1825, torn. 3o , /7, 3oi-326,/7. 623-635. Dans Tarticle public par Pare , il y a une grande confusion •, cependant on deraele le boa , cite par Leon TAfrlcain, boa dont I'histoire a ete donnee ensuite par Andre Cleyer, E. N. C. dec. 2, ann. 2, i683, obs. 7. Collect, acad., part, etrang., torn. 3, p. 533, Jig. 2. On y pent retrouver aussi quelque chose de relatif au saurien , appele draco vola/is , Lin. En bourrant les peaux de divers animaux , on obte- nait par diverses substitutions des figures bizarres. Les unes , preparees avec des peaux de raie , etaient appe- lees Basilics ,• d'autres preparees avec la peau d'un coq deplume , auquel I'art ajoutait une couronne , une queue, huit pattes, etc., representaient le Co<7ufl/m , dont la representation a ete donnee par Lycosthenes , Prodi gior. ac ostentor. chronicon , p. 22-4975 rcpro- duite par Aldrovandi , Hist, sejjjent. et dracon., lib. ir , p. 363 , et copiee par Jonston , Sei-pent. tab. xi. On trouvera les details relatifs au coquatris dans les Act. Divion., 1820, p. 3o3. Les cornes placees sur le front de la premiere figure de Pare , sont une exageration de celles que presente le ceraste , coluber cerastes , Lin. ; Diet. sc. nat., loni, 58 , p. 262. II ne faut pas le confondre avec la vipera cornuta d'Hasselquist, anguis cerastes, Gmel., p. 1120, ai5, qui etaitun enxyacu/u^j auquel on avait iraplante, 2 (18) dans la tete, des ongles d'oiseaux, corame cela se pra- tique assez frequemnicnt en Orient. * La seconde figure, tiree de Belon {Singidarilez, llv. 2, ch. 70, p. 296), qui pourrait etre regardee comme una caricature du draco volans , Lin. , signale par Bontius , Java, p. 5i) , est une image absurde suivant Savigny, Hist, naiur. et mytholog. de [ Ibis , p. 82, qui n'a pas liiit observer qu'elie a etc dessinee par Belon, d'apres une peau de ceraste mal bourree , et a laquelle Tasluce des Arabes avail ajoute des ailes et des patles. Le dragon, draco bipes apterus , tue dans les envi- rons de Bolognc en iSya, et -conserve dans le cabinet d'Aldrovandi (//w<. serpent, et dracon., p. 4o4 i Jons- ton, tab. xn), n'est, suivant Jean Hermann , Tab. aj/i~ nitat. animal. , p. 2.65 , qu'un lezard nionstrueux. Le draco mannas monophthabnus bipes , figure par Aldrovandi, Paralipom. , Hist. onui. animal., p. i56, est une mystification faite a ce savant. Act. Divion., 1820 , p. 299 (i) et p. 3 14. V. 70, I)u poisson appele Pescheur. Pare n'avait aucune connaissance positive de ce poisson qui est la baudroie , lophius piscatorius , Lin., dont la structure est si extraordinaire , et qui se sert de ses barbillons comme d'une ligne pour s'emparer de sa proie. P. 71, Figure du herisson de mer. Ce mauvais dessin , tire de la Cosraographie d'Andre Thevet , suivant lequel ce poisson est appele B.id>en, Achazib , represente le Diodon Holocanthe, Diodon atinga fi. Holocanthus, Gniel. , S. N. xni, p. 14^1 , sp. 2, var. H. , poisson dont les peaux bourrees se voient souvent dans les cabinets des curieux , et dont une figure passable a etc donnee par Aldrovande , Paralir- pomen. histor. omnium, animalium , p. 78, sous le noiu ( 19) de piscis echlnatus foiie ex genere orhhan. Le Diet, des sciences naturelles , torn, xiii , p. 278, conlient un ar- ticle fort curieux sur cette espece de poisson. Aldrovande, de piscibus , lib. iii , cap. xy , p. 3oo^, Reversus indicus squamosus, et son copisle Jonston , ont donne de ce meme Diodon une autre figure idcale , fon- dee sur la faculle qu'ils supposaient a ce poisson d'ac- crocher, par les epines de son corps, les petits poissons qui constituent une partie de sa nourriture. Voyez pour de plus amples details , les Mem. de I'^cadeniie de Di- jon , 182.0, p. 3i8-322. Aldrovande ct Jonston pcnsaient que le herlsson de mer se roulait sur les corps qui devaient lui servir de nourriture , comme on suppose que le fait le herisson vulgaire , en se roulant sur les pommes, pour les em- porter au moyen de ses piquans. P. 81. La figure d'un crocodile est ici representee. Une autre se trouve p. io56, et sa caricature est donnee p. io55 , sous le titre Orobon. Pare rapporte I'assertion de Plutarque : « Les cro- « codlles ouvrent la gueule et souffrent que on leur « touche aux dents , et que on leur essuye de quelque « lin.oe ou autre chose. » Cette assertion rappelle I'amiti^ du roitelet et du crocodile , resrardee comme une fable dans le Diet, des sc. natur., toin. 12, p. i4- Le Gendre , Traile de I' opinion , torn. 6 , p. 266 , dit : « Le roitelet se nourrit de ce qu'il trouve de reste « entre les dents du crocodile, qui ne lui fait jamais « de mal ; il le delivre des sangsues (1) qui s'attachent « au-dedans de sa gueule. » (1^ Ces pretendues sangsues sont des larves de cousin. ( 20 ) Ce roltclet , designe sous les noms de Slrophilus , Ilort, sanifat., lib. 2, cap. 107, folio 67, ctJ/jdros, Hort. sanit., lib. 2, cap. 121 , I'ol. 70, est connu des naturalistes et designe sous le nom de pluvier a collier d'Egyple, charadrius cegjpllus , Lin. Gmcl. S. N. xni, p. 684, n" 2 a. Get oiseau, appele petit pluvier, de- barrasse le crocodile des insectes qui le lourmentcnt -, de la la liaison entre I'oiseau et le reptile. Aunales da museum dliisl. nnl., torn, ix, p. 382-384 j p. 47^- Une observation analogue a ete faite en Ameriquc : « Le caiman dormant la gueule ouverle , y recoit « une quantite enorme de maringoins qui y sont rete- « nus par le mucus qui tapisse la langue et I'intcrieur « de la gueule 5 il en est delivre par le todier, tudus ci" <(. nereus, Lath. » Descourtilz , f^ojages , torn. 3, pp. 11-108. Le caiman dont parle Descourtilz , est le crocodile de Saint-Domingue , on a museau ellile , crocodilus acutus, Cuvier ; et le todier est Ic tic-tic decrit par Buffon, sans iudiquer ses moeurs. Le rapprochement des deux observations modernes confirme Topinion ancienne, ainsi qu'on pent le voir dans les Mem. de la societe linneemie de Paris , torn, i, 1822 , p. 17, et dans les Annales de chi/jiie, 1828, to?n. 07, p. 6i-65. Si le crocodile a des amis , il a aussi des ennemis : L'lchneumon, viverra ichneumon, Lin., appele Neo- mo« (Hort. sanit. lib. 1, cap, 104, fol. 3o : Ichneu- mon , du grec mn^u, , chercher, cap. i6i, fol. 14^)5 de- Yore les oeufs du crocodile. Une sorte de vautour vicnt gratter le sable et piquer les oeufs de crocodile, dans le royaume de Benin. iJ/e- moires ducapilaine Landolphe, torn. i,p. i43» ( 21 ) tes jeunes crocodiles recemment eclos sont reclier- clies par le Thirse , Tyrse, la tortue molle da Nil. Voy. Journ. dephysiqiie, toin. 26, 1785, mat , p. SaS. A la verite cette tortue, testudo triimguis , Gmel. S. N. xiii, p. 1039, sp. 18, pent etre mangee a son four par les grands crocodiles. Cuvier, Rcgne animal, torn. 2, p. i5. La chair du caiman a unc odcur de muse ; elle pro- vient d'un fluide jaune epais , secrete par trois glandes situees sur les cotes de Tanus. P. 781. De la venenosite du lieui'e niarin. Du temps de Pare , la eonnaissance des animaux ma- rins etait peu etendue, et beaucoup de prejuges I'en- touraient ; mais les recherches des naluralistes mo- dernes les ont dissipes. L'animal connu des Anciens , sous le nom de lievre niarin, est un mollusque portaul encore ce meme nom et celui de chat marin. 11 appartient au genre aplysie et a fixe depuis long-temps Tattention des observateurs. Les ti'avaux de Bohadsch et de Cuvier laissent peu a de- sirer sur son anatomic. Mais ces deux auteurs ayant neglige les observations de Reaumur et de Guettard sur ces singuliers animaux , j'ai cru devoir reparer cette omission, d'autant plus que M. de Blainville, Did. sc. nal. , toni. xxvi , /). 824 , dit : « On ne sait « rien de leur mode d'aecouplement... Je n'ai Irouve, « dans les auteurs qui sont venus jusqu'ici a ma con- « naissanee, aucun detail sur le produit de la genera- « tion des aplysies. » Ces assertions me paraissent de- truites par les citations suivantes : « Reaumur a observe sur la cote de Poitou , la ma- ce niere donts'accouplentle male et la femelle du liiis>re <( ou chat marin, animal qui , malgre son nom, marche « tres-lentement et n'a point de jambcs. II ressemble ( 22 ) « aux limaccs terrestres •, il a comme ellcs des comes,; <( mais plalos. La femclle a rouverturc de la partie «( fi'iiiinine presqii'au milieu du dos ; le male monte « sur elle , et il sort de dessous son ventre une partie « masculine tournce en spirale , a peu pres comme «( cclle des canards. » Act. Paris., 1715, hist., p. Ji, §1. Aucun auteur , ni avant ni apres Reaumur , n'a parle de ce singulier accouplement ; il etait meme ignore de Cuvier. Ce savant , apres avoir decrit avec le plus grand soin les organes dc la generation des aplysies, Mem. sur les apljs., pp. 19-21 , desire qu'un naturalisle in- telligent cherche a observer ces mollusques , pourvusdes deux sexes , avant , pendant ct apres leur accouplement. Cet article etait redige dcpuis longtcmps , lorsque j'ai eu I'occasion de consulter V/Iistoire naturelle des u4pljsiens, par M. Sander Rang; Paris , 1828, mo- nographic complete du genre aplysie. L'auteur donna une description anatomique exacte de ces mollusques*, on trouve a la page 28 la confirmation de I'observation de Guettard sur le I'ral des aplysies, pris autrefois pour une sorte d'ulve, et dispose en pelottes qui , par leur maniere de se ranger , ressemblent si bien a du vermicelle ; it est tros-abondant dans les mols de sep- tembre , octobre et meme novembre. L'accouplement des aplysies a lieu depuis le mois de juin jusqu'au mois de septembre et meme d'octobre. M. Rang, p. 5^, sp. 10, pi. VI et vn, decrit et re- presente VyJpljsia fasciala, dont il a observe, p. 20, raccouplement , ei p. 26, 27, la reproduction. La liqueur pourpree repandue par plusieurs espcces a fait donner , par les pecheurs de remboucluire de la Giroude, le nom de Pichevin ( Pisse-vin) a Y Aplysia depilans; et par les Negrcs pecheurs de la Marli- ( 23 ) isique , celul cle 'Baril-de-Pln a V^plysla protea , Rangf, oper. cit. , p. 4^ ? P- ^7 , sp, i3 , pi. x, fig. 1 , 2, 3. Cette ^plysie prolce est le Teinluricr de Charvet ^ dont Lacepede, Hisl. nal. des poissons , lorn. 5, p. 5^-5^ , a longuement parle , en engageant les natu- ralisles , qui parcourent les rivages de la Guadeloupe ^ a se procurer des individus de Tespece de poisson observee par Charvet. Plus d'une (bis, dans ses ou- vrages , il est echappe a Lacepede quelque erreur pour n'avoir pas voulu revoquer en doule le temoignage d'un autre ecrivain 5 yJct. Paris. , 1829 , torn, vin, p. ccxv; j'ajouteraides personnesqui lui fom-nissaient des notes. Dans les ^ct. Dwion. , 1829, p. i43j j'avais a tort rapporte Ic poisson Teinlurier a une Scche : il est tres- certainement V Aplasia proiea de M. Rang. L'observation publiee par Reaumur etait un premier pas : elle meritait un nouvel examen , parce que le savant academicien n'avait pas fait une etude anato- miquederaplysie : I'espece, sur laquelle il a vu I'accou- plement, est celledesignee par M. Rangsouslenom <\'A- pt} sia fasciata ; eWe est de couleur d'un noir pourpre tout parseme de points pales , et seule elle a untrou a la membrane superieure dc son couvercle des branchies : Guettard, Act. Paris., irj56,p. 167, I'appelle Licvre niarin pourpre sans panache. Des bords du manteau de ce niollusque , il suinte en abondance une liqueur pourpre foncee dont I'animal colore au loin I'eau de la mer quand il apercoit quelque danger; cette propriete me fait croire qu'une espcce d'aplysie est indiquee par Duhamel dans le passage sui- vant (1) : (1) Oa en aura la cerlltude si I'on se rappelle le Limacon sans coquille, dont il est parle dans la Vie de Peiresc , par (24) « Je me contenterai, dit-il, de signaler que j'af « trouve , dans une esjiece particuliore de poisson , dont « je donne la figure ,Jig. 2(1), qui est dun brun jau- « natre, marque de bandes plus bruncs, une viscosite « qu'il jetait par la-bouche en forme de bave , qui etait « d'une couleur pourpre des plus vives et des plus « eclatantes. Je Touvris et lui trouAai dans le corps « encore un reservoir de cette meme licpicur ; il y avait « quatre a cinq de ces poissons (2) attaches sur une « coquille de pourpre , dont cette espece de poisson (2) <( nomme Soldat ou Bemard-t Ilermite s'elait mis en « possession. J'ai fait mon possible pour avoir de ces « especes de Lievres , niais je n'ai pu en recouvrer ; « tons ceux qu'on m'apportait etaient fauves dessus , « jaunes comme un jaune d'oeuf dedans , et ne conte- « naicnt pas de liqueur rouge. •» ^ct. Par., \rj36,p.63. Le defaut de figure et le vague des descriptions rendent assez dililcile la determination exacte des mol- lusques vus par Duhamel; ccpendant je croirais que cclui caracterise par le brun jaunatre marque de bandes plus brunes serait X apljsia punctata , Cuv. ; alors elle adhcrerait au murex comme y adhere V actinia eff'ceia, Hequier, p. 211. Ce lima^on, mis dans un four avec cl'au- tres objels pour les falre seclier , s'etait fondu et avait teint d'un pourpre parfalt tout ce qui etalt autour de lui : ce qui flvait fait soupconner a Peiresc que ce pouvait etre le vrai Pourpre , ou Murex de Tyr. (i) La figure annoncee n'a point ete puLliee. On n'a trouve la planche indiquee dans aucun des exemplaires qui ont ete consultes. (0) A I'epoque ovi ecrivait Duhamelj on dounait le nom de poissou a tout auimal aquatlque. (25) Cmel., 3i33, sp. 5;'RondeU,. io3 ,/>. 104. Doris ccespiiosa. Van Hasselt. « J'ai troiive , dit ce « savant , le Doris ccespiiosa precisementdans le moment <( de Irayer : les oeufs efaient couleur d'orange et enve- « loppes d'un mucus jaune, qui unissait les CEufs d(ja « frayes a ceux qui ne I'etaient pas encore. » Bullet, Feruss., 1824, sc. nat., torn. 3 , p. 23^. Ce frai a etc connu ancienneraent ; C. Bauhin , Pin.' p. 368, s p. Ill jVappeWe alcjojiium vermiculare, imper. fai'escens. On a demontre , ^c^ Divion., 1819, />. io3, que la crasse de la raer, dont Lamourouxignorait la nature, est le frai de la doride jaune. • « 3. Limace de mer des cotes de I'Aunis et du Bas- ic Poitouqui dans I'eau n'offre point de coquille , et hors « de I'eau en offreunesolidc. ^c7. Prtm., 1766,/^. i63. Guettard a bicn soin de faire remarquer le rapport de cette limace de mcr, bulla aperta, Linn. , bullcea aperta, Lamk., avec le Hcatc marin pourpre sans pa- nache, aplysia punctata, Cuv., et en cela il a precede Cuvicr, qui , i.onorant son travail , ne I'a cite ni dans les AnnaU'S clu Mus. d'liist. nat., 1810, torn. XVI, p. i-i8 , ni dans son Ri'gn. anini., ed. 2 , torn. 3 ,p. 62. Les details que nous publions annoncent la necessite de repcter les observations de Reaumur et de Guettard pour completer I'histoire des aplysies , ce qui a etc fait parM. Raujfj. P. 57. Ciup. II. « Les orties de mer sont de couleur (27) fc dc crista! , relulsant avec clu pers mesle ; dc substance « si fragile qu'a peine en peut-on tircr d'entiere de la « nier. Si on en frotte un baston , il reluit de nuict « comme si c'estoit une torche alluraee, qui est chose « admirable. « Gesner, de halosachue coroUariuin ,fol. 36, verso, sous le noin de Meergallen, a decrit une substance qu'il dit ne savoir ce que c'est •, cependant, de aquatU., p. 1209-1343, il Tavait fait connaitre sous le nom de pola marina. Rondelet, de piscibus, p. 528 et 532 ,• de insect, el zoophjt.,p. 132, I'appelle urticasohiia. Aldrovandi, de zoophjt., lib. IV, cap. 2, p. 5^3, en parle sous le litre de urtica soluta potta marina vulgi, et en donne la figure p. 576. Reaumur I'a fait connaitre , Act. Paris., 1710, p. 481, sous le nom de gelee de mer. Bernardin de Saint- Pierre , P'ojage a Vile de France , toni. 1, /;. 20 , VaT^" i^aWe bonnet flamand; c'est le rhizostome bleu, rhizos- toma Cuvieri , designe par Albert-le-Grand sous les noms de gemma maris , spuma marina, lepus marinus veterum , etc, Cette production , aujourd'hui bien con- nue, peut devenir lumineuse dans certaines circons- tances, que les modernes n'ont point encore precisces. Ce nom d'ortie de mer, (a cause de sa propriete bru- lante), a ele donne a plusieurs productions marines. Rondelet lui-meme s'en est servi pour designer un corps marin que, jusqu'k ce moment, on croyait ne pas avoir retrouve 5 c'est son ortie cendree , urtica cinerea. A plusieurs reprises , j'ai entretenu I'Acadcmie de diverscs recberches sur des points obscurs de I'bistoire naturelle , et je me suis fait un plaisir et un devoir de la rendre dcpositaire du fruit dc men travail , surtout lorsque, comme dans lecas present, j'ai cuu lui commu- ( 28 ^ niquer dcs eclairclssemens curleiix et une determina-* tion precise d'objets sur lesquels on ne savait quoi penser. II s'af^it de la decouvcrte que j'ai faite du veritable nom de la production designee par Rondelet , de piscib,' lib. xvn , cap. xvi, p. 529 , sous le nom d'u/t/ca cine- rea ,• mais auparavant , je dois entrer dans quelques details preliminaires. 1" Rondelet a represente deux fois {p. 529 , et de tes~ iace'is ;, p. 3 , on la figure est renversee ) , Viatica cine- rea; mais il I'aut avouer que le dessin est loin de meltre sur la voie pour faire reconnaitre cette production. Les copies donnees par Aldrovandi, de mollib. p. 56j, et par Jonston , de exanguib. , lib. iv, cap. i , p. 55 , tab. xvai , ne fournisseut aucun renseigncment plus positil". On doit dire la meme chose de la grossiere figure representee par Aldrovandi , p. 568 , sous le titre Ur~ lica marina saxo innala , et decrite , p. 566 g. comme analogue a celle de Rondelet. 2" La description , faite par Rondelet , de son urlica cinerea, repetee par Aldrovandi , p. 5jo , par Jonston , indique quelques-uns des caracteres qui font douter de I'cxactitude de la place accordee par ces auteurs a cette production. Voici en cfTet ce qu'ils out dit : aL'or- « tie cenilree a recu ce nom a cause de sa coulcur ; elle « a pen ou point de chair •, elle est pourvue de longs « filamens, toujours alonges sans jamais se contracter; « elle adhere fortement aux rochers dont on ne pent «< la separer intacte, a cause de sa fragilite. Cependant, « ajoufe Rondelet , ce doit etre une ortie , puisqu'elle « pique Ics mains qui la manicnt. » Rondelet aurait du dire que la .rigidite des filamens C 29 ) font une piqure comme une esquille dc bois , mais nul- lemer.t comme une ortie. Une description aussi precise , faite par mi tenioin ocnlaire, aurait du engager les auteurs modernes a re- chercher a quel objet appartenait celui vu par Ronde- let ; aucun ne s'en est occupe. Mazeas, Act. Paris., extran., torn, ix, p. 3oo , a seulement dit, en parlant de V ampldtrite veinilahi-um , Mull. : « Le mouvement « des fdamens qui couronnaient la tige {pi. i) me pa- K rut alors parfaitement semblable a celui des irompes « de Tespece d'ortie de mer, appelee par Rondelet ur~ « tica cinerea, » Mazeas , se rapportant uniqueraent au nora donne par Rondelet, a designe par le mot trompes, des filamens que je prouvcrai elre des pedicules. Gmelin , dont la compilation est , comme le dit Cu- vier, un ouvrage de fabrique, rapporte , p. 3 1 33 ,,?/?. 8 , comme synonyme de \ aciinla vidaata. Mull. •, Aldrov., zooph. , p. 565 , urtica cinerea Rondeletii. II y a evl- demment erreur, puisque les fdels pris pour des tcnta- cules ne sont jamais retractiles , comme en averlit ex- pressemcnt Rondelet. En consultant VEncjcl. nielhod. , Dictionn. des vers, toni. I, p. 11, sp. 7 , j'ai decouvert la cause de I'erreur de Gmelin. « Les figures d'Aldrovande , dit Rruguiere, qui re- « presentent Irtci/'/^'a vidiuila, Mull. , contractee, sont « exactes suivant Muller 5 mais non pas celles qui la « representent epanouie ; elles pechent par les lenta- « cules qui sont Irop longs. » Or Muller, en citant la figure donnee par Aldro- vande , sous le nom d' urtica pa/va Rondeletii, a pris par inadyerlance le titre cVurtica cinerea Rondeletii (sitae au-dessous) comme indication appartenant a la (30) figure superieure"; mais ce titre ne se rapporte qu'a la figure inferieure represcntant , comme on le verra , uiic toufFc d'acetabule , dont tous les filets sont depour- vus d'ombrelle ; privation assez frequente, ainsi qu'oii pent s'en assurer par la citation suivante : \.' acetabulum de, Tournefort, Collect, academ., part, etrang. , torn, i , part. 4 , planclie 2./^, Jig. A. ; coral- Una androsace , Pallas ; tuhularia acetabulum , Gnielin ; acelabulaire mediterraneen , Lamk. ; acelabularia In- tegra, Lamx., est , suivant M. RalFeneau de Lille, un vegetal de la famille des confervcs. Dans les etan."s sales des environs de Montpellicr, on I'observe souvent en touffes epaisses. EUe se niontre d'abord comme de pelils tubercules dont la racine n'est qu'un cal peu epaissi ; clle devient tubulcuse et s'eleve quclquefois a trois ou qualre pouces de bauteur, sans dcvelopper encore son disque. Archwes des decouvertes , 1827, p. 5o-52. Extrait de V Analyse des travaux de I' Academic des sciences , pour 1826. Act. Paris., i83o, torn, ix, p. cxxviij-cxxx. Les naturalistes modernes ont I'babitude aujourd'bui de placer au bas de la planche le nom des objels qu'elle reprcsente ; et Muller , croyant qu'Aldrovandi avait suivi cette regie, a pris le nom place par ce naturaliste au-dcssous de la figure de Vurtica pan>a liondeleiii (al- leguee par Gmelin comme svnonyme de Y actinia rufa. Mull.; voyez Gmelin, S. N., p. 3i3i , sp. 1), pour celui de cette actinic. Les auteurs qui ont copie Muller ne se sont point apercus de I'equivoque qu'il avait faite. Voila pourquoi Vurtica paiva Rondeletii est donnee par Muller comme synonyme de son actinia \'iduala, et par Gmelin, comme synonyme de \ actinia equina, Lin. 5 hjdra mesem- (31 ) htyantliemuni, Goertn. Gmel. , S. N., p. 3868, sp. 8. Bruguicre , adoptant, sans critique, la fausse indica- lion de Mullei', a repelc d'apics lui , que la figure in- ferieure de la page 565 d'yildroi'., inollib. , represen- tait son actinie veuve cpanouie. Tels etaient les renseignemensque j'avais pu recueil- lir sur Vurtica ciiierea , lorsquen y reflechissant, je m'apercus qu'il pourrait bien y avoir abus de noms; en effet , Rondelel a donne le nom d'ortie a la produc- tion qui nous occupe , parce que ses tiges secbees peu- vent piqucr. Je me rappelai alors avoir vu , dans le ca- binet de M. Bertbolomey, un ecbantillon de tuhidaria acelabidum , Lin. , acetabule de la Medilerranee , for- mant unc toufFe , dont I'aspect avail une sorte de res- semblance avec le dessin de Rondelet , et dont la plus grande partie des filamens etait sans ombrelle. Je comparai alors Ics figures , publiees par le profes-"- seur de Montpellier, avec celles donnecs par Aldro- vandi , sous le litre : Unica marina saxo iiinala, cilee plusbaul, et androsaces profereiis fungidos, dans ^l~ drov. Mus. metallic., p, 852, el celle publiee par Dale- champ, //w^ generale des plantes , torn, a, p. 249, sous le litre Androsaces. Je fus frappe de leur analogic, ou plutot de leur resscmblance : pour eclaircir mes doutcs et confirmcr mes soupcons , je les comparai a I'ccbanlillon de tuhidaria acetabulum. En examinant ensuile la description donnee par Rondelet , je ne pus meconnailre I'acetabule , dont les caracleres sont, comme on le sail , « de venir en touffe cpaisse sur les « rocbers d'ofFrir dans la mer des tiges flexibles ge- « lalineuses, d'une couleur verdalre... qui par la des- « siccation dcviennent blancbalres et tres-fragiles. » Encycl. method.. Hist. nat. des Zoophjtes, torn. 2., p. 6. (32) Ces caraclercs , etanl confornies a ceux iniliques par Hondelct , font reconnahre dans la fifjure de son Urlica cinerca une louffe cpaissc &\4celahule de la 3Icdiler~ T-aiiee, dont tous les filets sont prives d'onibrelle. On explique facilement la grossiere fifjure etiquelce par Aldrovandi : Urlica marina saxo iniiata, representant la touffe separee en plusieurs paquets , sur cliacun des- qucls on n'apcrcoit aiicune omhrclle , tandis que le des- sin de Dalechanip ollre une touffe trcs-cpaissc, dont plusieurs fdets sont termincs par une ombrelle , ainsi que je Tai observe dans I'ecbanlillon du cabinet de M. Bertbolonicy , ecbantillon dont rinflexion coincide avcc celle de la figure de Rondelet , et offre ires-peu de filets supportant ronibrellc. L'adlicrcnce de TxVcctabule au rocher explique faci- lement la ditliculte de Ten detaclier intacte ; d'ailleurs , sa fragilite assez grande en est encore une cause. Rondelet et Aldrovandi n'ont vu (i) que des touffcs d'Acetabule dont tous les filets etaient prives d'oni- brelle 5 et tous les auteurs qui sont venus apres eux , ayant vu I'Acctabule complete , n'ont pu supposer que ces deux savans n'aient point observe I'ombrelle qui caracterise cette production, regardee par Bauliin, Tournefort, etc., comme un vegetal; et par Linne, comrae un zoopbyte. Au surplus, les naturalistcs mo- dernes ne saA'cnt gucre quelle jilace lui accorder. M. dc Blainville dit « s'etre assure par beaucoup de recberchcs (i) L'Acetabiile n'est pas la seule production dont Ron- delet ait donne une figure incomplete 5 Cuvier a observe le lutme defaut dans celle de la Carinaire , Carinaria cymbium, designee, de ins. ct zooph. , cap. xxjp. i26j sous le nom de Holothuriorum secunda specie. ( S3 ) ft que ce ne peut elre un polypier. m Diet. sc. nat., torn. 60 , p. 519. La propr4ete piquante attribuee a TOrtie cendree {^Acelabule de la Mediterranee) , rcconnailrait-elle la meme cause que celle de la Spongille Jliwialile, Act. Divion., i833 , p. 36 ; ou ne serait-elle que Taction me- canique de la pointe des filets? C'est aux naluralisles des bords de la Mediterranee a nous I'apprendre. Le dessin , donne par Rondelet , figurant tableau , est repete trois fois, de Piscib., p, 629, 682 , et de Testae, ^. 3 ; il offre YEcliimis pa/vjwdecrit p. 682, sous le titre d' E chinontm quinto genere , et dont Aldrovandi , de Moll., p. 4^1 5 dit : « Omnium Echinorum minimi sunt, « et cum quinta specie a Rondeletio picta conveniunt « hie novissime positi. » Les figures donnees par Al- drovandi , p. 4^2, sent si grossierement faites qu'elles ne peuvent rien indiquer ; aussi celte espcce d'oursin n'a ete alleguee par aucun naturaliste systeraatiste. Rondelet, de Testae. , lib. i, cap. ii,p.3, sous le litre de Lepade, parle de la Patelle que je soupconne elre la Patella squainala , Gualt., tab. 8, fig. 1. II la represente fixee sur le rocher, Lepas adhoerens , et ren- vcrsee, Lepas inversa. Pius loin , de Testae., lib. 1, cap. lu, p. 5 , Rondelet, sous le litre de Lepade parva, donne une description reconnaissable,quoiqu'embrouillee, de I'Oscabrion (C/n- ton fascicularis) , dont le dessous est aussi represente dans les figures citees , el avec le nom , p. 3. Ainsi il faudra supprimer dans les Diet, des sc. nat., torn, xxxvi ,p. 519 5 Diet, elassiq. d'hist. nat., torn, xii, ;;. 446 ; VEncyclop. methodiq. , Diet, des vers , torn. 3 , p. 673 , la phrase suivanle : « On trouve bien une autre « petite figure sans nom , qui indique evidemraent une 3 ( 34 ) « espece d'Oscabrion 5 raais elle n'a point d'explication « dans le texte. » D'ailleurs, Aldrovandl a trcs-bien sijjnale I'Osca- brion dans un passaj^e de son ouvrage sur les tcstacees. Je crois avoir donne une explication satisfaisante des passages cites do Rondelet , dont aucun auteur nioderne ne s"'etait encore occnpe. Nous avons vu plus liaut , page Sa , que Linne avait place TAcelabule de la Mediterranee , parnii les Zoophytes , formant la cinquieme division de sa classe des vers, dans laquelle se trouvent les Polypes Ilydia, a I'occasion desquels je rapporte le passage suivant : « Un auteur, dont je ne me rappelle pas le nom , a «( cru trouver une espece de Polype dans un Cham- <( pignon , qui , par consequent , ne serait pas aqua- <( tique; mais cette decouverte n'a pas ete confirmee. » De Bl. , Did. des sc. nat. , torn. 60 , p. 86. Dans ce passage , il s'agit de Guettard qui a pris I'Erysiphe de la spergule ou de I'espargoutte, Eiysiphe spergidcv , Nob. , pour un Polype terreslre rappele par Haller, Bihl. anatom., toni. 2, p. oyS , sous le litre : De Poljpo in sicco {^iwente. Voyez a ce sujet^cf. Divion. , 1818, p. 34. P. 70. Chap. XVII. — P. 770. Chap, xxviii. De la Torpille. (( La Torpille ne blesse pas seulcment ceux qui la (c loucbent a nud , mais aussi par entre les rets... car « si un homme luy touche avec une verge , elle luyen- « dormira le bras. » Pare connaissait bien exactement les cffets de la Tor- pille; mais de son temps , on ignorait a quelle cause on devait les attribucr. (35) Les decouvertes modernes ont fait connahre le rap- port qui existe entre ces eficts et ceux du fjalvanisiue. La Torpille n'est pas le seul etre organise qui jouisse de cette propriele singuliere; on ia retrouve dans plu- sieurs autres animaux, ainsi que je I'ai indique, ^ct. Dwion,, i83o, i" iivr., p. 2,6-33, dans une note a la- quelle il faut ajouter les suivantes : a. « Un seigneur russe a dit a Cassini avoir ete doue, c< dans deux dilFerentes annecs de sa vie, d'une verlu « elcctrique : quiconque le touehait alors, dans quel- « que partie du corps que ce fut , eprouvait une com- « motion sensible. » ^ct. Paris., ^'j'jj, p. 5^8. a. « Les chenilles processionnaircs du pin , Bomhyx <(. piljocampa, pour changer d'arbre, niarchent sur un « seul rang a la suite les unes des autres, en formant « une ligne non interrompue qui parait immobile. On « y remarque de temps en temps un mouvement sac- « cade. Si on touche avec un baton ou avec la main , « la clienille qui est la premiere de la file, la derniere K et toutes les intermedia ii'es font en meme temps les « memes raouvemens, comme frappees de Tetincelle « electrique. « Ann. Sc. nat., iSSa , torn. 27, p. iii. 3. Les Meduses , ces masses legeres , bleuatres et ge- latineuses (1), sont souvent donees d'electricite , au rapport de M. Gaillon. Mem. de la Societe d'agric. de Boulogne sur nier, 1832, p. 98. 4. Reduvius Serratus, Fab., insecte d'Amerique, qui, (1) Cette espece de Meduse, bien decrite sous le nom de Gelee de Mer, par Reauiurir, Act. Paris., 1710 , p. 47^^ pi. xj , Jig. 17, 18, est connue actuellement sous le nom de Rhizostome bleu. Cuv. (36) sulvant une observation du general Davlas, serait doue do la propriete de donner une forte commotion elec- trique. Bullet. Feniss., 1823, lotyi. i,p. 1^6. 5. Je ne parlerai pas de Gaspard Hauser, assassine d'un coup de stylet , a Anspach , le 17 decenibre i8!^3 , qui , s'il prcnait un chat par la queue , eprouvail un frisson- nenient et seutait corame un coup sur la main. Diction, pittor. d'hist. nat., torn. i,p. oSy. Get individu extraor- dinaire etait done d'une organisation qui le rendait tres-sensible aux influences magnetiques et electriqurs. Gette meme propriete electrique se remarquc aussi chez les vegetaux. Yoyez la Notice imprimee dans les Mem, de la Societe d'emulation du Jura, 1882, j). 14- 19 , a laquelle il faut joindre quelques-uns des fails suivans : A.. On s'est appuye de I'opinion d'Albert-le-Grand, pour avancer que rattouchement du Napel engourdit le bras; et Gouan dit avoir vu un jeune homme dont le bras fut engourdi apres avoir touclie Y Aconitum rostra^ turn. M. de PfyfTer , ayant un jour cueilli quelques fleurs d'Aconit , sentit dans le poignet et dans Tavanl- bras, un engourdissement violent. L' Jlennite en Suisse, 182c), torn. 1, p. 258. Mais Albert, dans le passage suivant , se borne a indiquer la propriete rubifiante du Napel : « llubifactivse (facultates) eorum quae superpo- K nuntur propter sanguinis ad locum ilium attractio- « nem, sicut fiat napellus. » D. Albert. Magn. oper., torn, v, p. 4^9 1 col. 1, ad Jineni. B. Les bulbes de Colchique, Colchicum autunuiale , Lin., pilees,engourdissent les doigtsqui les manicnl de la sorte. Revue medic, i83o , totn. 3 , p. 9. G. « Glusius nous apprcnd qu'on lui avait presento a « Amsterdam , plusicurs individus de Phallus Ha- (37 ) « diiani. Vent., et que toutes les fois qu'il les serrait « dans la main , il cprouvait un engourdissenient. » Eiicy. metli., Botan., torn, vi, p. 575, colon. 1. II est facile de repeter celte observation , puisqne le Phallus Hadriani n'est qu'une variete accidentelle du Satyre fetide , chante par Adrien Junius \ ainsi qu'il est facile de s'en assurer en comparant les textes de Dodoens, Stirp. Hist, pempt. tevlice , lib. v, cap. xxv, p. 482-4^4 '1 *Jc Clusius •, de Jean Bauliin , Hist, plant., lib. XL, cap. IX, torn. 3 , p. 843. Ce dernier auteur dit : f^olce manus appositus penetrabilis frigoris sensum adfeji. D. Ginanni a fait une observation curieuse, qui n'a pas etc repetee et qui meriterait de I'etre. En touchant la Rouille vermineuse, ce savant se sentit altaque d'une grande faiblesse de nerfs, qui aufjmenta au point qu'il se vit oblige de se retirer a plusieurs reprises. Joum. econondq., 1761. Noi'embre , p . 620. Cette observation incomplete aurait du fixer I'atten- tion des naturalistes. Mais il faudrait savoir ce qu'en- tend Ginanni par le mot Rouille vernuneuse j I'cxplica- tion s'en trouve probablement dans son ouvrage intitule: Delle Malatie del grano in herba. Pesaro , lySy , 4" -, cite par Haller , Bibl. botan., toin. 2 , p. 483 , § mdccxv. E. Si Ton peutajouter foi aux recits de quelques voya- geurs , « on trouverait dans le Caucase les eaux aci- « dales ou NaHsana, qui contiennent beaucoup d'a- « cide carbonique. On ressent en y entrant , comnie « une espece de coup eleclrique , et le corps se couvre «( de grosses buUes d'air ; on eprouve d'abord un froid « subit. )) Nouv'. annal. des vojages , i83o, totn, iv, p. 170. Dans beaucoup des fails cites plus baut , on ne voit ( 38 ) pas a la verite des effets elcctriqucs bien caracJerises ;' mais lis semblent y avoir quelqucs rapports; c'est le iiioiif qui a engafje a les rcutiir et a les placer a la fia de la prescnle note. Sur quelques loculites geologu/ues. L'importance de I'indication precise des localites geo- loglques se fait surtout senlir dans retude des petrifi- cations ; et c'est rcndre service a la science en les pre- cisant. {6 jaw. i83o, 21 mars ]8?)2). Outre Tavanlage de repcter sur les lieux les observations des premiers auteurs , et de retrouver les objets dont ils ont parle , on obtient celui de fixer d'une maniere plus exacle la disposition geologique du pays. Deja dans nos Memoires, Act. Divion., 1829 , p. i49, se trouve signalee I'erreur de Guettard , qui traduit Albis orteranti ( AVeisswasser) par Olranle et par Oran; ici j'en signale une autre du meme auteur. Guettard n'etait pas fort sur la geographic; dans ses Memoires sur differ, pari, des sciences , tom. 4? P- 617, il dit , en citant Fulgose : « Un crapaud fut trouve « vivant (1), renfernie dans I'interieur d'une pierre, « a Autun. « En recourant au lexte de Fulgose , on trouve : in Athonis arce (Hatton-Cliatel , bourg de Tan- cien duche de Bar , situe entre la Meuse et la Moselle , sur une hauteur ; il est de I'ancien patrimoinc de la (1 ) On salt que les crapauds vivans , trouves , dit-on , dans I'interieur des pierres, ne sont que le resultat d'une equi- voqiie basee sur les geodes ( Crapauds des ouvriers ) qui deparent le parement des pierres. Act- JJivion, ^ 1825, z'- 43-48.) ( 39 ) vllle de Verdun , et doit son nom a son fondateur, Hat- ton , eveque de Yerdun en 860.) f^erdunensis cigri (Verdunois). Les commcntateurs , s'altachant plus aux mots qu'aux choses , ont subslilue a Athoiiis arce les mots Augustoduno arce ; et a T^erdunensis ogri , ceux de Virodunensis agii, Guettard, n'ayant probablement pas recom'u au texte, a lout bonneraent traduit^i/^«5- todumim par Autun , en pensant que par Virodwwnsis agii, on indiqualt Verdun-sur-Doubs. Ainsl , dans le premier cas, Guettard transporlait dans le royaume de Naples une viilc situee sur les frontieres de la Saxe et de la Boheme; et dans le second , il placait en Bour- gofjne un bourg enclave dans la Lorraine. Ces erreurs topograpbiques peuvent toujours etre rectifiees en recourant aux textes ; niais il n'en est pas de meme de la suivante : « Le Plesiosaure pentagonal , « Cuv., se trouve dans le lias des environs d'Au- « xonne, departement de la Cote-d'Or. » Diet. sc. nal., loni. 41 , p. 364 ; torn. 5\ , tableau n" xii. Cctte assertion m'avait decide dans le temps a m'adresser a M. Cu- vier, pour le prier de me faire connaitre sur quelles bases il s'etait appuye pour attribuer a Auxonnc, de- pourvu de lias , une petrification aussi singuliere , re- trouvee depuis sur le versant est de la cote d'Ange- villers, a une lieue de Tbionville : Scoutetten , Mem. de lyicad. de 3Ietz , 182c), et Bullet. Femss., 1829, sc. nat. , lorn. 18, p. 460-462, n" Sop. Cuvier m'a fait repondre que la designation de cette localite etait indi- queed'apres celle portee sur Tetiquette de I'ecbantillon, conserve au cabinet d'bistoire naturclie du Museum. D'apres ce renseignement , je me suis decide a faire des recberebcs pour d(?couvrir la veritable localite oil avait cle trouve le Plesiosaure, en France, et j'ai reconnu ( 40 ) qu'une equivoque etalt la source de I'erreur. Auxois , Auxerre, Auxon , Auxonne, ont assez de rapproche- mens pour etre confondus. II cxiste un bounfj d'Auxon (departenient de TAube) , sur la route de Troies a Saint- Florenlin •, outre cela, on trouve dans le departemcnt du Douhs, les villages d'Auxon, renommes par leurs carrieres. La ville d' Auxonne etant plus connue que les bourg et villages d'Auxon , aura fait choisir cette premiere localite par les savans de Paris. C'est aux na- turalistes dcs departemcns du Doubs et de I'Aube, a re- vendiquer un fossile sur lequel Ic dc'partement de la Cote-d'Or ne peut jusqu'a ce jour fournir aucun ren- seiffnenient. Nous avons deja eu occasion de signaler la presence de la Silice sous le sol de Dijon , a 96 metres 60 cen- timetres. {Act. Divion. , 1829, />. 4^5 (1).) Elle a ele retrouvee a la surface dans plusieurs aulres endroits. Outre le terrain granitique de Chatenoix ,presde Beze {Act. Dwion., 1829, p. 92), j'ai signale celui de Mar- sannay-le-Bois , de Reneve , du bord de I'Etang-Mau- vais , a Villebichot , etc. •, du bois de Coucbey oil crois- sent spontanement plusieurs cbataigniers , pros desquels se irouvent abondamment la Bruyere commune , Cal- luna vulgaris, Dec. , ct la Fougere fcmelle , Pleris aqiii- lina, Linn. , appelee Racine de Jesus-Lhrist , par Bc- guillet , Descript. de la France. Bourgogne , p. 5 10, a cause du dessin, compare au monogramme du Christ, que presente la coupe oblique de la base de la tige. {Act. Divion., 1819, p. 82. ) Ce dessin, imitant I'aigle imperial , est forme par deux faisceaux de trachees qui suivent diflerentes directions. Act. Paris., 1823, torn. VI , p. cvi. Un banc de gres tres-dur a cte trouve au-dessus Je ( 41 ) Baimie-la-Roche; il se lie probablement avec les au- tres terrains siliceux signales dans diverses parlies de notre dcparlement {Act. Dh>., 1827, p. 68), et n'a au- cun rapport avec le Porphjre de Fixin , sif^nale par Buflbn, Hist. nat. , torn. i,p. 4^9, rappelc dans nos Memoires, Act. Di\>., 1839, p. yo, et a Toccasion du- quel on trouve la note suivante : « II y a dans la Bour- « gogne, dit M. Raulin, du porphyre rouge, compose « d'un grand nombre de pointes d'oursins, comme I'e- « tait I'ancien porphyre d'Egypte. » Guettard, Mein.y torn. IV, p. 28. Guettard, en rapportant celte opinion de Raulin , la signale comme une erreur. « Les points « blancs du porphyre d'Egypte , dit-il , sont des grains « de Quartz ou de Spath fluor (i), et ceux du niarbre « de Bourgogne sont des grains de quelques corps ma- tt rins qui peuvent , si Ton veut, avoir ete des par- « ties de pointes d'Oursins. » Ouv. cit.,p. 29. Nous avons parle, Act. Dw., 1827, p. 70, de la Chaux cavhonatee spiculaire , Hauy , employee pour la decoration interieure desgrottes, construiles dans plu- sieurs jardins. On en avait beaucoup tire autrefois d'une carriere de Couchey, actuellement comblee. On vient d'en retrouver de trcs-grandes masses dans une carriere ouverte sous ma Chaumiere , a gauche de la route de Talant ; et des masses assez crosses se trou- vent dans un mur de cloture en face dune aubcrge appelee , le Point du Jour. Sur les pierres perforees de la montagne Sainte-Anne , pres Dijon. Tons les particuliers qui veulent faire des grottcs , (i) Par ce nom, Guettard dusignait le Feld-spath. (42) des fahiiques , ou embellir des fontaines , emplolcnC deux substances minerales , assez communes dans nos environs. La premiere est la Chaux carbonatee spicu- laire, dont j'ai parlo dans nos Act. Div. , 1820, p. 179, dernier aliena de la Jiote , 1827, /:>. 70, et que j'ai retrouvcc en masses dans une carriere ouverte a gaucbe de la route du Val-Suzon , pres d'une pro- pricte appclee ma Chaumiere , dans le voisina.tje de Talant. On pourrait de cet endroit retirer des blocs tres-fjros et sen servir de la memc maniere que Ton employait jadis ccux retires d'une carriere de Couchey, aujourd'bui comblec. La formation de cette chaux car- bonatee spiculaire, nouv. Diet, dllist. nal., ed. 2, t. vi, 157. Did. Sc. nat. , vm , 270, est le resultat d'une cristallisalion irreguliere dont les elemens sont toujours le Pdiomboide. La seconde substance mincrale dont je veux parlcr est cette sorte de pierres cariees, Act. Dii^., 1820, p. 179 (i), desifjnees sous le nom de Pierres pleines detrous, parPalissy, OEuvres , torn, i, p. /^^\^em~ ployees depuis fort longtemps. Ces pierres ont etesigna- lees danslcs tcrmes suivans : Lapides eliatn illi forami- nosi , qui ad oniandas fontanas coW guntilr , forsan pu- mices ajypellantur , valgus aulein Tartaros nuncupat, par Aldrovandi , 3Ius. metallic. , p. 698, H. M. Ilaldat adecrit des pierres analogues qui se trou- vent aux environs de Nancy, et il expUque leur for- mation d'apres celle dc I'Osteocolle , Act. Nanceiens. , 18] 2. 11 a propose une nouvelle explication, « par « suite d'observations forluites qu'il a iiiites sur des ca- « vites formees dans une marne placee sous I'eau , par « les larves de la Frigane quil y a dccouverles et « qu'il a vues en travail. » Act. Nanceiens. , i832, p. (43) 6i , 62. M. Haldat a sans doutc voulu dire dcs larves d'Ephenieres, cai' il sait, comme tous les naturalisles, que celles de Phryj^anes , renfermees dans des tuyaux soyeux, recouvcrts de fjrains de sable, de coquillages, de f'ragracns de feuilles , de brins de vegetaux , etc. , jouissent de la faculte de se deplacer avee leur four- reau, et ne se logent jamais dans la inarne, conirae le font les larves d'Ephenieres. « Dans les allees de Baignots, tout aupres de Dax , le long de la rive gancbe de FAdour, la formation juras- sique se niontre en masses irrt'gulicrcs qui s'y font rcmarquer par des asperites multipliecs, des dechi- rures, des perforations, des cellules caverneuscs, de forme et de dimension vai'iables. Ces perforations , ces larges cellules rappellent la pensce des loges appar- tenant aux families des Mollusques lithopbages des pa- rages maritimes, tels que les PhoUades {sic) ^ les Ta- rets, etc. , et permettent de conjeclurer que ces roches, comme celle de Tercis, faisaicnt jadis parlie des fa- laisesqui bordaientranciennccotcoceane. )> Notice geo- gnostique sur les roches de Tercis , par M. Grateloup , docteur en medecine. Bordeaux , i833 , p. 8. Les perforations offcrtes par les pierres de Baignots, prcs Dax , n'ont aucun rapport avec celles produiles par les Bivalves lithopbages; elles sont le resultat de la formation de ces pierres, dont les analogues, pour ne pas dire les pareilles, se trouvent aux environs de Nancy, et aux environs de Dijon, sur la montagne Saintc-Anne, sur celle de Clienuve, etc. J'avais d'abord altribue les cavites irrcffulieixs dcs pierres cariecs a des testaccs raarins , Act. Div. , 1820, J). 179-, mais depuis, une observalion plus attentive (44) Jii^a suggerc ridce d'une autre explicalion qui parait la veritable. Le hasard nrayant offcrt une pierre carice , dans un des trous de laquelle se trouvait une piece mobile, par suite de la disparition de Targile iulerposce, je I'exa- niinai avee attention, etm'assurai que la pierre mobile pouvait s'enlever de la meme maniere que , dans une plancbe de sapin , on enleve le noeud forme par Ic ves- tige d'une branche dessechee sur I'arbre. La cavite , laissee dans la pierre , me donna sur-le- champ ridce de la maniere dont les picrrcs percees avaient pu se former. Je la basai sur Texplication don- nee a I'occasion des orbiculites , u4ct. Div. , i833, p. 31 , 22. En effet , a I'epoque ou le Carbonate calcaire de ces pierres etait en dissolution dansl'eau, il etait melange avee beaucoup d'argile ou avee une sorte de marne. La force d'affinite de ebacune de ces substances a reuni les molecules des dernieres qui ont alors pris des for- mes cylindriques plus ou moins ramifiees , comme on le voit dans la pierre brancbue , ou pierre figuree mar- neuse des environs de Pise. Noiw. Diet. Sc. nat, , loin. XIX, p. 3 1 8. Par succession de temps, ces masses, moins durcies que la cbaux carbonatee , ont ele de- truiles soit par Taction des eaux , soit par ccUe d'un autre agent ineonnu aujourd'hui ; et la place qu'elles occupaient , restantvide, presente le singulicr aspect offcrt par les pierres percees. Celte theorie est d'autant plus certaine qu'elle est conforme a celle admise pour se rendre compte des ca- vites des pierres raeulieres, de celles degeodes, et pour expliquer la foi'mation des rognons de silex pyroniaque dans la craie. A la verite la durcle de ces silex les a (45) conserves entlers , tandis que dans les pierres percees , la place, occupee par les nioules inteiieurs, est restee vide par la disparition de ces derniers. La pierre a ra- vel , ou pierre calcaire celluleuse de Saint-Doniingue , dans les trousde laquelle les Blattes se retirent , est for- mee de la merae iiianiere. Je ne connais que M. Haldat et M. Grateloup qui se soient occupes de ces sortes de pierres. Elles paraissent cependant dignes de fixer I'at- tention des savans , surlout a une cpoque ou la geognosic et la geogenesie occupent une multitude de naluralis- tes. J'ai toujours ete surpris de ne trouver dans aucun des Recueils , que nous ont laisses nos predecesseurs en histoire naturelle de la Bourgogne , aucunc note sur les pierres percees de la moulagne Sainte-Anne •, je sais seulenient que « dans Tarrondissenient de Bel- « ley ( departement de TAin ) , on remarque ce cal- « caire carie perce d'un grand nonibre de irons et ira- « verse de lubulures produites par la destruction de « polypiers lamelliferes. » Journ. de la Soc. d'eniida- tion de I' A'ln , i835 , fev. , p. 5o. Ces pierres ressem- bleni-elles aux notres? La coniparaison pouri^a seule de- cider cette question. Explosion d'lai OEuf. Lorsque le hasard rend lenioin d'un plienomene ex- traordinaire , il est important de le signaler et de le rapprocher d'autres semblnbles ou analogues. Ce motif m'a engage a coramuniquer (16 jamder i833) a I' Aca- demic le fait suivanl. En exploranl avec une baguette une cavile laissee dans un niur , je fus surpris d'enlendre immediatement une vive detonation pareille a celle d'une arme a feu. En recherchant la cause du bruit , j'apercus les frag- jnens d'une coquille d'oeuf de poule, dont plusieurs ( ^6) avalent Ple lances a iinc assez grande distance par I'cf- fet du dcgagcnient des gaz produits par la putrefac- tion de Toeuf. L'effort exerce par ccs gaz contre les parois de la coquille a cause leur rupture , lorsque le contact brusque de la baguette Ta fait ceder sur un point. J'avais perdu de vue ce fait , lorsqu'en parcourant le Journ. cornpL du Diet, des sc, nied., je trouvai , t. VII, p. 272, un fait analogue rapporte par M. Geof- froi Saint- llilaire, et signalc par lui conmie nouveau dans nos laboratoircs. II s'agissait de deux ceufs d'au- truche apportes du Senegal par M. Morenas. Ces oeufs avaient subi I'incubalion pendant quelque temps avant d'avoir ete recueillis. Environ un an apres, on s'oc- cupa de les vider ; mais la coquille , a peine enta- mee, se rompit avec explosion; les fluides qui y etaient renfermes furent lances a une grande distance et dans toutes sortcs de directions. Les foetus renfermes dans ces oeufs n'avaient nuUcment participe a I'etat de pu- irediction des fluides qui les baignaient. M. Geoffroi attribue ce singulier rcsultat a la force et a I'epais- seur de la coquille de Toeuf d'autruche, qui oppose une barriere insurniontable aux gaz condenses qui tendent a s'echapper : la forte pression que ces gaz exercaient contre lous les points de la surface du foetus les a ainsi preserves de la putrefaction. Ces deux explosions sont parcilles a cellos dont on est quclquefois lemoin dans les caves oil des bouteilles , remplies de vin mousseux , legtrement frappees , se bri- sent en eclats. EUes ont egalement du rapport avec Fexplosion qui a lieu en debouchant une bouteille de biere ou une bouteille de vin de Champagne , dont le gaz acide carbonique se degage avec impetuosite. Lorsqu'en debouclie uiic bouteille de bicre , de via ( 47) inoiisseux , etc. , rcciime qui s'echappe est protlulfe par le gaz acide carbonlque qui , n'etant plus corn- prime , s'echappe tumullueusement et se repand au dehors. Les buUes emprisonnees dans le fluide sont retenues par une forte pression exercee a sa surface , et c'est lors de la cessation de cette pression que I'ecunie se mani- feste. Bull. Fer. i83o , Sc, ieclinol. , toin. xv, p. i5i. Empliyseme stearique des Mouches. Cette singuliere affection a ete decrite par Latreille dans son histoire de la Mouche des appartemcns. On en ignore la cause. Le ventre, exlraordinairement en- fle , est alors rcmpli d'une niatiere grasse, oncfueuse, de couleur blanche. Hisl. nat. des ins. , par Latreille, torn. XIV, p. 371 5 Nou^. Diet. Hist. nat. , ed. 2, loin. z-2.,p. 77. J'ai ete temoin dc la meme maladie sur une mouche fort commune sur le laurier-rose ; beaucoup d'entre elles sont retenues par la trompe dans le tube de la co- ro!!e, enlre les filets qui terminent les antheres. u4ct. Soc. linn. Paris., 1822, toin. i, p. 3^-3^. ^ct. Di\^ion., 1825, p. 43. Latreille attribue cet effet a la liqueur visqueuse qui retient la trompe. Nouv. Diet. Hist nat., ed. 2, torn. 22, p. 78. J'ai vu une mouche, fixee sur les feuilles, ofFrant un developpement considerable del'abdomen , dont les an- neaux Ires-distendus laissaient apercevoir la membrane blanche qui les unit. Les ailes etaient relevees per- pendiculairement sur le thorax gonfle lui-meme. Au mois de soptembre j'ai vu beaucoup des mouches, si communes alors dans la grand'salle de I'hopital , at- teintcs de la meme maladie , et offrant lous les carac- ( 48 ) teres signalcs par Latreillc, qui ne lui avail donne au- cun nom •, j'en ai adopte un caracterislique, puisqu'il indique et Tapparence, et le resullat de la maladie. Celie affection des mouches me parait avoir beau- coup de rapports avec celle quej'ai signalee dans les Criquets. Act. Div. , 1829, p. 119. 11 ne iaut pas la confondre avec cette sorte d'Em- pliyseine qui se nianifeste quclquefois entre les deux membranes des ailes des insectes mal conformcs. P. 096, 908, 1000. Limaces , Escargols. Dans divers passages , Pare rappelle les limaces el les escargols, auxquels il altribue des vertus therapeu- tiques qui n'ont point etc confirmees par les experiences subsequentes; il n'a point envisage ces mollusques sous le point de vue de leur bistoire naturelle. Cependanl , il est certaines considerations tres-curieuses sur les- quelles j'ai pense qu'il ne serait point inutile de fixer ratlention des naturalistes. Mon but est d'expliquer I'opercule a ressort , dont un Bourguignon a parle le premier. Tons les naturalistes systemalistes ont neglige une curieuse observation , faite par un de nos compalriotes , et consignee dans les Memoires de I'Academie des sciences de Paris. Daubenton , si celebre par ses tra- vaux , s'est le premier occupe de Tetude speciale des coquilles, en conseillant d'y faire entrer la considera- tion des animaux. II avail ele probablement amene a celte idee par les recberches de Reaumur, connucs par leur grande exactitude. Daubenton , dcsirant faire partie de I'Academie des sciences, presenta a cette compagnic un 3Iemoire dans lequel il dcveloppa ses idees. L'bistorien de TAcademie, cn rcndant compte de cc travail , sigualc la description ( 49 ) d'une (( petite espece de Liraacon ou de Buccln tcrrcstre i( qu'il crolt avoir etc inconnu jusqu'ici , en ce qui re- it {^arde une sorte d'opercule qui tient a la coquille ; « I'animal Tabaisse en sortant , et dcs qu'il rcntre , cet « opercule a ressoit se remet en place de lui-mcme «( parson elasticite. » Act. Paris., 1743 , hist., p. 47. Un opercule adherent a une coquille terrestre ou uni- valve, etait vine sinrjularite assez grande pour exciter la curiosile dcs naturalistes , et il est surprcnant qu'au- cun d'euxn'ait signale Fobservation deDaubenton. Desi- rant la verifier, j'ai ete entraine a faire des recherches inuUipliees, dans lesquclles Gueltard et GeofTroy , tous deux acaderaiciens et lies avcc notre compatriote, ne ni'onl etc d'aucun secours; quoique Fun et I'autre aient decrit la coquille , le premier sous le nom de Bouche de travels. Act. Paris. , 1756, p. 149 •, et le second, sous celui de Nonpareille , dans son Traite sommaire des co- quilles des environs de Paris, p. 63, sp. aS. Ne trouvant aucun renseignement dans les travaux desconchyliologistes francais, je me suis decide a constd- ter Muller, Hist, verm., et j'ai trouvc , part, n, p. 117, a Varlic\e Ilelijc perversa. Mull.*, Bulimus perversus, Brug. ; Turho perversus, Lin, , une description tres-detail- lee, (traduile par Bruguiere , Enc, meth.. Vers, torn, i, p 353) , d'une petite larae elastique adherente a la co- quille. Cette lame, appelee osselet elastique, Clausilium, parDraparnaud, m'a fait reconnaitre I'opercule a ressort dont Daubenton a parle le premier , par suite de I'etude tres-exacte qu'il avail f'aite de la structure de la coquille parfaile, du Turho perver'sus, Lin., Clausilia rugosa , Drap. ; car ce fermoir {clausilium) n'existe pas dans les coquilles incompletes. Cette notice inluressait 1' Academic , premierement 4 ( 50 ) parcc qu'elle rend a un compatriote et a un confrere, ses droits , relatifs a une dccouverte curieuse ; seconde- nient , parce qu'elle expliquc la singularile do la deno- mination Opercule a ressort. Apres avoir retrouve la coquille dont Da ubenton avail parle dans son Mcmoire, j'aivoulu m'assurernioi-nieme de I'exaclitude de sa determination. J'ai d'abord exa- mine des coquilles de ma collection ; mais j'eus bientot reconnu rinsullisance et meme rinutilile de ma recher- che : la dessiccalion avail rendu la lamelle elastique ex- trememenl fragile \ aussi ne pouvais-je la trouver qu'en employanl les plusgrandes precautions. Je me procurai alors des Clausilies ridees , fraiches et pourvues de leur animal ; en brisanl doucemenl le dernier tour de spire, je irouvai au fond la petite lame ecailleuse blanche , ap- pliquce sur Touverture el la fermanl. Celte petite lame ovoide nacree , esl concave en dehors et convexe en de- dans •, elle presenle des stries concentriques , pareillcs a celles offerles par les opercules cornes donl elle rem- plit la fonction , sans cependanl adherer a I'animal. Elle est appliquee centre une saillie de la colunielle , a la- quelle elle adhere par un mince pedicule. Plus on exa- mine celte disposition , plus on est dans le cas de recon- nailre la sagacite de Daubenton ; el si I'auteur de I'ar- ticle Clausilie, du Diet, des Scicnc. nat., torn. 9, p. 363, cut examine des coquilles fraiches, avec I'animal , de la Clausilie ridee , il se serait assure de rexaclitude du soupcon de Draparnaud , et de cellc de la denomination donnee par Daubenton. Le nom ^osselet elastique adoptc par Draparnaud , parail peu convenable ; il n'y a rien en eflel de sem- blable a un os dans I'opercule elastique de la Clausilie, si bieu caracterise par son prciuier obscrvaleur , et si (51 ) semblable par sa contexture et par sa forme , aux oper- cules cornes des slrombes, longs, etroits, portes sur une queue mince. Pour relrouver facilement lefej-moir des Clausilies, il faut faire attention a la distinclioa suivante : Bruguiere a donne une excellente description du Turbo peiversus , Lin., sous le nom de Bulime sans pareil. Encj. meth., Kers, torn, i, p. 35i, n. 92. II I'a fait preceder d'une synonymic fort exacle et Ires-elen- due, dans laquelle figure \ Helix perversa. Mull. Dans la continuation du Did. des vers , le Redacteur, a I'article du Maillot fragile , Pupa fragilis , a cite le jTurbo peiversus parmi les synonymes. Encjcl. melh., Veis , torn. 2 , p. 406 , sp. i4> C'est une erreur fondee sur Toubli de la dllFerence existant entre \ Helix per- versa. Mull. , et V Helix perversa, Feruss. L'auleur de Tarticle Maillot fragile, ayant lu Helix perversa, a cru que tous les auteurs systematisles designaient sous le meme nom la merae coquille 5 il ne s'est pas rappele que Y Helix perversa. Mull. , designait le Turbo per- versus; et V Helix perversa, Feruss., une coquille en- tierement differente , dans laquelle on chercherait vai- nement le fermoir (^clausilium) dont la presence carac- terise les Clausilies. Je dois a cette occasion donner d'autres eclaircisse- mens sur plusieurs Testaces indigenes. L'abbe de Sauvages a vu « des limacons de terre qui « portaient des couvercles attaches sur le chignon du « col ; lorsque le limacon est en marchc , le couvercle « est eloip-ne de la coquille •, si quelque chose le heurte , « aussilot le couvercle se rapproche du trou , et eu « ferme exactement Tentree. » Act. Paris., 1743, p. 412. (52) Pourrendre inlclllglljle cette description fort incom- plete et trcs-peu scientlfique, il suffit dc substituer les mots opercide , a couwercle ; fa(^('' florsale siipeiicure du pied , a chignon du col; bouclie , a trou, et I'on recon- nait alors le Liniacon dent a parle I'abbe de Sauvagcs. Les natural isles Tont designc sous le nom de Turbo ele- gans , Gmel., p. 3606-74 , elegante Striee, Cjdostoma elegans , Dnip. Coquille decrite et fignree par Reau- mur, Act. Paris., 1710, p. 3o5 , pi. ii.,f. 3-4, a Poc- casion de I'insecte des limacons , ^g^. 5-6. {Acarus Li- mac um , Scbrank. Gmel. , p. 2933, sp. 73;) decrit de nouveau par Lyonnct, Mem. du lilus. d'hist. nal., lunt. l8,/>. 2.i]o , pi. 13,/. 13. GuetJard , adoplant I'idee dc Daubenton qui voulait qu\)n s''occupat et de Fanimal et de sa coquille , s'est occupe de la metlre a execution, dans ses Observalions qui ])em'ent seivir a former quelques caracteres des co- quiiles. II insiste sur I'importance de la consideration de I'animal , dont il donne une desci'iplion tres-exacle , Act. Paris., 1^56, p. i45 et suiv. Cc travail a servi de base a celui de Geoffroy , aussi n'est-il point adedaigner -, tel est le motif qui m'a porle a en redigcr et a en donner un exlrait, dont j'ai deter- mine tons les articles , en les rapportant a ceux des au- teurs sysleraatiqucs. C'est le moyen de rendre utiles les rcclicrcbcs de Guettard , dont aucun naturaliste ne pa- rait avoir fait usage 5 cependant , ces rechercbes ex pro- fesso ne meritaient pas I'abandon dans lequel on les a laissees : on en aura la preuve dans le resume suivant : Car. I. LiAiAcE. Sous ce litre I'auteur pai'le des Li- niaces suivantes : 1. Limax cinereus , Linn., dont la coquille grande a quclquefois plus de deux ligncs d'epaisscur , d'aprcs ( 53) M. Charles Desmoulins. Act. Linn., Biirdig. , torn. 3, p. 232. a. Limax agrestis , Mull. , tlont le mucus, (Vun bUinc nacre, est tres-ahondant , visqueuxcl filant. La coquiile interieure de ce mollusque esl petite, ovale, iranspa- rente, et quclquefois tres-epaisse. 3. Limax aler. La coquiile est remplacce par une espece de gravier on une craie blanche et friable ; dis- position qui se reniarque aussi dans le Limax succineus . Gniel, p. 3ioo , n° 3. 4. Limax ritfus. Car. IL L1MA50N. Sous cette rubrique , Guetlard place , 1. Limacon des vignes , Helix pomatia, Linn., sur lequel Reaumur, Acl. Paris , 1710 , pi. 8 ,f. 1,2, par un temps sec, atrouve I'insecle des Limacons,//^. 5, 6. u4carus Limacum , Linn. Ilerissant , dans son Memoire sur I'organisation des coquilles , Act. Paris. , 1766 , p. 5o8 , a fait connaitre eta represente , pi. xix, fig. 1, Topcrcule teniporaire du limacon des vignes , connu sous le nom tVFpi- phragnie. 2. Limacon conimun. Helix aspersa, ou gros Lima- con des jardins. Reaumur, Act. Paris. , 1709, p. 371, 3. Limacon laquais, LLelix nemoralis , petit Lima- con de jardin , ou livree a bouche brune , p. 379 , pi. 14. fS- 5,6. 4. Limacon brun des pres, ILelix arbustomm. C'est sur \ Helix aspersa et VLlelix nemoralis , que Reaumur a fait ses eurieuses experiences , pour de- montrer la formation et I'accroissement des coquilles. Act. Paris., 1709, p, 3'ji , pi. 14, 1716, p. 3o3, (54 ) Dans ce Memoire , Tauteur parle de la Veuve , Turbo pica, p. 384, pl' ^4' fifef- 7? d'une grosse Turbinite dissequee par Mery , Terehra suhulala , p. 386 , pi. \\ , fig. 8 •, d\ine Turbinite artistement travaillee , Turbo clathrus , pi. i5, fig. ii; et d'une coquille bivalve, Cardium costatum , p. 393, pi. i5, fig. i^. Car. III. BucciN TETiRESTRE. Sous ce litre on trouve, 1. Le Barillet , Turbo muscoruni , Linn., Pupa mar- g'lnala , Drap. 3. Le Grain d'Orge , Bulimus lubricus. N. B. Le Grain d'Orge dc Guettard est different du Grain d'Orge de Geoffroy , Bulimus obscurus. 3. Le Grain de lile , Bulimus obscurus. Nous venons de voir que Geoffroy I'appelle Grain d'Orge. 4. Le Barillet comprime, Buccin terrestre , roussatre, comprime. <( Celui-ci , dit Guettard , differe des trois precedens, « en ce qu'il porte sa coquille de cote lorsqu'il marchc; <( et du suivant , en ce qu'il ne la traine pas comme « lui. » Ces indications sont trop vagues pour qu'il soit pos- sible de determiner avec certitude la coquille dont Guettard vent parler. Aussi n'est-ce que d'aprcs le nom tie Barillet comprime , et d'apres la nianiere dont Fa- nimal porle sa coquille, que j'indiquc V Helix lapicida. Swammerdam , Collect. Acad, etrang. , tom. 5 , p. 9.5, parle d'un petit Limas un peu applali ; c'est peut-etre celui indique par Guettard. 5. La Boucbe de travers, Turbo perversus , Linn. Clausilia rugosa, Drap. C'est le petit Limas turbine de Swammerdam, Collect. Acad. cit. , p. c)/\.; la polite espece de limacon , signalce par Daubenton , celle dont nous avons parle ci-dessus , p(ig- 49- ( 35) Car. IV. LniA(;oN dont l\ coquille est Applatie et QUI A UN oMBiLic. Sous cettG rubviquc sont places : 1. Helix liispida, Linn. Gmel. , p. 362,5, sp. 4^5 Helix tiuturutn, Gmel. , p. 363c) , sp. 169. 3. Helix ericetoniui , Muller, Diet. so. nat. , torn. 20, p. 434. Car. V. LiMAgoN tehresttie a opercule. Guettard a ainsi desi^me I'eleffante Striee , Cyclos- toma elcgans dont il a ete parle p. 5i , a roccasion de la note de Tabbe de Sauvages. Car. VI. Planorbis(i). Sous ce litre , Guettard a rap- pele : 1 . Le Planorbc corne , Planorbis comeus , sur un individu duquel M. Cliarles Desmoulins a vu sortir du cote gaucbe , entre le cou ct le manleau , une espece d'oreillctte triangulaire et cbarnue qui se montrait quelquefois au dehors 5 dans d'autres individus , il n'a rien vu de seniblable. Acl. Linn., Bardig., torn. 4> y. 283 (a). Guettard , en parlant de son Bucein d'eau douce opercule , dit : « L'ouie est un corps conique , long , « place a droite ct qui ressemble a une corne. » Act. Paris., 1756, p. 169. II a pris la verge de Taniraal pour Vouie. L'oreillette vue par M. Desmoulins n'apparliendralt- elle pas a Torgane excitateur male de ces mollusques ? Est-ce la meme que cette Iroisieme corne signalee par (i)L'animal exprime, desbords de son manteau , une li- queur abondante et rouge , mals qui n'est pas son sang 5 Cuv.^ Regn. animal, edit. 2, torn. 3 , p. 47 5 elle est secretee, comme la liqueur pour pre AesMurex et de V Aplysia, par le tissu glanduleux du limbe , qui dans les testaces, repond au manteau des Gasteropodes nus> (56) Reaumur dans le Buccin reticule? Act. Paris. , 1710, pi. 10, Jig. 18, 1711, pi. 6, Jig. 9. Los Bucclns out la verge souvcnt excessivement lon- guc. Cm\ , reg. anini. , ed. 2., t. 3, p. 90. 2. Planorhis carintitus. 3. Planorhis \>ortex. Car. VII. ViGWEu , ViGNAu , Demoiselle , LimA(:on vniPAKE FnviATiLE. Cycloslu/Tia varicgatuni , dont la 4'' variete est le Cydostoma aclialmuin , Drap. Car. VIII. BicciN , leMoiNEcoRNuou pourvPHE. Turho li Uorens , h'lnn. Trochus ou Turho, que Reaumur dit percer la coquille des moulcs {^Mytilus edulis), pour se nourrir de cet acephale. Act. Paris., 1708, Hist. p. ^8 , §. IX. Lorsque le Planorbe marche , il porte sa coquille a-peu-pres verticalement sur son dos , et c'est du cote droit qu'elle est le plus concave •, d'ou il suit que la coquille est inverse ; car la spire des coquilles ordi- iiaires est toujours dirigee a droite quand ranimal mar- che. Cuu. , Mem. sur le Linniee et le Piano be, p. 10, Car. IX. TSEraTE. Sous ce litre sont designcs , 1. Turbo retusus , Lam. 3. Nerita Jluviatilis , Linn, Car. X. GuiGNETTE , sur les cotes de TAunis , du Bas-Poitou , de la Normandie; Demoiselle jolie , ou Pourceline au Havre, Trochus conulus , Linn. Car. XI. Lepas ou Patelle, selon les auleurs. Ce coquillage a ete fort bicn indique par llondelet , sous le litre de Lepade ( de Testaceis , lib. i, cap. 2 ). 11 en repetc la figure trois Ibis, De piscibus , p. 629, 582, de Testaceis, p. 3, parco qu'il a rcprescnle sur le roclier plusieurs objels niarins : la Patelle vulgaire, I'oscubriou qu'il dccrit , de Testae, , lib. 1 , cap. 3 , sous ( 57 ^ le litre de Lepade pajva , le jeune Oursin , Echinus paiviis, et r Uitica cincrea, appelec a iovX. Actiniaviduata par Grael. , p. 3i33 , n" 81. Voy. ci-dessus, p. 29. Reaumur a donne,^c<. Paris., 1710, p. 461, pi. 10, fg. 16, ly, 1711 , p. 109, pi. 3,fg. 1, 2, une description et une figure de la Palelle commune, Pa- tella vulgala, appelee Berdin et Berlin sur les cotes de Normandic, OEil de bouc , et quelqucfois Javihle, sur cclles do Poitou et d'Aunis. Ce coquillafje se vend a Brest sous Ic nom de Be- ruique, d'apresM. Collard deCherres. Act. Linn., Bur- dig. , loin. 4, p- 07, sp. 2. Suivant Rondelet, les pc- cheurs manfreaient les Patelles crues : et en Antileterre, d'aprcs Lister, le principal usage de ce lestace est de servir d'araorce aux peclieurs. Car. XII. Lernea, Linn. Leptjs matiinus , auctor. Sous celte rubrique, Guettard indique trois niollus- qucs , savoir ; Lievre marin , jaune citron, a panaclie, Doris flava, Vail. Act. Div. , 1819, p. io3, 104. Doris ccespitosa, Van Ilassclt , Bull. Fer. , Sc. nat. , torn. 3, p. 209. Lievre marin , pourpre , sans panache. Act. Paris. , 1715 , Hist. , p. 1 1 , § 1 . Aplysia punctata , Cuv. Act. Div. cit. , p. io5. Voyez ci-dessus , p. 2.5. Limace de mer qui dans I'eau parait entierement nue , et qui retiree de Teau n'offre qu'une coquille. Guettard a le premier signale le rapport ou Fanalogie qui existe entrc I'Aplysie et la BuUee 5 car sa limace de mer est la Bulla apena, Linn. Bullcea aperta, Lamk. , rapport qui a etc ensuite demonlre par Cuvier. ylnit. Mus. d'h'ist. nat., 1810, torn. 16, p. 1-10 (i). (1) Uiie disposition analogue a peu pres se remarque ( 58 ) Car. XIII. CoNQUE , Buccin fluviAtile. On trouve indiqucs sous ce litre : 1. Lymneus stagnalis , la Limnee stagnale, ou le grand Buccin , Geoff. 3. Ljmneus palustris , la Limnee des marais, ou le petit Buccin , Geoff. 3. Lymnens auricularius , la Limnee ventrue , ou le. Radix, Geoff. 4. Succinea amphibia, Drap. L'Amphibie, ou TAm- bree , Geoff. , que I'on trouve quelquefois collee a des troncs d'arbres. Car. XIV. Buccin u'eau douce opercul^. Cjclosloma impurwn, Drap. La petite operculee, Geoff. On trouve, dans les Mcmoires de I'Academie des sciences de Paris, beaucoupd'observationsinteressantes, et d'autant plus prccieuses, qu'elles ont ele faites a la vue des objets. Plusieurs nieme nous apprennent que des decouvertes, rejjardees comme nouvelles, sont fort anciennes, ainsi qu'on pent s'cn assurer au sujet de la Testacelle ormier. « M. Duguc a ecrit de Dieppe, a M. de Reaumur, f< qu'il y a , dans celte ville , un jardin oil se trouve une « espcce de liniace mcowzue aux jardinicrs du pays — « EUc se terre a la facon des vers , et ne sort que la « nuil; elle porte sur la croupe une partie scmblable «< a un ongle , placee comme il est au bout du doigt , et « pour le moins aussi dure Elle a mis 4 a 5 beures a « avalcr entierement un vcr de terre long de 3 a 4 tlaiis la Limnea glutinosa , Drap., donl la simple dllatalioQ du bord du luanteau enl'erme la coquille tout enliei-e dans 11 n veritable sac. Voy. Act. Linn., Burdigal, , i835} torn. Ml, p. 142-149,/^/. 1,7%. A. 1-5. (59) t« polices et gros comme une plume, EUe depose clans « la terre ses oeufs , parfaitement ronds d'abord , mais « qui, au bout de i5 jours ou un peu plus, se chan- « p-ent en ovale ; alors la limace eclot comme un pou- «( let. » ^ct. Paris., 1740? Uist. p. 1, § 1. D'apres cette description generale de la Testacelle ormier, Testacella lialiotidea, et les details contenus dans la lettre adressee a Reaumur, ce moUusque vit non-seulement dans le midi de la France, mais aussi dans le nord-ouest de ce royaume. Suivant M. CoUard dcs Cherres , la Testacelle se trouve a Quimper. Actes de la Sociele Unneenne de Bordeaux, i83o, tom. 4» p. 94, sp. 1. M. Le Gentil a decrit un Varech des cotes occiden- tales de la Basse-Normandie , et une petite coquille qui se loge dans le tronc de cette plante, et y prend son accroissement. Act. Paris. , 1788 , p. 409-442 , pi- xx. Cette observation de Le Gentil n'a ete citee par au- cun botaniste, ni par aucun zoologiste ; ccpendant elle est assez curieuse , pour meriter de sortir de I'oubli ou on I'a laissee. La tige de ce Varech est jaunatre ; son pied est garni de fortes racines nombreuses. Du haut de la tige part une grande feuille semblable a un large ruban. Ces details suffisent pour faire reconnaitre le Fucus saccharinus , Linn. , Latninaria sucre , Lamx. , deja de- crit et represente, sous le nom de Baudrier , par Reau- mur, ylct. Paris., 1712, p. 29, pi. ?i,j!g, 4; et par Fougeroux de Bondaroy , 1772 , 2° pari. , p. 68 , n° 8, pi- 3J%. i5,pl. ijig. 16. La tige a veis le pied , tout pres des racines , une cavite elliptique de 4 ^ 6 lignes de profondeur , lisse et polie, de la plus grande regulariie, formec par une (60 ) pclile Patellc ollvatre. Le fond de la coqiiille est jau- natrc ^ cllc est parlagce , depuis son sonimet jusqn'a sa base , par plusicurs bandes ou rubans d'un tres-beau bleu , scparcs par autant de lignes ponctuees et du meme bleu. Si Ton compare cette description avec celle de la Pa- telle transparcntc, Palclln pdlucida , Gmel. , p. 3717, sp. i33 , on recomialtra ridentile, prouvee encore par la forme dc la coquillc de la Patella pellucida, qui va- rie suivant que I'animal s'attacbe aux tiges cylindri- ques dcs Fucus ou a leurs feulllcs , comme on le flut remarquer dans I'Encjc. melh.. Vers, tout. 2, p. 704, col. 2, p. 710,00/. 2-, ne seraicnt-ce pas ces differences qui seraient la source dcs especcs que M. de Blainville soupconne confonducs sous le nom de Patelle Iranspa- rente. Diet. Sc. Jial. , torn. 38, p. 92? HI. Collard dcs Cherres signale la Patella pellucida sur les cotes de Brest, ^ct. Linn., BiaxVi^., i83o, t. 4, p. 38, .7). 5 ; et M. Boucliard-Cbantcreaux , sur les cotes du Boulonnais. Act. Bononiens. , i834, p. 14^ > n° 82. Sur la Glu animale, nientionnee dans les Memoires de lyJcadeniie des Sciences de Paris. Les Recucils des Socieles savantes conticnncnt une niultilude dc fails, dont plusieurs, negliges depuis leur publication, presentcnt aujounrhui aux naturalistcs, des probiemes plus ou nioins dilliciles a resoudre, sui- vant la manicre dont ils sont indiques. Telle est la glu des environs dc Pcrpignan , sur laquelle j'ai communi- que (seance 1" mai i833) a TAcadcmie , des rcnsei- gnemens proprcs a en indiquer I'originc. « La glu , dont onse scrt ordiuaiiement pour prendre ( 61 ) Ics oiscaux, est nne matitre vegetale ; mais M. Bairera, luedccin a Pcrpignan , a fait connaitre a M. de Jussieu, el par lui a rAcadcmie , une glu qui vient d'un animal, et qui est prcferaJile a toute autre. » « On trouve aux environs de Pcrpignan une petite clienille, lonfjuc d'un pouce ou d'un pouce et denii , dont les anneaux , a pcu pres egaux dans toule la lon- gueur du corps , out un peu plus de 4 lignes de circon- fcrence , et sont d'un rouge ou d'un pourpre agreable , excepte sous le ventre qui est d'un jaune pale. Elle a toute la peau lisse et sans poils, et 14 pieds presque impcrcepliblcs. Elle s'attache aux I'acines d'une espece de Lailron , et ne Ics abandonne jamais ; c'est la qu'elle suspend une coque de sole qu'elle file des qu'elle a pris son plus grand accroissement , ce qui arrive indifFe- remment en toute saison de I'annce. Cette coque se pourrit dans la terre en un mois et demi , et alors on la detache de la racine ou elle tient ; on la laisse macerer liuit jours dans de I'eau , on la pile avec un peu d'huilc d'olive ou d'amande, et on a une cxccllente glu dont les jeunes gens de Perpignan savent bien faire usage. On en fait bien aussi de la chenille merae , mais qui n'est pas si bonne. » <( II est a rcmarquer que cetle clienille, quand elle s'est enfermee dans sa coque , s'y change bien en Nymphe ou en Aurelia ; mais ensuite elle ne se metamorphose point en pnpillon , ce qui lui est particulier parmi les insectes de cette espece. » ylct. Paris. , 1720 , Hist., p. Cette curieuse observation , inexacte sur plusieurs points, n'a attire I'attention d'aucun naluraliste : I'oubli oil elle est restce a fixe mon attention. J'ai exlrait des Memoires de I'Academic des Sciences C 62 j de Peiersl)Our{j I'arllcle suivanl , qui a servl a deter- niinei- la plantc sur laquelle on ic-colte la glu des envi- rons de Perpignan. De la plante appelee Prenanthes cJiojidrilloides , Lin. ; Chondrilla paniculata, LRmk.,Ency.z, p-yS, sp. lo; Chondrilla Prenarithoides , D. Sc. nat., t. 48, p. 4^7. (( Cette plante vient communement dans les sables , le long du Volga : elle produit autour de sa racine une espece de gomrae resine fort tenace , qui n'est que le sue lalteux de cette plante inspisse dans les sables. Les Calmoucs le recueillent et aiment a le macher, ce qui le change en coUe extremement tenace et elastique , seniblable en quelque facon a la resine elastique du Bresil. 1) Act. pelropoUt., '^']']^\ pars prior., Hist., p, 68, §6. En rapprocliant deces deux notices, des observations, publiees par Belon depuis bien long-temps, etdecelles de M. Macaire sur la Viscine, on parvient a eclaircir I'observation du medecin Barrera. Voici les passages extraits de I'ouvrage de Belon : Observ. de plus, sin- gular., p. 71, Z/V. I , chap. 3i. « Les nienuisiers , dit-il , s'en servent a coller Ics Kits « et autres ouvrages de marqueterie ; laquelle colic « s'engendre a la racine de ladicte herbe de Chondrilla, « par le benefice et vertu d'un ver , lequel se nourris- « sant de la racine de I'herbe , s'enferme dedans une « petite bossette de la grosseur d'une febve , faite de « la liqueur lacticineuse qui sort de ladite racine. « Ceux de Lemnos la cognoisscnt , et scavent appcUer <( par un vulgaire nom propre Colla. » 11 en parle encore, 0«^^. cit., p. 335, /jV. a, chap. (63 ) 91 : « En Syrle, dit-il , I'usage de la gumnie de Con- (( drille est grand : car les femmes s'en servent pour « macher au lieu de mastic. Cette gumme est faicte par « I'artifice d'un petit verm , qui s'enferme avec la « gumme de ladicte racine , laquelle il ronge et perce^ « dont il sort du laict qui s'endurcit en maniere d'une e des plantes ^ je me suis occupe du meme objet, et j'ai re- dige (8 mai i833) une dissertation, dans laquelle je donnedcs cclaircissemens, sur les insectes ct les plantes dont a parle I'academicien de Paris. Les rapports d'organisation generale , existant entre les vegetaux et les animaux , ont sans doute determine beaucoup d'obscrvatcurs a faire des rapprocheraens sin- guliers, raais peu justes entre ces deux sortes d'etres j plusieurs meme ont suppose que ces etres pouvaient se transformer les uns dans les autres , temoins la mouche ( 68 ) vegctante de Cayenne; la corne vegelante dont nous avonsparle, ^ct. Divlon. , 1818, et Ics opinions mo- dernes des Allemands sur les conferves , dont I'ani- nialile a ele, dit-on, reconnue par quclqucs-uns d'entre eux. Fougeroux de Bondaroy , un des niembres de I'Aca- demie des sciences de Paris, les plus aclifs du siccle dernier, s'etant assure que des vegetaux pouvaicnt croitre sur des insectes , a public a ce sujet un Me- moire interessant , insere parmi ceux de celte eom- pagnie, 1769, p. ^dj , pi- 4 ^' 5. Voy. Act. Divlon. , 1819, p. 54. 11 commence par donner de longs details sur la niou- che vegetante de Cayenne , et il rapporte des exemples nombreux en faveur de rexistence des elavaircs,sur les larves et sur les chrysalides de plusieurs insectes. II n'est pas necessaire da Her jnsqu'a Cayenne pour trouver de ces sortes de productions : noire pays les ofTre quelquefois, et les botanistes nous ont fait con- naitre la Sphceria entomorJiiza, Dick., et la Clcu'aria tnililari s , h\ni\. , Spheric militaire, Pers. , comme se trouvant sur les eadavres des insectes. La premiere croit sur leurs larves niortes , et la seconde sur leurs chrysalides, qui otfrent aussi quelquefois la Spherie souple, Sphceria alutacea, Pers. Pour appuyer son systeme , Fougeroux rappelle les observations de divers auteurs sur les Spherics , qui croissent sur les insectes morls ; il y joint les siennes propres, et les confirme par de superbes gravures dans lesquelles sont representees : PI. IV, f. 1. line nymphe de cigale des Cara'ibes. f. 2. Une autre de la Martinique, f. 4~io« Une ClavairCj Clavaria sobollfera, ( 69) Hill. , sur des nymphes de cigales. Clavaria niililans , Linn. ; Sphcei'ia miUlajis , Pers, PI. V, f. 1-9. line Clavaire sur dcs laivcs de scara- Lces. Spheric a pedicule grele , Spliceria enlomorhiza, Dick. Je suis surpris qu'avec des recherchcs aussi ctendues, Fougeroux n'ait pas sij>nale VI sarin (i) speculatorum , BOB. , phenomene indi(jae par quelques naluralistcs , et entre autrcs par Linne, De Latourettc Ta fait con- nailre dans le Journal de physique , 1773, mars, p. 223, pi. 11 ,fig. 1 , oil il dit , p. 325, n'avoir trouve au- eun indice de cetle petite observation dans Linne. Cc- pendant le savant suedois I'indique positivement par les mots : Speculatojibus fronte iiotatis palpis duobus luteis. II regardait ces individus comnic Ics commissaircs cliar- gcs de choisir le local oil dcvait s'clablir I'essaini , c'est- a-dire la nouvelle colonic. Sigaud de la Fond , Did. des nierveilles de la nature, 1802, torn. 2, p. 53y , rapporte I'obscrvation de La TouiTCtte et Fattribue a tort a Lecat. Cette production se manifeste aux antennes des Abcil- les, dont rextrcmite devient trcs-jaune, enflce, et res- semblea un bouton de fleurpretasVpanouir. N. D. sc. n. ed. 2, i. 1 , p. 42. Ce sont deux corps jaunatx'es , pulve- rulens et antenniformes , accidentels , et produils , a ce qu'il parait, par I'aggregation successive et continuee dans le meme sens de la poussiere des etamines des fleurs. II faut y joindre quelque autre cause , car cette (1) IsARiA. Receptacle alonge, simple ou ramoux, ren- fle , fibreux a I'exterieur, ou cliarnu et couvert de filauiens saupoudres de sporidies tres-petites. (70) disposition assez re.^ulit're se fait rcmarquer sur plu- sieurs Apiaires , Om^. cit. , torn. 2., j?. i39,audevant de la tete desquellcs on trouve quelquefois deux ou trois pedicules mous, jaunalres, d'une ligne de lonfj, et terniines par un bouton. Oiii^. cit. , torn. 31 , p. 445. Pierre Borel , medecin duRoi, k Castrcs, a decrit depuis lonjjtcmps ce phcnomene dans les lernies sui- Tans : « Apem vidi quasi scrto Flosculoruni coronafam, « adeo ut ejus oculi et os sorto illo flavo legerentur, 3 J des observations sur les genres d'algues et de (74) ftioisissures qui croissent sur les animaux morts et submerges. Defay , la Nature comideree dans plusieiirs de ses operations , ;?. 81 , a publie un Meraoire sur des Mou- ches vegetantes trouvees , aux environs d'Orleans , au mois d'octobre 1780. Ces Fungus etaient Tun, sur une Phalene recouverte de terre 5 I'autre , sur une chrysa- lidc de Phalene. II a trouve chez un insecte a ailes nues , de Tespece des grosses Mouches communes ( indication irop vague pour araener une determination j) , le corps convert d'une sorle de Bissus blanc , a I'exception des ailes. II a vu aussi, dans la mousse, au pied de quelques chenes , un bouclier jaune a taclies noires ( Sdpha ^-pujictata, Linn. ), ct quelques Tenebrlons a stries lisses ( Tenebrio molltor, Linn. ) , couverls en plusieurs endroits du meme bissus blanc. Pollini , Fiaggio al lago di Garda et al monte Baldo, a decrit une espece de Bisse qui parait sur les arti- culations des insectes coleopteres, et que Tauteur a nommec , a cause de cclte particularite , DemaUum coleopterorum . D'apres le rapprochement de ces observations , il me parait que Defay et Pollini out parle de la meme substance. Persoon , sous le nom de Racodium entomogena , parlc du Sporotrichum dense, Sporolrichum densuin. Link, , qui forme sur les insectes morts de petits ga- zons ou coussinets de deux a trois lignes de diamctre, epais, limites, assez fennes, quoique un peu elasti- ques, d'un blanc qui se change en jaunatre. C'est a notrc savant confrere, M. Persoon, a deter- (75) miner si son Racodium entomogena est le meme ve- getal que le Demalium colcopterorum de Pollini. La pelitesse de ces plantes , Icur aspect different siiivant lenr ag^e, rendent tres-dilliciles les determi- nations par d'autres personnes que par les auteurs meme des descriptions. Aussi ne serai-jc point surpris de voir plusieurs de ces vegetaux ramencs dans le genre isaire. Au surplus , le but de la presente dissertation etait de relever Terreur avancee par Fougeroux de Bonda- roy , dans les Memoires de TAcadcmie des sciences de Paris , et de demonlrer que la matiere laineuse d'un blanc de lait , situee a I'extrcmite de I'abdomen de la Lystre geante , Lystra gigas , Nob. , grande Cigale higarree, Stoll. , n'etait point une production vegetale , niais bien une production animale , rcsultat de I'orga- nisation de I'insecte. Quant aux autres plantes cryptogames citees dans cette Dissertation , je les ai designees par les noms scienlifiques, au moyen desquels les naturalistes pourront e'entendre et eviter les equi^^oques inevitables, suite des indications vagues et de la negligence a signaler les differences caracteristiques. Surle Papillon a tele de chenille, dccritpar Midler. Avant que la theorie des monstruosilcs eut ete eclair- cie paries naturalistes modernes , et reduite en corps de science par M. GeoffroiSt.-IIilaire, cbaque pbenomene, qui s'ecartait de Telat ordinaire , etait regarde comme une deviation aux lois de la nature , et comme un ecart dont on nc se rendait aucune ralson. On se conlentait d'enregislrer le fait , de le regardcr comme I'annonce (76) 3es plus fjrands malheurs , et souvcnt de vouer a I'cxe- cralion les productions anormales dont on elait te- nioin. Depuis qu'une attention plus soigneuse a ete donnee a I'observation des lois de Torganisation , tons les foils de monstruosite ont ete classes et consideres , a juste titre , comme des confirmations de la Constance et de Tiuva- riabilite des lois organiques. Une des observations les plus singulicres est celie donnee par Muller, et inseree dans le recueil des Me- moires des Savans etrangers , sous le titre de Papillon a tete de chenille. Act. Paris., extran., torn. 6, j>. 5o8. MuIlcr Ta appcle Plialwna noclua hcteroclita. J'ai deja parle de cctle singuliere Pbalene, Act. Di^ vio7i., 1820, p. 3<)i, dont rbistoire se irouve encore dans le Naturforscher^ elle est rcpetce par Bonnet , Con~ tejiiplation de la nature , ix' part., chap, v, ed. 4, torn. 2 , part, u , p. 29, a la note. Villers (Entom., torn. 2, /), 269, p. 33 1) doute , mais a tort , de I'observalion de Muller : le lemoignage en bistoire naturelle de ce dernier savant ne peut pas etre suspect. Yillers attache, il est vrai, a la presence des antennes cliez les It'pidopteres , inie grande importance 5 aussi dil-il : Phaloena, sine antennis, esset naturae incredibilis aherratio : duhium igitnr legitimum. Mais Villers aurait du se rappclcr qu il n'cst pas plus surprenant dc rencontrer un insccle sans antennes, que de rencontrer par mi les animaux vertebres, des in- dividus anenccphales et meme acephalcs. La Pbalene Icmellc , decrite par Muller, est une monstruosite peut- hvt plus frcquente qu'on nc le pense 5 et la dilliculle ( 77; de la rencontrer ne doit pas la faire rejetcr (i). S'il elait possible de voir tous les individus de Bomhjx F'i'- nula ( car e'est a cette espcce qu'appartient la mons^ truosite observee par Muller), peut-etre en rencontre- rait-on de pareiiles. Ainsi on doit admettre I'observatiou de Muller ; elle est un jalon pour dcs obscrvateurs sub- sequens. Cette Phalene a tele de cbenille rappelle une autre monstruosite signalce par Reaumur, Act, Paris., 'i-j^'j, Hist., p. 5i , sous le titre : Carpe dont la tete est pro- Ion gee en hec d'oiseau. En lisant la courle description donnce par le secre- taire de I'Academie des sciences de Paris, en la com- parant a la description et a la figure donnee par Ron- delet, de Piscibus lacustrib. lib. , cap. vn, p. i54, sous le litre de Cjprini mira specie, ou on lit : Rostrum satis (i) Cette note etait redigee depuis longteiups , lorsque j'ai Irouve dans le toine 3 des Annales de la Societa ento- mologique de France, une Notice , sur qnelques monstruosi- tes entomolagiqiies , par Al. Doumerc. Je signalerai seule- nient celle relative a la monslruosile des deux anlennes d'une espece de Bourdon ( Bombus agrorum ). Le 3<^ article etait plus long, et les autres ne sont qu'au nombre de sept. Yoy. VJnstitut , i834»/'. 2o3 , p. 80. M. Audouin met sous les yeux de la Sociele entomo- logique de France, un Cebrio gigas qui presente une atro- phic i\ I'antenne gauclie. U'Inst. , 1834, P' 121. M. Dou- merc parle d'un Carabus auratus qui porte une antenne bi- furquee. L' Ins tit. , 1834? /'• 80. Si le Cebrio gigas a presente a M. Andouin une antenne atrophiee, la Bombyx vinula a bien pu en presenter deux a Muller. (78 ) longiim scd ohiitsum, on reconnait que Rcuumur et Rontlelet parlent tie la merae monstruosite , a front tres* boiiibe et a niuseau tres-court , representee grossiere- ment par Aklrovande, 3Ionslro. historia, p. 352, sous le litre Monstrosus Cyprinus , qui I'a decrite p. 35 1 , et qui en avail d'abord parlc p. i^o. , sous le litre : Piscis humano capite insignilus. Cetle varielc de carpe a tele inonslrueuse el museau diCforme , est mentionnee dans le Journal des Savans , 1697, p. 306 : elle a occupe d'une maniere speciale Hamberger, donl Haller, Bihl. anatoni., torn. 2, p. 62, et p. 191, a dil : de Cjprino monstroso numerosa programT?iata , 174^, 4°- Cetle monslruosile parait ne pas elre rare dans cer- tains pays. On lit en effet dans les Obseivation. zoolo' gicce de Jean Hermann , p. oij : Cyprinus carpio, naso reiuso , f route gibba, hand rams, quotannis reperitur. Habeo in Cjprino i'ulgari et in viacrolepidoto. Ple~ runique est fronte i'alde coiu>exn, sulco inter frontein et nasiun. Sed reperi quoque fronte tantiun decUvi. Tons les ichlhyologisles modernes ont parle de celle monslruosile, Act. Dii>., 1820, p. 390, rangee sous Irois chefs : 1° ore elongato ; 2° sincipite retuso ; 3" fronte relusa. Cuvier la designe sous le nom de : Mons- truosite a front tres-bonihe el a niuseau tres-court. Voy. son liegne animal, 2" edit. Quoique cetle monstruosite soil moins anormale que celle de la Phalene sans antennes , j'ai cru devoir Ten rapprocher, sauf a en lirer les consequences conve- nables 5 aussi a une epoque 011 Ton a , sur les monstruo- sites , des idees plus completes , plus appropriees a I'etat de la science , il est important de comparer les faits pour en reconnaitre les causes. Ainsi , dans le premier on voit une letc de Icpidoji- ( '9 ) tere (i), dont les antennes ne se sont point cleveloppees par suite de leur atrophic dans le corps de la chenille; et dans le second , une difformite dans la tete d'une carpe, par suite d'une aberration dans le sysfeme ner- veux et dans le sysleme sanguin diriges sur la face du poisson. On a range parmi les monstruosites, des etres fort re- guliers , ou d'autres etres reels mal examines , 3 juillet i833. Ainsi le pretendu veau ecaille de Frezier, Act. Paris., 11722 , Hist., p. 21 , § iv, est simplement le Ta- tou Peba , Dasjpus Peba du Diet, des Sc. not.., torn. 62 , p. 317. Les Lievres cornus sont uniquement fondes (1) II f;iut Lien dlsfinguer cette IMvalene a tete de che- nille, des monstruosites faclices dont on leurre qnelque- fois les amateurs. Cast ainsi que M. Poey, membre de la Societe entomologique de Paris, dit avoir vu, dans une col- lection , le Papillon Ulysse hermaphrodite (*). Ce prdtendu liermaphrodisme consistait en ce que Tindividu avail d'un c6te les ailes du male , et de I'autre celles de la femelle. Celui qui I'avait fabrique avail eu la ruse d'enlever I'abdo- nien d'une femelle, pour le remplacer par celui du male. Annal. de la Society entomologique de France , torn, 1 ^ p. 94, (1). Cette fraude rappelle celle du Reuard arme. Act. Div.g 1829 , p. j58. La Lithosie hermaphrodite, Aiirita c? d'un cote, et B.a' mosa ^ de I'autre , communiquee a M. Boisduval , par M. Anderegg, chasseur de Bri^g, en Valais , et mention- nee Aiiw& VJnstitut, 1834, />. 121, ne serail-elle pas dans le cas du Papillon Ulysse hermaphrodite , cite plus haul? (*) C'est sans doute a raison de cette espece qu'on dit : Bullet, Feruss. , 18:11; Sc. mid., t. xxiv, p. 231 : Beaucoup dc Itpidoji- teres out offcrt des hcraiaplirodites. (80 ) sur des portions dc crane de chevreuil ; le Renard arrae est une mystification faite au bon Duhamel avec tin crane de chien deforme. ylct. Dwion., 1829 , p. i58, etc., etc. Cri ou Stridulalion du Papillon tete de morl (1). (28Aouti833.) Cet insecte est encore un de ceux dont se sert la su- perstition pour alarraer les pauvres d'esprit : le cri qu'il feit entendre , le dessin funebre place sur son corcelet , ont contribue a faire re.",arder cet insecte comme ua messager de tristesse. Reaumur, Mem., Ins., torn. 3, ]j. 289-296, en a donne une bistoire, accompagnee de Texplication de la cause du bruit manif'este par cet in- secte 5 il I'attribuait a tort au frottement de la tronipe contre les deux lames mobiles et dures entre Icsquelles elle est logee , c'est-a-dire contre les palpes. M. Lorey, notre conlrere , en a donne une autre explication rap- portee par Latreille : II altribuait ce pbenomene a « I'air qui s'ecbappe par une trachee qui existe aux « deux cotes de la base de I'abdomen , et qui, dans I'e- « tat de repos, se trouve fermee par un faisceau de « polls tres-fins , reunis par un ligament qui prend « naissance sur les parois laterales et internes de la « partie superieure de Tabdomcn , lequel faisceau se « dilate par la divergence des rayons qui le composent, « en formant un petit soleil ou asterique fort joli. » Noiw. Did. hist, nat,, edit. 2, torn. 02, p. 23-24. (i) BernarJin deSuint-Pierre , Harmonies de la nature , torn. 9. , p. 26, appelle Hale , k cause de son cri, le Sphinx t^te de niort. (81 ) Passcrlni dit que I'appareil signalc par M. Lorcy n'existe que chez les males ; cependant les deux sexes manifestent la stridulation. Ann. Sc. nal., i8a8,tom. XIII, p, 332. Latrcille, dans le Regn. anitn. par Cm'ier, torn, v, 1829, p. 390, dit : <( Scion M. Passerini {Ann. Sc. « nat., XIII, 332) , le siege de I'organe produisant ce « cri est dans I'interieur de la tete. » 11 ne parle aucuneinent de I'opinion trcs-probable de Chabrier, inseree dans les Metnoires du Mus. cl'hisl. nat., torn. 8 , 1822, p. oj/^., pi. iii,Jig. 9-10. Uu naluraliste de Bordeaux attiibue le cri du Sphinx Alropos a Taction des muscles sur deux corps cornes, dans I'interieur et aux deux cotes de la tete. Act. Linn. Burdig., torn, 5, p. 120. M. Chabrier, dans un savant Essai sur le vol des in- sectes , dit, p. 072 : « Les Lepidopteres sont les seuls « oil la base des ailes superieures et la partie scapu- « laire du tronc alifere , soient protegees par deux « ecailles considerables en forme d'cpaulettes. » Dans la fig. 9 , oil est represente le Sphinx epervier , les lettres e e indiquent les ecailles en forme d'epaulettes qui couvrent la partie scapulaire du tronc et la base des ailcs. Dans la fig. 10, il a represente rinlerieur de la moitie laterale du tronc alifere du Sphinx Alropos , sans en donner une explication detaillee et satisfaisante. II dit dans le texte : « La cause du cri est dans deux « ouvertures rondes et nues, situees une de chaque « cote du tronc , au devant des bases des ailes poste- « rieures et dans le haut des membranes qui unissent « les deux segmens alaires. » « M. Chabrier a vu une !.( membrane , serablable a unepaupiere , ouvrir et fer- « mer ces ouvertures pendant que i'insecte faisait en- 6 r 82) « tentlre son cri. Ces onvcrtures ne se relrouvent point « chez les autres especes du mcme ordre. » Mem. Mas. cil., p. 374. Des 1783, M. de Jobet avail fait connaitre la veri- table cause de la slridnlation du Sphinx tete de niort. « L'air, renferme sous les ecailles (1) concaves, /)/. cvi, « n" 154, /. ni., formant epauleltes , chasse avcc force « par le mouvement des ailes du Sphinx, cause scul le « bruit c[ui fait Tobjet des recherches. » Ernsl, Papil- lons d' Europe , lorn, iii, p. 84-85 , pi. cvi. II est bien surprenant que Latreille , et I'auteur de (i) 'Le Sphinx atropos n'est pas le seul lepidoptere doue de la siridulalion. On Tobserve aussi dans VEcaille piidique de Godart. M. de Villiers ( deChartres ) I'a remarquee dans ce dernier insecte, Chelonia pudica, Phalcena Bombyx pu~ dica. Fab., Gniel., p. 2419, s[>. 5i6, aux environs de Montpellier J il I'attribue avec juste raison a deux especes de timbales, situees de cliaque c6te de la poitrine, a la naissance des ailes iuferieures. Voyez la ISotlce curieuse, in- seree par ce savant, dans les y5?««a/e5 de la Societe entorno- logique de France, i832, torn. 1 , p. 2o3 , p/. 6, Jig. 9, a. b. L'observalion de M. de Villiers confirme I'explicalioQ donnee par M. de Joliet. M. de Villiers a trouve , sur le Chelonia pudica , un or- gane de stridulation propre aux deux sexes, uiais plus de- Teloppe dans les males, qui, coninie on le sait, Tolent plus que les femelles. Get organe est analogue a celui des Cigales , et se compose d'une peau fort mince, laquelle, par Ics niouvemens des muscles de I'aile, refoule l'air contenu dans le corselet et produit des vibrations qui se font en- tendre d'assea loin, iioclete euloui.^ Kesunie iSjo, p. \\. i (83) Tarticle Spliinx , Diet. Sc. nat., torn. 5o , n'alent men- tionne ni I'opinlon de De Johet , ni celle de Chabricr, et qu'ils n'aient point parle des singulieresecailles, for- mant epaulettes, sur le Sphinx yJtropos. II sullit en ef- fet d'jusinuer une epingle pres de la base des ailes su- perieure.s, pour rencontrer et soulever, au-dessus du point d'insertion de chacune d'elles, une ccaille co- riace , bordee de poils , et recouvi'ant la partie scapu- laire du tborax. Cette ecaille est tellement recouverte de poils qu'on n'en soupconnerait pas I'existence , si on n'etait pas prevenu : aussi Reaumur, loujours si exact et si minulieux dans ses descriptions, n'en a-t-il pas parle. Monfils,etudiantenmedecine,qui mel'afaitco/i- naitre , et M. Bonier, notre correspondant , qui depiiis long-temps la connaissait , ne I'ont decouverte que par hasard. En soulevant cette ecaille , formee par une membrane lisse en dedans , on voit qu'elle recouvre une cavite assez profonde , dans laquelle se trouve un or- gane analogue a celui des cigales , ou plutot a celui de la Sauterelle porte-selle, Locusta ephippiger , Gmel., p. 3069, sp, lis; Gron. Zooph., p. 177, sp. 655, et dont le jcu est sans doute le meme. Le Spliinx Atropos est connu depuis long- temps. Aldrovandi, Ins., p. 2.66., tab. i,J?^. 1-2, parle de sa larve ; et p. 2.3^, Jig. 3, il donne de I'insecte parfait une figure meconnaissable , mais dont on ne pent dou- ter ; car dans le texte , 11 dit : Intergore, macula, hiana- num quodam moclo cranium, anterius exprimens . P. 76 1 , il donne une autre figure grossiere du meme insecte , sous le nom de Papilio ventricosus , dont il dit: Cum volat, vehementer obstrepit. On ne peut caracteriser d'une raaniere plus expressive la stridulatioii du Pa- pillon tete de mort. (84) Kircher, Miind. suhter., p. 36o , sous le litre : In papilioJie imaghiem Salvatoris noslri, ila affahre depic- tam reperi, ui pictoris manu dclineata viderelur, a donne unc figure detestable du Sphinx tete de niort , dont la larve est indiquee par Jouslon , Thaumalurg. yidniii-. exsang., cap. i , p. 396, dans la phrase suivante : In solani foliis, vermis viridi et. croceo colore distbiclus , cor- nu in fronle gerens , digiti longitudine , provenire cerni- tur. Dans ce passage , Jonston a pris I'anus de la larve pour la lete , parce qu'il supposait qu'une corne ne doit jamais orner que le front. Cardan, Mouffet , entraincs par I'analogie de la situation des comes chez les ani- niaux ruminans , ont commis la meme faute. Quelques entomologistes seront peut-etre portcs a regarder les plaques ecailleuses conime des rudimens d'ailcs : alors le Sphinx Atropos en aurait six, et sous ce rapport, il aurait une sorte de resseniblance avec la Phalcenahexapterata , Yah. Gniel., S. IV., edit, xui, torn. I , p. 247^ 1 ^P- 7^^ ' representee par Kleemann , apiid licesel , addit. tab. xix .,Jig. a. b.j deerite par De- geer, etc. ; mais dans cette derniere , ce sont les ailes inf^'rieures qui sont doubles a leur base. Ce rapproche- nient prouve la necessite de poursuivre des recherches sur les deux lepidopteres dont nous venons de parler. Te, enene. Le travail auquel je me suis livre sur plusieurs mdlusques ( V. ci-dessus, p. 48 et suiv. ) , m'a conduit a retgouverfobjet designe par Pline sous le nomde Yenerie (24 rttr// i833) , dans les termes suivans : Naviganl ex hisf^enerice, proebentesque concavani sui partem et aurce apponentes, per summa cequorum velificant. Plin., Hist. nat, , lib. IX, cap. xxxin. Ce lexte est cite par Aldro- C S3 ) vandi , Testae, p. 365 , c. , en parlant de la navigation des Nerites. « Les coquillcs appelees Vcneries , voguent sur la « surface de la mer, en tournant du cote du vent leur « partie concave. » Pline , Hist, natur., trad, de Poin- sinet, loin. 3,/^. 665. Ce passage ne pent point etre rapporle a TArgonaute, \^rgonauta argo, Lin., parce que Pline venait de par- ler de ce singulier coquillage dans le xxix* chapitve du livre IX. Ce n'est pas Tlanlhine dont la couleur aurait cte signalee. On pent encore moins I'attribuer aux Ve- lelles et aux Galeres , Medusaires depourvues de test ; et certainenient Pline voulait parler d'une coquille. Je suis parvenu a la reconnaiire dans le zoophyte designe , pour la premiere fois par Bohadscli , sous le nom de Meduse mantelee , Medusa palliata, Bohadscli, de quibiisd. animal, majiri. , p. i35, pi. xi,Jig. i •, et menlionnee en note, par Gniel., S.JV., ed. xni , torn, i, /j>. 3i56, qui demande a quel genre elle apparlient. II existe dans la Mediterranee une coquille , designee sous le nom de Nerita slercus-muscarum , recueillie par M. Bertrand Geslin , dans la mer Adrialique. Diet. Sc. nal., torn. 34, p- 2.5^. Cette coquille, ainsi que beaucoup d'autres , sert de logement a des Pagures (F'ulg. Bernard Thermite). Mais outre cet hote ctran- ger, elle recoit souvent un autre parasite , parfaitement decritet figure par Bohadscli. Ce zoophyte, orbiculaire, oflre de nombreux tcntacules, petitset cylindriques : il a une bouclie oblon.orue, entouree de loiifrs filamens trcs-blaiics , prcs de laquelle est un petit tuyau cylin- drique faisant les fonctions d'un anus. II est pourvu d'un manteau dont le bord adhere a la levre interne de la coquille ouibiiiquee, blanchutre, marquee de points (86) roufijes. Lorsque ce zoophyte est dans I'eau , le manteaa est developpe comme une voile ; mais il s'affaisse lors- que I'animal est hors de I'eau. Le developpement du manteau donne a ce zoophyte la faciilte de flotler dans la mer ; aussi au mois d'aout , est-il frequemment saisi par les filets des pecheurs. Bohadsch sifjnale la difierence qui existe entre sa Medusa palUata et la Velella decrite et representee avec soin par Fabius Columna , Aquat. el terrest. ob- seru., p. XX , cap. x, et designee sous le nom d'Arme- nistari par Marcus Carburi , et plus tai'd , sous celui d' A rmenistaire par Dana, Piemontais , Journ. Phys., 1771, aout, p. 102 ,/>/. 1 ,/. 1-2 , enfm appelee aujour- d'hui Velclle mutlque , VeleUe hleue. Si Ton veut avoir la signification A' Annenislari, em- ploye par les Grecs modcrnes pour designer les animaux qui nagent sur la mer en deployant une membrane com- parce a une voile, il suflitde recourir a Aldrovandi; on y lit : Nauplii slue Nautili secunda species a Greeds , nunc (si Constantino credimus) ap/^«"<,«p; (voilier) nomi- nari a velo , ut ait, quod navigando erigH. V^elif.calur enim (inquit ) more nauiuni, protensa ac suhlala meui' branula si\'e tunica. Aldrov. , de Testae., p. 263, D. Arnienislari a i^elo quod navigando en'git concha. Op. cit., p. 265, D. Des 1782 , La Condamine a decrit et figure la Vclctte, dont le nom vient du provencal x^ele pour voile. Act. Paris., 1732, p. 320 , p/. iB ,fig. 3-5. II croyait, mais a tort , en avoir parle le premier. Dejaucourt dit de meme, sans fondement : « Je ne sache que M. de La «x Condamine qui ait decrit la Yelettc. » EncycL, in- foL, torn. XVI , /;. 877, b. Ces deux auteurs ne connais- eaient point le travail dc Fabius Columna. ( 8"/ ) En resumant tout ce qui precede , je fais connaitre que la Medusa palUata de Bohadsch , Velelle tentacu- lee , Bosc. Nouv. Diet. Hist, nat., ed. 2, lorn. 35, p. 3365 appelee Actinia Carciniopodos par Otto, dans les ^ct. Leopold, nat. cur., toni. xi , p. 3, tab. 40; indi- quee sous le nom A' Actinic Carciniopode , dans le Diet, dcs Sc, nat., torn. 60 , p. 293, sans aucune description , est la V^eneiie de Pline , c'est-a-dire la Natice chiure de mouche, occupee par le zoophyte decrit, pour la pre- miere fois, par Bohadsch. En effet la Velelle, Urtica marina solula rarior , Velella dicta de Fabius Columna, et la Galere ouFregatc, urtica marina solata purpurea , ohlonga , Cirris longissimis de Sloane , Jamac. , \>oI. 1, p. 7, tab. ^■tf- 5; Adanson , Vojage an Senegal, p. 129-, 3Iedusa caravella , Gmel., p. 3i56, sp. 21 •, 71/e- ilusa utriculus , Gmel., p. 3i55, sp. 20; Jlolodniria Pliysalis , Gmc!., p. 3i39 , sp. 4; Holuthuria Thalia, Gmel., p. 3i3i;, sp. 5; PJiyscdide pelagique , Lamk. ; Plijsalide Lamartiniere , Diet. Sc. nat., toni. 4^1 p- i33, (Tous ces noms appartiennent au merae animal observe a divers ages, Ency., Vers, t. 2, /;. 619, sp. 1 .) n'offrent point les caracteres attribues par Pline a ses Vencries, et jouisscnt d'aillcurs de la propricle urticante , dont on ne parle pas a I'occasion de la Vene- rie 5 Medusa palliata, Bohadsch (1). (1) Get auteur si exact a decrit a fort comma Hydatides , Anim. marin. , p. i43 , la grappe d'oeufs de Rale represen- tee par Rondelet, Piscib. , lib. -Kii, cap. iv , /?. 343 , et liien caracteris^e par ce naturaliste. Voici le passage de Boliadscli : Hydatides ilaque potins vesiculas a CI. Riiycliio obser- vatas dicerem, atque etiaiu nihil aliiid. fuisse censerem ( 88 ) OrbicuUtes. Ces formes refi;ulieres et concenfriques dc la Silice, observees par plusieurs naturalistcs , figurees par Mac- quart, Essais de inincralogie , p. 3-4o , p. 667, pi. i. Jig. 1 , 3-6, qui les appclle Calccdoine en couches ou stries concenlriqucs , out etc examinees dc nouveau par Tobservateur , 13 jui/i 1 802, dont le travail est insere dans les ^ct. Diw , i833 , p. 5. A la suite de cette note, je suis entraine a en placer d'aulres, pour indl- quer deiijc couches virgidaires que j'ai remarquecs, Tune au commencement de la Vau de Gevrey. ^cl. Dii'ioii. , i833,/7. 24' P- ^9 (2)5 et Tautrc dans le vallon de Messif^ny. Cette derniere est trcs-apparente a la termi- naison supcrieuredu premier sentier, adroite,quicoupe, pour abreger , le chemin de la fontaine de Jouvence. Cette couche s'ctend sur un espace assez vaste •, elle se trouve a mi-cole , tandis que la couclie virgul.iire de la Vau est au pied de la monta.'jne. J'ai pensc devoir si- gnaler ces diirerenees aux geologues. On designe sous le nom de virgulaire vuie couche composeepresqu'uniquementde G lyphoeavirgida. D. F. ovula ilia, qua; Jonstonus ( de Plscib. , tab. xii , fig. 4) super ovo Rajae depicta exliibet. 5o//aa?5c/i, de Anini. ma- rin. , p. 142 5 i43- Si I'auteur eut consulte V His to ire des Poissons de Ron- delct, il aurait reconnu que la figure donnee par Jonston n'etaitquelacopiede lafigure origiualedonnee par I'lchtliyo- logiste fran^ais ; et il si^ serait assure par le texte que celt© masse de globules de diverses dimensions etait I'ovaire de la Rale, extrait du corps de ce polsioiij comiiie le dit ex- pressement Roiidclet. C 89 ) Dans Tune cles deux que j'ai signalees , celle de la Vau , on trouve plusicurs petrifications, dont des ecliantlllons, envoyes a M. De France , ont etc determines par ce savant, de la maniere la plus obligeante 5 les valves de petite huitre apparticnnent a la Gryphcea virgula D. F. (1). L'Asterie colomnaire est une portion de tige de Penlacrinite ; Tauncau du mamelon d'un Ecliinite est , suivant M. De France, un petit Oursin , auquel il manque la bouche et Tanus. « On en trouve, ecrit-l-il, (I beaucoup, a-peu-pres semblabJcs, a Doue en Anjou. « On en fait des colliers pour les enfans. » Lettre du 16 novemhie i833. La Tercbratule est celle appelee par Sowerby, 7e- rehvatula media. Schisle ai>ec empreinte de Papillon noctwne. Ramener a leur veritable determination les objets ,' deerits par les savans qui nous ont precedes, est un des buts de la science ; aussi Linne et Cuvier n'ont jamais manque de rapporter, auxconnaissances positives et a leurs travaux, une partie de ceux des naturalistcs qui les avaient precedes. Ayant frequemment trouve dans les Recueils des Societes savantes , depots oi.i Ton (i)a Le nom de Virgnla , que j'ai donne a cette Gry- cc pliee, dit M. De France, a fait fortune, et a ete si bien cc adopte paries concliyliologistes etles geolognes , que ces cc derniers ont donne le noni de Couche virgulaire a celle cf qui contient ces grypliees , et qui se retrouve dans beau- « coup d'endrolls, tant en France qu'ailleurs. 33 Lettre du 16 iiovembie i833. (90) n'enregistre que cles recits constates, plusienrsrecits en opposition aiix connaissances actuelles, j'ai cherche a les eclaircir. Je me suis attache, lajrw/ziSoj, a quelques travaux de Gueftard, qui, pour appuyer son opinion, Plin., Hist. nal. , trad, de Poinsinet , torn, v, p. 079 (18), sur I'exislence de la Licorne, (animal f'abuleux cree dans le moyen age , par suite des vcrlus mer- veilleuses attribuecs aux cornes, aux sabots, aux dents de plusieurs mammifcres ) , rappelait le Renard arme , decrit par Dubamel. Act. Paris. , 1743 5 /'• 191 ? pi- 6. Je me bornerai a faire observer que Guettard ignorait I'origine de ce pretendu Renard arme, c'est-a-dire d'une tete de chien,preparee artificiellementpour tromper les amateurs ct meme les naluralistes , Act. Divion. , 1839, p. i58, dont un assez grand nombre a ete dupe. II ne faut pas s'en etonner , puisque de nos jours meme , les niarchands d'histoire naturelle ne craignent pas de vouloir tromper les naturalistes les plus instruits , ainsi que le prouve I'anecdote suivante : « Un marchand, en qui j'avais eu jusqu'alors pleine « confiance, dit Cuvier , Recherches sur les ossemens ti fossiles , 3* edit., torn. p. , et qui est mort « maintenant , a cherche un jour a me tromper en <( me presentant une dent d'elephant d'Afriquc qu'il « avait encroutee de marne, et meme je sais qu'il a ete « plus heureux dans sa supercheiie aupres d'une au- « tre personne ; et que ce fossile arlificiel est depose « dans un certain cabinet, oil peut-etre dans quelques « annees on voudra le presenter comme une preuve « en faveur de cette scconde espcce d'elephant ; mais K il sera toujours aise de reconnaltre la verite au sim- ft pie aspect de sa cassure. )> Dargenville, Oryctologie , p. 073 , avait dejii dit : (91 ) « L'artlfice, en fait d'histoire naturelle, n'est que trop soiivent employe , et Ion no pent assez s'en defier. On a depuis pen profile de la eredulite de quelques cu- rieux , en leur faisant passer pour une coqulUe rare ,des parties de la bouche d'une Raie bien evidee, coloriee en bleu , et accomraodee avec de la fjomme. On vient encore de leur en imposer au sujet de quelques coquil- lages fossilesapportes d'Angleterre, que Ton avait joints a d'autres fossiles rares , tels que I'oreille de mer ; on en avait forme avec de la gomme un groupe tres-bien ar- range , convert d'une couleur blancbe ou d'un lait de cbaux — Les Hollandais peignent les coquilles, et y ajoutent des couleurs brillantes que la nature leur a re- fusees ; ils emploient a cet effct un noir passe a la lampe, qui ne s'efface point. On peut decouvrir cette ruse en nieltant ces coquilles dans I'eau cbaude. « Cette note de Dargenville , prouve que de tons les temps, on a ete expose a etretrompe par desraarcliands d'objets d'bistoire naturelle. Guettard lui-meme, par suite d'un prejuge fonde sur tin calenibourg , a ete la dupe des ouvriers qui lui out apporte un crapaud incrusle de pldtre , trouve , lui a-l-on dit, dans un mur. Voyez a ce sujet les ^ct. Di^., 102.5 , p. ^6. Uans beaucoup de circonstanccs il a avance des opinions fort extraordinaircs. Ainsi , par exemple , il donne la gravure de « I'erapreinte d'un « papillon nocturne qui s'est moule sur une mauvaise « ai'doise d'un brun rougcatre des environs du lac « Champlain. » ^ct. Paris., I'^Sz, p. 35o , pi. ii, fg. 2. D. Dargenville, Oryctologie , pi. 21 tfg. 2, represente une « ardoise de Mansfeld avec deux pupillons bien u formes, » ( 92 ) Un examen plus altenlif aurait apprls a Guettarcl et a Dargenvllle que I'einpreintc donl ilsparlent, n'etait pas cclle cFun papillon , mais bien celle d'une coquille bivalve , coniparee, par Tamour du merveilleux , aux alles d'une Phalcne. L'elude des petrifications, aujourd'hui plus avancee, nous pcrraet dc determiner rechanfillon sif^nale par Guettard; il apparlient a la Stroplioniene rufjeuse, Strophomenes rugosa, Rafin. , dont une figure se voit dans VAilas du Diet, des Sc. nal. , CoJichj ol. , pi. 75, f'g- 2. Plusieurs petrifications de bivalves ont cte mecon- nues par Ics premiers observaleurs ; quelques-unes ont etc prises pour des bees d'oiseaux. Cuvier, ossem.foss., 3" edit. , torn, in , p. 3o3 , fait remarquer que le bee d'oiseau de Revitlingen , Ornilholithns rostri, Gmel. , Syst. nat. , torn. 3, p. 388, sp. 1 , admis paries orycto- graphes , est une coquille bivalve qui se montre obli- quement a la surface de la pierre. « La forme des mandibules de I'animal du Nautile « presente une grande analogic avec celle des Rhyn- (( oolites qu'on avail consideres autrefois comme des « bees d'oiscaux fossiles, et que Blumenbach a re- « connus appartcnir plutot aux Cephalopodcs. M. d'Or- « bigny , ayant rencontre une grande espece de ces K Rhyncolites dans le meme terrain que les coquilles « fossiles du Nautilus g'gas, a soupconne qu'ils pou- « vaient etre les mandibules de cette espece. Les ex- <( Iremites calcaires des mandibules du Nautilus Pom- (( pilius , leiir forme, et principalement la surface ex- ec terieure aplalie de la mandibulc superieure confir- « meat p!einement cette conjecture Ingenicuse. » Ri- chard Owen , Ann. Sc. nat., i833, torn. 38, p. 110, 111. ( 93 ) II suffit de parcourlr les ouvrajjes des oryctologistes anciens j)our avoir la preuve de la confusion qui exis- tait dans Tetude des petrlficalions. Ainsi , Nicolas Lan- gius, Lapld. heh'edc, p. 5\ , pi. ii , n" i , sous le li- tre de Pes allcujus aniinalis aquatici lapideus , donne la figure du baltant dune espece de bivalve Ibssile , dont le genre se rapproclie de celui des Pectinites; Taniour du merveilleux portait , a cette epoque , les auteui's a adraettre les opinions les plus singulieres. Ainsi, Aldrovandi , 3Ius. melall. , lib. iv, p. 4^1; Rircher, Miuidus suhterran . , 11, p. 6^; Kundnian , Raiiora natur. el artis , pi. in, Jig. a, et bcaucoup d'autres apres eux , ont donne conime patte petrifiee , Chiriles , de quelque grand Babouin , une lame par- tielle de germe de molaire d'elephant , ainsi que I'a demontre I'Aristote francais. Jusqua ce moment (1) on ignorait la patrie du peu- plier d'ltalie, Populus fasti giata, apporle d'ltalie en France en 1749 5 et plante , pour la premiere fois , a Mo- ret, departement de Scine-et-Marne. M. Lorey (^Flor. Cute-d'Oi-j, p. 817), dit de cet ar- bre : « II est connu sous le nom impropre de peuplier « d'llalie ; ear il y est moins commun qu'ailleurs. « ( i) Cependant il est dit : « Ou trouve le peuplier d'ltalie «c en Crimee, dans la Mesopotaiuie , la Perse, etc., ou il cc existe vraisembJablement de toute anciennete. w Nouveau Diet, d'hist. nat. , edit. 3 , torn. 2.5 ^ 1 81 7 , /?. 4^3 ; et dans un ouvrage posterieur, il est dit : « On neconnait pas an juste la patrie du peuplier d'ltalie. >5 Diet. Sc. fiat., torn. 39, 1826, jc?. 354. Actuellemeut il n'y a plus de doute. (94) M. Decandolle (Flor. Franc., torn. 3, p. 3oo, n" 2io4) , dlt : (( La palrie de cet arbre n'est pas encore « bicn connue ; le nom dc pcuplier tare qu'on lui donue « en Hongrie , pourrait faire piesumer qu'il provieut « de rOrient. » Je viens de trouver la certitude de cette orlgine dans un passage du voyage inlercssant deM. Parrot au mont Ararat. Ce savant voyageur indique (Reizc zuni Ararat von D' Fricderick Parrot , prof, der phys. etc. zu Dorpat, etc. Berlin, 1834, vol. 1 , p. 1B4,) positivemcnt, parnii les arbres qu'il a observes au pied de cette montagne , le peuplier d Italic. II nous fait ainsi connaitre, sans I'indiquer, la veritable pa trie du peuplier d' Italie , et confirme les prcsomplious de M. Decandolle. Le peuplier dltalie nous vient done du mont Ararat , comme le cedre , cultive aujourd'hui dans beaucoup de jardinsd'Europe, nous vient du Liban. Sur la veritable Veronique male des Anciens. La determination exacte des plantes medicinales est de la plus haute importance en medecine , et il est sou- vent diflicile d'atteindre ce but , a raisou de la dcscri}>- tion incomplete donnce par les Anciens : ces reflexions ni'ont engage , 18 juillet 1802, a me livrer adesrecher- chessurune plante cclcbre, appelee p^eronica mas, par les auleurs du xvi' siccle. (( Le the d'Europe, f^cronica mas, des auteurs du « xvi" siecle, dit M. Chaubard, est la Veronica mon~ « tana, Linn., et non la Veronica officinalis du meme. « La Veronica montana sccliee a I'air librc , prend unc (95 ) (( forte odeur de the de la Chine , qu'elle n'avait pas « auparavant ; il en est de meme de son infusion. La « pareille dessiccation de la Veronica officinalis , Linn. , « ne developpe point cetle odeur ; son infusion n'offre « pas non plus ces proprieles. » Revue medic, i83i, torn. 2,, p. 67-69. Pour donner a I'assertion de M. Chaubard toute la certitude desirable , il etait necessaire de retrouver la plante mentionnee par les Botanistesdu xvi^ siecle , sous le nom de Veronica mas. Tons se sont copies, soit dans la description , soit dans les figures. Suivant eux , la veronique male est une plante trainant a terre , rou- geatre , velue , a feuilles noiratres , dentees sur les bords : les fleurs sont purpurines et les graines renfer- mees dans une capsule ayant forme de bourse. Voy. 3Ialhiole sur Dioscor. , liv. 111^ chap, xxvj Fusch, Hist, des planies , chap. 5^ , etc. , etc. Celte plante a joui pendant long-temps d'une grande reputation 5 aussi Jean Frank , Haller , Bibl. botan. , torn. 1 , p. 634, a-t-il public un traite intitule : Vero- nica theizans , seu collalio Veronicce europece , cum thea Chinensium. Audi'y en adonne la traduction sous le litre : Lethe de r Europe •; il ne faut pas confondre ce the d Europe ( Veronica niontana, Linn. ), avec le the de France, Melissa officinale , Linn.) , vanle par Aignan, Le pretre-medecin , pp. 2,10-314, ni avec la saulge, dont , suivant de Blegny ( Le bon usage du the , du cafe et du chocolat , p. 21), dix livres equivalaient a cent livres de the commun. Frederic Hoffmann a publie ensuite Disserlatio de in^ fusi veronicce efficacia proeferenda herhoe thee. Cetle dissertation se irouve dans le supplement de ses ceuvres, torn, a", p. 752. Les Acadeiuiciens de Berlin, d'aprei (96) Haller, appellcnt cettc plante Teucrium ^crum; ils recom- mandent de la substituer au llie, pour I'usage dietetique. EUe est rCjO-ardce a tort dans la MaVere medicale de pliant, loiti. 1", p. iSp , comme synonymede la f^eronica teucrium, Linn. (i). Tous ces auteurs ont effectivement parle de la plante designee par Linne sous Ic nona de Veronica monlana. II est aise de s'en assurer en examinant la grossiere figure donnee par Mathiole : la grandeur et la forme biscutellee des capsules , la disposition des feuilles or- dinairement rougeatres en dessous, et portees chacunc sur un petiole bien distinct , ne laissent aucun doute ; ces deux caracteres sont en effet ceux qui distinguent la Veronique de montagne , et empechent de la confondre avec la Veronique ollicinale. Je ne parle pasdc la gra- vure et de la description donnces dans le The de I Eu- rope ; elles sont trop inexactes. II sullit pour s'en assurer de citer les quatre etamines altribuees a celte plante , dont la fleur n'en a que deux. C. Bauhin , dans son Pinax , ayant neglige les carac- teres detailles ci-dessus , a porte tous les auleurs qui ont parle de la Veronica mas sous les rubriques Veronica mas e recta , el Veronica mas supina el vulgalissmia , p. 246, I ezll, tandis qu'il aurait dil en porter plusieurs , tels que Mathiole , Fuscli , etc. , sous la rubriquc Chamcedrj spurice affmis rotundifolia sculellata, p. 249? X.IX. (1 ) EUe est indiquee par Pline, lib. xxvi , cap. 69 , sous le nom de Vettonica , plante qui dissipe les nausees causees par indigestion. Veronicam recensionibus quasi iftponxi/- dlctam existimat C. Ilofuiannus, quia tiiumphat inter plantas noviter repertas. Mariget f Biblioih. pharmaceutico-niedica , torn. 2.., p. io23. (97) Linne, en rapportant la Veronica mas, C. B. Pin. , p. 24'^ , I et II , a la Veronica officinalis , a laisse croire a tons ses successeurs que la Veronica mas (i) des bota- nisles du xvi'' siecle, ctait la meme que cellc de Caspar Bauliin, ce qui esterrone. M. Chaubaid a done eu raison de regarder la Vero- nica mas des Anciens , comme la Veronica montana, Linn. •, c'est a clle et non a la Veronica officinalis de Linne, qu'il faut rapporter Ics grandesvertus attribuees a laVeronique, etrepeteesdans/'£'«c)c/. meth., Botan,, tom. 8, p. 5ij[, i" colonne, Laproprlete d'acquerir, en sechant, une odeur aroma- tique , possedee par la Veroniqne de montagne , se re- irouve dans notre aspernle odorante , dans plusieurs autres vegetaux et dans une plante d'Afrique. « Les Negres d' Angola me firent cueillir , dit Donville, « une petite fleurbleue , inodore quand elle est fraiche ; « mais qui communique un parfum fort agreable quand « on la renferme pendant quelques jours avec du liupe , « pourvu que Fair exterieur ne penetre pas. » Douville , Vojage au Congo, toni. a. p. 12. (1) Cette erreur de nom n'est pas la seule qui ait eu liea de la pait des successeurs de Linne. M. Vilniorin vient de deniontrer que \x festuca ovina, Linn. , est \a. festuca rubra des botanlstes modernes, et que Xewr festuca ovina n'a pas ete connue par le prince des botanlstes. Voy. Journal de I'Acad, d' horticulture f j835, tom. a jp. 35o. ECOIVOmiE POLITIQUE. UNE YISITE A CLAIRVAUX, PAR J.-R. MOIVGIS, PROcurErn dv boi a aiicis-siir-aube , membre cobrespondaht be l'aCADEMIE DE DIJON, DE LA SOCIETE ACADEMIQUE DE l'aTJBE , etC. -=»t^«SHes=- Je me trouvais dans le departeraent de I'Aube avec Tin magistral eminent par sa position sociale, plus emi- nent encore par I'elevation de son morite et de son ca- ractcre. II me proposa de raccompagner a Clairvaux; j'acceptai avec empressement. J'avais etudie les difle- rens systcmes penitentiaires que la philanthropic a con- cus. C'ctait une bonne fortune que de pouvoir meltre en regard la pratique el la iheorie. Tout le monde connait la pieuseoriglnedeClairvaux. Construite avec magnificence en iio5, sous le rep-ne de Louis VII, par Hugucs, comte de Champagne, la retraite de saint Bernard etait encore au dix-huitieme siecle le siege d'unOrdre celebre. Vendus par la Revo- lution a des negocians , rachetcs par le Gouvernement Imperial , les immenses batimens furent destines , par un decrel de 1808, a la reclusion des condamncs. Deux mille detenus rempiacerenl cinq cents moines. Treize depai-lemens les envoient : I'Ain , les Ardennes, ( 100 ) TAiibe , la Cotc-cVOr, le Jura, la Marne, la Haute- Marne, la Meurlhe, la Meuse , la Moselle, la rslevre, la llautc-Saonc et I'Yonne. C'esl la plus considerable do nos maisons centrales de force et de correction. A partir de Bar-sur-Aube , et pendant les trols lieues que Ton parcourt au sud-cst , pour arrivcr a Clairvaux , la route semble , par son aspect , so metlre en harraonle avec le but oil elle conduit. Aux vastes plaincs, librement sillonnees par la cliarrue, succcdcnt peu a peu des coteaux rocailleux couronnes de forels. Plus loin, le vallon se retrecit encore et n'est bientot plus cpi'une gorge profonde sur laquelle pendent de Ticux clieucs qui ont vu passer saint Bernard. L'Aube seule , a la gauche du voyageur , varie par ses sinuo- sites la sombre majeste du paysage ; tout-a-coup , la ligne de forets qui jusque-la pressait la droite du clie- min , s'interrompt ; un long mur gris apparait sur des rochcrs gris. Ces hautes toilurcs « sans fumce , ■» ce brusque enfoncement, ces ouvrages de 1 lionin;e , qui resserrent une vaste enceinte, resserres eux-mcmes par les barrieres eternelies de la nature , — c'est Clair- vaux. On dirait un corps enorme etouffe dans une ceinture etroite. Quclques pas de plus, et on suivrait encore , sans avoir rien apercu , ce rempart de bois epais qui semble ne s'etre ouvert un jour que pour saisir une proie et se refer mer sur elle. Comme le site est en harmonie avec les constructions , de merae aussi I'esprit des fondateurs se decele dans cet aspect oblique qu'elles presentent , dans cet art de dorobcr aux yeux des oeuvres colossales. On sent bien , en arrivanl-la , que Ton va penetrer dans un cloitre ou dans une prison. Yolontaire ou iorcee , Texpiation de quelquc grande ( 101 ) faute doit etre cachee au fond de cette mysterieuse solitude. Nous toucliions au mur de rondo, ct un cantonnier nous dit que nous n'avions plus que pour un quart d'heure de cheniin : c'est quMl faut bien ce temps en effet pour parvenir, en lournant une cote raplde, a la seule porte qui donne acces dans la niaison. La route est marquee de distance en distance par des cabarets oil les gardiens et les veterans vienncnt se rafraichir.... J'aimeraismieux pour indicateurs de simples poteaux. Le caractere dominant de la rcdoutable enceinte, et le premier qui se revele , c'est un profond silence. Cette com", plus grande que celle du Louvre, ferait penscr a un palais , si la livree que Ton voit error ca et la etait moins lugubre 5 elle donnerait Tidee d'une vaste caserne, si I'on y apercevait un soldal; mais a I'exception de cevieillardcouvert deje nesaisquel uni- forme et qui se traine de long- en large sous le poids d'un fusil , nous n'avons rien vu jusqu'ici qui indique une surveillance militaire : c'est deja le signe d'une grande puissance. Quand la force agit sans se montrer, elle ressemble a la persuasion , elle est invincible. Pendant que nous remplissions ainsi notre role d'ob- servateurs , le chef de I'Etablissement apprenait I'arri- vee de mon honorable compngnon de voyage. II parut bientot ; et avec une urbanite qui etait presque sur- prenante dans ce desert sauvage , il nous offrit de nous faire lui-meme les honneurs de sa maison. M. Salaville nous conduisit d''abord au quart ler des femmes. Elles etaient au rcfcctoire. La , sans le bruit monotone des cuillers d'etain frottees contrelcs assiettes detain, on eut entendu tomber la poussicre d'un sabiicr 5 la pourtant , ii y avait 4°° femmes. Ce fut un spectacle ( 102 ) singuller que celui de ces 400 tetes envcloppees de longiies coiffes blanches, qui, toutes ensemble, se tour- nerent vers nous , comnie a un sij^nal donne. Tons les ages etaient confondus. Nous en fimes tout haut la re- marque. « Vous serez bien plus surpris, nous dit notre « guide , quand vous saurez que cette confusion se « rencontre ici, non-seuleraent entre les differens imes, « mais entre les delits et les crimes. Nous nous trou- « vous assez bien de ce systeme. Entre de grands cri- « minels et de mauvais sujets, le niveau du mal tend « toujours a s'abaisser. Un seul repentir sincere , un « seul exemple de travail gagne bientot les masses. 2 0,1117 0,0785 0,062 CT, Juill.ft. . . . 0,100 0,0.')? 0,0 )56 o,o.'>9 P Aoiit 0,00a 0,1 1 5 0,0787 0, 1 26 13 Septemliru. . 0,1 12 o,o57 0,0,')7.5 o,o3 J •^ Oclolue. . . 0,0 J6 o,o.n 0,0,^87 0,01 ) ai Kovcniliie. . 0,09.5 oft5 0,076a 0,080 f~f Ducembie. . 0,047 0,040 0,0663 0,044 TOTAUX. . . o,9y3 0,8.22 0,7801 0,624 1832. Janvier. . , . o,o5o 0,0(8 0,0356 0.021 0,060 Fi'viicr. . . . 0017 c,oo,'> 0,0:_'o6 o,oo5 o,o;5 Mars 0.0I7 o.oi.J 0,0 1 1 2 0,0 i j. 0,0,8 Avril 0,01 7 0,022 0,0 i6y 0,024 0,067 Mai o,g66 0,0^4 o.c-:)o 0,074 0, 100 0,06 > c,f);-5 o,o-i;7 0, 1 20 0,0775 Juillct. . . . 0,000 0,01 1 OOJO 0,000 0,l.il Aoiit 0,0!0 0,017 0,0 ')5'i o,o>3 0,117 Sep! em lire. . 0,0 iT) o.ooii 0,0212 O,0.'2 o,o:>8 Ortoljip. . . 0.0H6 O.n.Oa o.o-.«5 0.)0 0,078 Kovemhre. . o.o-« 0,0!) i o,oH«7 0,099 o,o+.i DcceiiiLre. . 0,0.'jj 0,0 fS o,o65o o,o.J8 o,oo3 ToTAUX. . . c,'t92 0,489 0,5^60 o,55o 0,8 l2 mDICATIOK DES A^^EES et des mois. 1833. Janvier. . Fcvrier. . Mars. . . Avril. . . Mni. . . Juiii. . . Jiiillet. . Aout. . . Scptemlire (Jctobre. Novemhre Decembre. TOTAUX. 1834. Janvier. . Fi'vrier. . Mars. . . Avril. . . Mai. . . . Juiii. . . Jiiillet. . Aoiit. . . Septembre Octoljre. Novembre Dccembie TOT.VU.X. ( ^28 ) QUANTITES DE PLUIE TOMB^E a S.-Jcan- de-L6iie. m. 0,029 0,1 12 0,0 f 2 0,079 0,006 0.0 (5 0,0^1 o,o5o 0,060 O.O.") '(. 0,06 (. o, 100 0,682 0,072 o,ci4 0,016 0,0.5 1 o.oyo 0,090 0,076 0,072 0,012 0,040 0,07 1 o,oi3 0,617 Dijon. m. 0,012 0.0)3 o,of)6 0,006 0,0 (O o,o.5f5 o,o53 o,o.58 0,04.5 O.O.'i.l 0,1 10 o,65i 0,076 0,009 0,014 0,024 o, I o.i o 0.57 o, 1 0.5 0,097 0,02 i 0,0^7 0,048 0,010 o,6o3 Ponilly. 0,0218 0,093 1 0,0437 o,o836 0,0093 0,0400 0,0417 0,0692 0,0982 0,047.5 o,o33o 0,1022 o,6833 o,o632 0,0100 0,016.5 0,0285 0,070a 0,0627 0,04-0 0,09^0 0,0192 o,o535 o,o33o 0,0240 0,5218 Mont bard o,o83 0,000 0,020 0,012 o,o33 o,o.5o 0,069 o,o58 0,000 o,of4 0,040 O ,022 o,43i QUANTITES (I'ovaporation ii Dijon. 0,01 1 o,o?.o 0,093 0,043 o,o38 0,022 0,086 0,046 0,016 0,106 o,o35 0,100 o,o56 0,078 0,019 0,078 0,075 0,0 j3 o,o32 0,025 C,023 0,01 3 0,09a o,o5o 0,576 0,62^ 0,01 1 0,009 0,0)9 0,064 o, io3 0,067 0,1 o5 0.077 0,0,53 0,022 0,01 3 0,002 0,565 ( 129) 1 INDICATIOi\ OUANTITES DE PLUIE TOMBEE ^ QUANTITES DES ANNEES d'^vaporalion et des mois. a S.-Jean- de-I.6iie a Dijon. a Pouilly. Montbard. a Dijon. 1835. — m. m. m. m. m. Janvier. . . . o.o53 0,0^4 0,0492 0,040 0,024 Fevrier. . . . o,o59 o,o35 0,0670 0,061 0,025 Mars o,o.")9 0,051 0,0527 o,o.5o 0,081 Avril 0,0 5o 0,C25 0.0442 o,o3i o,o5o M.-.i o.o5i 0,063 0770 0,092 o,o63 Jiiiii oo58 o,o55 0.1 255 0,020 0,0-5 Juillet. . . . 0>O7O 0,0 18 o,o865 0,1.47 o,oy3 Aoiit 0:064 0,o6y 0,08 lO 0,0 (.2 0,094 Septembre. . 0.076 0,073 0,0712 0,093 o,o63 Octobre. . . 0, 1 ,^0 o,o»9 0, io35 0,095 0,049 Novembre. . o,o53 o,o53 0,0540 0,063 0,008 Dccembre. . TOTAUX. . . o,o34 0,049 0,0410 o,o54 0,016 0,744 o,6J4 o,8558 0,687 o,64i 9 DES M£M0TRES DE L'ACADEMTE DES sciences , ARTS ET belles-lettres DE DIJON. PAUTIE DES SCIEI\CES. Ttnnce/ iS35. HISTOIRE NATURELLE. Ambhoise Pare au 19* si^cle, par M. Vallot , . . . . p. 5. Des Mouclies a miel , p. 8. Desfourmis, p. g. Pourtraict du Succaratli , p. 12. Des betes qui sont es eaux , p. 1 3. Du poisson appele Gouverneur, p. i5. Ici te sont representees deux figures de Dragons qui tuent les Elephans , p. 16. Du poisson appele Pescheur, p. 18. Figure du Herisson de mer , p. j8. La figure d'un Crocodile est ici representee , p. 19. De la venenosite du Lleure marin , p. 21 . Les Ortiesde mer, p. 26. De la Torpille , p. 04. Sur quelques localites geologiques, p. 38. Sur les pierres perforees de la luontagne Ste-Anne , pres Dijon , p. 4i . Explosion d'un oeuf, p. 45. Emphys^nie stearique des mouclies, p. fyj% Limaces et escargots, p. 48. Sur la glu animale, p. 60. De la mouche nouim^e Bupreste, p. td. Vtgc'taux sur les insectes, p. 67. Sur le Papillon a tele de clienille , p. 'j5. Cri ou striduialion du Papillon tete de mort, p. 80, "Venerie , p. 84- Orbiculites, p 88. Schiste avec empreinte de Papillon nocturne, p. 89. Patrie du Peuplior d'ltalie , p. 93. Sur la veritable yeronique male des Anciens, p, 94* ( 132 ) Alircmon, p. i3. ^carnx Ihnacum , pp. 52, 53. Ari'labulaiic , p. 3o. ^celabiilum , p 3o. Arliazib. p. i8. ^conitum rostratum , p. 36. Actinia carciniopndcs , p. 87. ^clinia viJuata , \t. ag. Acliuie rarciniopode, p. 87. Aliuiiii, p. i3. u4tbis orleranti, p. 38. Alhirem , p )3. yitcyouiuin taeniatiim , p. 25. ^Iryoniuin icrniiculare , p. a6. Alhasur , p. 65. Arubn'e, p. 58. Anipliihie, p. 58. Aplysie, pp. 21 , 27. Armenistaiie, p. 86. ^rmcni.stari, p. 86. ^Ihuiii.s ar.r , p. 38. Baril de \'\n , p. 23. Barillet,p. 54. Easilic, p 17. Baudrier , p 59. Berdin, p. 57. Berlin , p. 57. Beruique, p. Sj. Boa , i>. 17. Bonnet flainaut , p. 27. Bonche de fravers, pp. 49> 54- Buccin, p. 56. — terrcstie, p. 5\. Biiliiiius liibricus , p. 54- — pcn'ersus , p. 54^ BuUa apcrta , p. 57. Bulkva aperta , p. 26. Bupre.sle, p. 66. Byssus aquatica , p. 73. Carpe moustrneuse , p. 57. Ceraste , p. 17. Cercolepte potto , p. i3. Chameleon blanc, p. 63. Chat inarin , p. 21. Chaux carbonatee spiculaire, pp. 41,42. Cheloriia pudica , p. 82. Chenille a la glu, p. 64- Chenilles processionnaires , p. 35. C/iirites, p. ^3. Chondrilla vimhiea , p. 64. Chou plus grand qu'uue iiiaison, p. 7. 'Cicada lanata , p. 71. Cicada leporina , p. 72. Cicada /(trt'OM_,p. 73. Cigalcu ailcs lraiisparcule.s,p. 72, Cigale bigarree ( grande) , p. 71. Cigale phalenoide vcrte, p. 73. Ci.iius 5-costatus , p. 72. Clauulia riigosa, pp. 49 > 54- Clavaire , p. 68. Colrhique , p. 36. Colla , p. 6i! Conqnc , p. 58 Coquatris . p. 17. Corue vegetanlc , p. 68. Cra.ssude nier, p. 26. Cydosfonia elegans , pp. 52, 55. Cyclo^tonia varicgiitiini , p. 56. Dcmalii,m colcoptctoiuin , p. 74. Demoiselle , p. 56. JDori.i jLa\a , p. 26. Dortliesio characiai , p. 72. Dragons, pp. 16, 18. Eaux eleclriqiies { p. 37. Ecaille pudique, p. 82, J^chinifi parvus , p. 33. Elegante Striee , p. 55. Empansemciit , p 66. Emphy.veme stearique de.? mou- ches,p. 47. Estomac (netoiement de I') , p. 6. Fcstuca o'i/ia, p 97. Fourinis icombatde), p 5. Fiicus saccharinus , p. 59. Galle.s rt'siueuses, p. 65. Gelee de n)or , p. 27. Gemma marls , p. 27. Glu animale , p. 60. Gogiies , p 67. Gonverneur , p. i5. Grain d'orge , p. 54- Grypheea I'irgula , p. 83. Gniguette, p. 56. Haie. p. 80. Hattou-rhatel , p. 38. Helix arbustonun , p. 53, — asper.sa , p. 53. — cricetorani , p. 55. — hispida , p. 55. — lapicida , p. 54- — riemoi aLis , p. 53. — perversa , pp. 49) 5l. — pomatia , p. 53. — fiii tiirurn , p. 55. Heri.ssou demer,p. 18. Heyr.'it, p. i3. JJolclhu riorum 2* species f p. 3a> Homoncule, p. 9. Hydalidcs , p. 87. Jiydros , p. ao. Ichneumon, p. 20. Jsaria crassa , p. 70. Jsaria speculatonim , p. 69. Ixia Theophrasli , p. G\. Jamble, p. 57. Krakon, p. i5. Lianiinaria siicre, p. 69. Laniproie, p. i3. Z^epas , pp. 33 , 36. Lepus inarinus leterum , pp. 5y. J^eriica , p. 5/. Lievre corna, p. 79. Lievre mariii, p. 21. Limacon sans coquille, p, 23. Limax: agrestis , p. 53. Limax ater , p. 53. J^imax cinereus y p. 52, Jjimax rufi/s, p. 53. Xiociista ephippiger , p. 83. Lymneus , p. 58. Lystra gigas , p. 71. Medusa palUala , p. 85. Mcduse, p. 35. INIeiliise mantclce, p. 85. Mtern;allen, p. 27. Wttt'orisation, p. 67. Moiiie cornti , p. 56. Mouche vegctaiite, p. dj. Mouclies a iniel, p. 8. 3Vapcl , p. 36. 2^erita fluviatilis , p. 56. JVerita stercits muscanim, p. IVeiite, p. 56. JSfoctun chondrillcp , p. 64. Woctuelle de la coUe, p. 64. ]\onparei!le, p. 49. OEil de bone , p. 57. (Kuf( explosion d'un ), p. 4.? Opercule a ressort , pp. 48-5o, Orbiculites , p. 83. Ondtholithus rostri, p. 92. Oiobon, p. 19. Oscabrion , p. 56. Oitie cendree , p. 33. Ortie de mer , p. 26. Fapilio ventricosiis , p. 83. Papillon i tete de cheuille, p. Papillon nocturne (empreiute p. 91. Papillon tete de mort, p. 84- I'ateUa pellucida , p. 60. P.it.llc , p. 56. Peuplierd'Italie (patrie du), p Vhalavia hexapterata , p. 84 I'halasna icsi/iana ,]^. 65. ( 1 27 > 85. ,76. de), 93. 33 ) Phallus TTadriani, pp. 36-87. Piclieviii , p. 22. Pierre a ravet , p. 45. Pierres cariees , p. 42. Pierres deBaignots, p. 43. — perfoF<^es, p. 4'' — piciues de trous, p. 4^. Piscis echinatus , p. 19. Pithyum , p 73. Planorbe , p. 55. Planorbis conieus , p. 55. Planorbis carinatus , p. 56' Planorbis vertex , p. 56. Plante-vcr , p. 70. Plesiosaure, p. 39. Poisson teinturier, p. 23. Polype terrestre , p. 34. Pot aussi grand qu'une eglise, p. 7. Pourceline, p. 56. Poiirpre, p. 56. Prenanthes chondrilloides , p. 62> Prenanthes viminea , p. 64. Pupa fragilis , p. 5i. Pupa margiiiata , p. 54- Pusilline, p. 73. Racine de J. C. , p. ^o. Macodium eritomogena , p. 'j^, Reduvius senatus, p. 35. Reuard arme,pp. 80, 90. Jierersus J p. 19. Roitelet , p. 19. Rouille vermiiieuse, p. 37. Ruben , p. 18. Russe idioelecfrique, p. 35. Samarmar, p. 12. Sauterelle (caricature de la), p. n, Scolopendra cetacea J ^. 14. Seleucide , p. 12. Serpens alles, p. 11. Silice , p. 40' Spheria tnilitaris , p. 68. Sphinx alropos (cri du), p. 81. Sporotrlchuni densuin , p. 74. Spuina marina , p. 27. Stridulatiou du Papillon tete de mort, p. 81. Strophilus , p. 20. Strophom^ne rugueuse, p. 93. Strophomenes rugosa, p. 9a. Su , p. 12. Succarath, p. 12. Taraach, 5. Tartaros , p. 42. Taxus americanus , p. i3. Teinturier (poisson), p. 23. Testacella haliotidea , p. 59. Testudo triuvguis , p. 21. Tesfacelle ormier, p. 59. Thauaclit , p. 5. The d'Euiope, p. qS. The de Frauce , p. y5. Tliirse , p. ai. Tic-tic , p. 20. Todier , p. 20. Tortue molle. p. 21. 2'rochus co/iuliis , p. 56. Turbo elei^ans , p. 62. — littoicus , p. 56. — muscoruin , p. 5^. ■ — penersus , pp. 49 > 5i ) — returns , p. 56. Tyrse, p. 21. Urtica cinerea , pp. 27 , 28. Urtica ijiarina soluta , p 8 Urtica soluta, p. 27. ( 134 ) 54. Varec , p. 5g. Veau ecuilleiix, p. 79. ;^e/(;//o,p. 86. Velelle inulique, p. 86. Veleile tentaciilee, p. 87. Veneries , p. 84. Vcrmirhiaria , p. 25. f^eroiilca mas , p. 9^. T^eronica monlana , p. 96. Veronique male, p. 9^. Vessies dcs pius , p. 66. J^ettonica , p. 96. Viguau , p. 56. Vigneii, p. 56. Viigidaires (couches), p. 88. ^'iroilunensis ai^er, p. 61). Viscio di mastirogua , p. 63. Viviparc , p. 56. Weiswasser , p. 38. lECONOMIE POLITIQUE. Une YisiTE a Clairvaux, par M. MoNGis pag. loo METliREOLOGIE. Resume d'observations relatives k la quantlte de phiie tombee sur divers points du deparlement de l;i C^tc-d'Or, et sur la (juantite de revaporalion consecutive , pag. i2.5 FIK DE LA. TABLE DES MATIERES. MEMOIRES DE L'ACADEMIE DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. PARTIE DES LETTRES. ^w^ &im ^» DIJON , FRANTIN, IMPRIMEUR DE L'A.CADEMIE. EXPOSITION RAISONNEE D'UN NOUYEL APOLOGETIQUE , on VUE GENERALE DE LA RELIGIOX CONSIDEUEE DANS SES PUEUVES ET DANS SA DOCTUINE j PAR M. IVAULT ; AKCIEN MAGISTRAT. « Plus le grand livre de la nature et celui de I'histoire « soiit ouvcrts, plus le livre de la rrvclation parailra « autheutique ct digiie de croyancc. >» L'auteur des PREvrss de la Religion. En ces temps ou le long conflit des opinions et la pente des moeurs vers les interets materiels semblent avoir laisse les esprits dans rindifference sur les ques- tions qui ne se resolvent pas dans le bien-etre de notre existence passagere , une apologie de la Religion etait- elle opportune? Un tel livre peut-il produire des fruits? Nous n'en doutons nullement. Sous Fapparence de cette langueur generale dans la recherche de la verite , la question religieuse se fait jour parmi les esprits avances. Elle preoccupe les hommes d' intelligence et d'avenir qui sont frappes du vide que le defaut de croyances laisse dans une sociele reduite a rccevoir sa direction (4 ) du caprice dcs volonles et du hasard des evenemens. lis sentent qu'un point d'appui aux opinions humaines est line condition du repos en ce monde , que la raison de rhoninie est impuissante a le prendre en elle-meme, et qu'il faut le cherchcr en dehors dcs conceptions mobiles de notre sa,■> (St. Paul, 1''^ aux Corinthiens , chap. xv. i'. 24, 27, 28). Prenves int^- La suitc liistorique de la Religion et I'etablissement tieures delaRe- , . . . . , ligion. du Chnstianisme qui en est le couronnement nous ont S. Doctrine dii conduits au poiiit dc section du monde antique et do la societe mcderne. La bynagogue, dans les dcsscins tic (33 ) la Providence , avait rempli roflice de conserver in- tacte la connaissance de Dieu : TEglise devait avoir une mission plus haute qui etait de la disseniiner partout. Celte science divine , developpee par la revelation evangeliqne et propagee par le proselytisme chrclien, allait donncr a la societe une lace nouvelle. Assure- ment si dans le domaine du passe il y a maliere pour I'esprit de Fhonnne a une impression forte et durable , ce doit etre dans la suite de la Religion consideree de- puis la Genese jusqu'a I'etablissement du Christianisme, dernier anneau de cette chaine merveiiieuse. Toute- fois ce fait eclatant est a notre egard un fait Iiistoriquc dont I'image est reflecbie dans notre entendement sans interesser nos sens , et dont Timpression sur notre ame pent etre plus ou moins araortie par le bruit et le mouvement des choses exterieures. Mais si nous venons a considerer Ics resultats amenes par le fait accompli et que Texperience a mis a decouvert sur la scene du monde, le point de vue change , car les resullats sont immediatement sous nos yeux. lis nous cnveloppent , jls nous pressent de toutes parts. La doctrine, le cube, la morale du Christianisme ont traverse les ages pour vcnir a nous ; et leur influence publique ou privee est de tons les momens. Vous avez vu les preuves de la Religion dans sa suite, vous les verrez reluire dans ses caracteres et dans ses effets. C'est un nouvel ordre de preuves qui s'encbaine au premier. Ainsi , pour edilier la certitude de la Religion, les traditions de riiistoire et les preuves morales se preteront un miituel appui ; elles produiront par leur concours un foyer de lumiere auquel nul esprit raisonnable ne saurait re- sister. Avant d'enlrer dans Texamen de la doctrine du 3 (34) Cliristianisme , I'autcur a jugc convenable d'elabllr I'authenliclle des livres qui la renfenuent. On pensera peut-etre que celte preuve etait en quelque sorte su- perflue , car la sincerite des ecrivains du Nouveau Testament et rauthenticile de leurs livres ressortent de I'ctablissement nieme du Cliristianisme et de la per- peluitc d'une tradition constante jusqu'a nous. L'Apo- logisle n'a voulu laisser aucune partie du grand sys- temc de la Religion qui ne fut eclairee d'une vive lumicre. Son zele et son travail sont justifies d'ailleurs par les attaques que des ecrivains reformistes ont di- rip'ees soit contre I'authenticite du Nouveau Testament , soit contre la fidelite du texte des livres sacres. Mais FApologiste ne s'en est point tenu a I'aide que lui pre- tait la critique historique , pour asseoir I'autorite de ces livres : il decouvre encore , dans le style qui leur est propre , un caractere d'inspiration qui exclut I'imi- tation ou la fraude et qui lemoigne de leur source divine. Si nous ne nous abusons pas , celte preuve qui s'adresse au sentiment , ne serait manileste qu'a ceux qui sont deja persuades. II nous semble , en effet , que pour sentir a fond ce que la louche des livres saints a de superieur a I'ordre des pensees humaines, il faut avoir dcja dans le coeur les verites qu'ils annoncent. La naivete penetrante des Evangelistes , la grace et le cbarme du livre des Actes, la douceur mysterieuse de S. Jean , les sublimes elans du grand apotre frappe- ront sans doute un lecteur qui a de rintelligence et dc I'ame ; mais ces qualites du style ne sont que I'c- corce de ces divins livres. Nul qu'un chretien ne goii- lera jamais ce qu'ils ont de ravissant et d'intime. « La « charite n'est pas seulement Tobjet des Ecrilures-, (35 ) « a dit Pascal , elle en est aussi la porte ' . » Alnsi , sans nous attacher plus long-lemps a la forme du Nou- veau Testament, non plus qu'a son authenticite que nous tiendrons pour certalne, nous allons, en suivant la trace de I'Apologiste , vous presenter nos vues avec les siennes dans Texamen de la doctrine evangclique. La Religion elant I'expression des rapports de vo^me. riiomme a Dieu ct la manifestation de riionime a lui- meme , les caracteres et la marque de la Religion ve- ritable doivent apparaitre dans la connaissance quelle nous donne des atiributs de la Divinite et de la nature de riiomme. Et comrae la revelation chretienne est le complement et la perfection de la revelation judaique , elle a dii faire luire une plus vive clarte sur ccs deux grands objets de la Religion : Dieu et Vhomnie. Ouvrez le Testament nouveau •, 11 n'est pas nne parole du livre des Chretiens qui ne tende a approfondir eette double science , source de toute lumiere et fondement de toute morale. Deja la loi mosaique avait proclame, pour le peuple Juif, Tunite de Dieu, sa toule-puissance creatrice, sa sagesse infinie, sa providence souveraine. Les livres du Nouveau Testament confirment et developpent ces perfections divines. « Le Dieu que je vous annonce « a fait le monde et tout ce qui est dans le roondc. II « a fail naltre dun seul toute la race des hommes 5 il «( leur a donne pour demeure Tetendue de la lerre, « ayant marque I'ordre des saisons et les bornes de « rhabitation de cliaque peuple. C'est en lui que nous K avons la vie, le mouvement et I'ctrc ; ct comrae * Chap. VII, art, 5, pcnst'e if!. ( 36 ) (c quelqucs-uns de vos poeles Tont dit , nous somrneg (( Ics enfans et la race de Dieu.... Nous ne devons « pas croire que la Divinite soit semblable a de Tor , « a de I'argfent , a de la pierre dont I'art et Tindustrie « out fait des fiyures. Le Seifjneur du ciel et de la « terre n'hahile point dans les temples batis par la « main des homines... » '■ C'est sous ces traits que le grand Apotre , transporte dans TAreopage, peignait aux Alheniens le Dieu d'eujc inconnu: et ce lansrape alors etait nouveau pour le peuple le plus spirituel de la terre : taut etait profbnd I'aveuglement dont ridolatrie avait frappe tons les peuples! Mais le vrai Dieu connu des Juits elait un Dieujaloux ,Jidele en ses promesses et en ses menaces ^ ; la loi ancienne etait empreinte de sa grandeur et de sa puissance redou- lable. II etait reserve a la loi de grace de mettre en relief sabonte , sa douceur, sa misericorde. Jesus-Christ nous apprend que nous avons dans le ciel moins un niaitre qu'un pcrc. II veut que nous Tinvoquions a ce titre dans Tcffusion de notre ame. Ailleurs, c'est le bon pastew, c est Vaini , c est Vepoux ^ I'Evangile, en parlant de la bonte de Dieu , a epuise tons les syni- boles de tendresse et d'amour. La spiritualite de Dieu , sa saintete ineffable qui rejette les ceremonies rendues vaines quand elles ne sont pas dirigees par I'hommage de Tame et accompagnees de la purete du coeur : ces notions si hautes de I'essence de I'Etre infini sont Tobjet des enseignemens du Christ et de ceux des hommes choisis auxquels il avait dit en quitlant la ■ Act. Ap. , xvir, 2^, 9.6, aS, 29, ^ Qiioniain Dens feiinilalor, Uuiuinus Dens tuus ia medio tui. Deuicr.j VI, i5. Exod., xs., 5. _ ( 37 ) terre : Allez et instruisez. Concluons avee I'Apologiste : (c I'Evanfjile nous montrc Dicu tel qu'll est, tel que la « raison concoit qu'il doit e(rc, tel qu'il nous impovte « que nous Ic trouvions aujourd'hui et a jamais ! » Les livres du Nouveau Testament repandenl la raeme lumiere sur la nature de rhorame. Nous leur devons la pleine connaissance de nous-memes. Oui , sans doute , d'apres les seules lumieres d'une droite raison, nous nous tenons pour assures que cette portion de notre etre n'est point raatiere , qui interroge le passe et scrute les profondeurs de Tavenir , qui appelle I'uni- vers entier a son tribunal , ecoute , delibere et decide ! Mais si nous voulons penetrer la nature de notre esprit, sonder cet altrait invincible qui nous porte vers le bien , et notre impuissance radicale a y arriver ; alors notre raison s'eblouit. Quand Tun des plus beaux es^ prits de I'anfiquite disait : Je vois le hien, je I'approuve, el f accomplis le mal : ' qu'etait-ce que cette vue de sa raison? Une vue sterile et sans application morale, Tobservation d'un phenomene inexplicable de la cons- cience ^. Vers le menie temps, un autre moraliste ecrivait aux Romains : Je n approuve pas ce que je fais , parce que je ne fais pas le bien que je veux ,• mais je fais le mal que je hais^ . Le grand maitre du Christianisme et le pliilosoplie pa'ien se rencontrent ; mais ecoutez celui-'la jusqu'au bout. « Lorsque je veux K faire le bien , je trouve en moi une loi qui s'y oppose, « parce que le mal reside en moi. Que si je fais ce (( que je ne veux pas , ce n'est plus mqi qui le fais , " Video bona, proLoque, deteriora scquor. ( Oi/J. ) ^ Aliudque ciqiido , mens allud suadet. ( Ze 7iieine.) ' Rom., Yii, 1 5. (38 ) « mais c'est le pecJie (/ui habile en moi. Malhcureux « honinie que je suis, qui me delivrera de ce corps (c de niort ? Ce sera la fi;race de Dieu par Jesus-Christ « notre Seigneur! ' » Quel sentiment profond dans la clairvoyance du chrelicnl Comme il est penetre de ce qu'il sait et de ce qu'il espere ! C'est qu'il ecrit ces eloquentes paroles sous Tinspiralion de celui qui est la verile et la saqjesse! La revelation judaique avait deja explique la myste- ricuse enigme. Elle avait decouvcrt la racine du mal en racontant la chute deriiomme; elle avait aussi montre le remede dans la promesse du Mediatcur qui devait re- parer la nature dechue. Toutefois ces hautes vcritcs , voilees sous les figures de I'Ancien Testament , faisaient peu d'imprcssion sur le peuple Juif absorbe dans la con- templation et dans I'attente des biens tempoi-els ^. Ce peuple etait porte a ne sentir la misere de I'homme que sous le joug des Babyloniens, et a placer sa grandeur dans la domination, la richesseet la puissance. Mais les idees grossieres qu'un peuple sensuel sVUait formees de la condition de Thomme , d'apres la sanction que Dieu avait donnce aux preceptcsde la premiere alliance, sont pleincment rectifiecs par TEvangile. Tous les voiles de FAncien Testament sont leves par le livre de la loi nou- velle. C'est du fond du coeur de I'homme que I'Evangile fait jaillir sa misere et sa grandeur. Et avec quelle ' Rom. , Tii , 20 , 2 1 , 23 , 25. "^ Si ergo obcdieritis mnudatis meis qiise ego liodie prrecipio vobis ut diligatis Doininutu Deum vestriim, et niubulctis in omnibus viis ejus, dabil pluviam tcrrie ut coUigatis fiumeiitum , ct viuuin , ct oictiin... . dispcrdet omucs geutes istas ante facietn ve.straiu , ct pos- siJcbitis eas , quoe majoies cl forlioics vobis sunt. I^Dcutcr,, xi, i3, 14, 23.) (39) profondeur de verite, avec quelle vivacile cl'images ne nous devoile-t-il pas le double secret de noire nature ! Hors de Tassistance divine, ie occur de I'liomme est le garment sec et inutile, le levainmauvais, le champ he lisse de pine soil la bonne semence est etoufj'ee. Le livi'e pai'lc- t-il de la nature reparee, de cette grandeur que riiomme emprunteau Mediateur dans une mystericuse ct divine fraternile? L'horame est I'imiiateur des perfections in- Jinies, le temple de I' E sprit Saint, le coheritier de la gloire, V enfant adoptif couronnc par une felicite sans fin. C'est dans la contemplation de ces verites manifestees par la doctrine evangelique quele plus profonddes sci'utaleurs de la nature liumaine s'ecrie : yli-ec combienpeud orgueil un chretien se croit-il uni a Dieu ? j4.vec combien peu d abjection s'egcde-t-il aux vers de la terreP^ Con- cluons encore ici par ces paroles de rApologiste : « Les « philosophes ne disaient rien a tons ces egards ou ieu. Que ceux que la creche du Christ scandalise , considerent dans cette etroite enceinte (origlne de TEglise, scion la belie expression d'un Viive^puisque l' Stable de Belhleem elait alors le seal lieu de la terie oh Jesus-Christ fiit connu) ', qu'ils considerent, dis-je, aux pieds du Sauveur nais- sant les bergers et les mages , les pelits et les grands reunis, comme les premices de la societe universelle 5 qu'ils y voient la simplicite du pauvre qui s'eclaire , les grandeurs de la terre qui s'hurailient,regaliledeshommes devant Dieu manifestee ; et qu ils nous disent si sous I'ecorce du mystere ils ne decouvrent pas dcja les su- blimes enseignemens de la Religion, le type du grand changement qu'elle devait operer dans les idees des homraes ! L'incarnation du Verbe etant supposce , la vie de Jesus-Christ , ses souffrances , sa mort , sa resurrec- tion glorieuse sont une suite necessaire de la nativite. St. Ciirysost6me. (43 ) Nous voyons se derouler les actes divers de I'oenvre d'expiation par leqiiel rHomiiie-Dieu satisfait a la jus- tice de I'Elre infini. Dranie sublime , di.ajne du per- sonnage qui est mis en scene , de ce divin modele , dont la vie et la raort sont en merae temps le remcde aux maux de notre ame et I'ideal etcrnel de la per- fection dont nous devons nous rendre les imitalcurs. Enfin le mystcre de la Tiinite , qui est le secret incomprehensible de Tessence de Dieu , s'enchaine ne- cessairement au dograe de la redemption des hommes^ L'incarnation du Mediateur associe a la nature divine suppose en effet une division de personnes dans I'u- nile du souverain Etre. Ce mystere, qui resulte de I'oeuvre meme de la redemption et des propres en- seignemens du Christ, nous est propose comme un objet d'admiration , de reconnaissance et d'amour. Le Verbe incree s'est revetu de notre chair et de nos faiblesses pour converser parmi les homines, les ins- truire et les sauvcr. L'Esprit divin , amour cssentiel du Pere et du Fils , nous est envoye pour nous eclairer de sa lumiere et nous assister de sa grace. Dieu s'est approprie a nous dans son essence infinie. Ces idees sont non-seulement grandcs et sublimes, elles sont affectueuses et consolantcs, elles elevent I'ame et I'at- tcndrissent. Elles nous penctrent du sentiment de notre misere par la grandeur du remcde qu'il a fallu , de celui de la dignite de notre nature reparee a un si haut prix , de la necessite de nous conformer nous- mcmcs par la saintete de nos moeurs , au plan qu'une Providence misericordieuse a trace dans nos deslinees. Ainsi les mysteres de la Religion , tout incompre- hensibles qu'ils sont, jettent un jour lumineux sur notre condition, la seule chose quUl nous importe de (44) connaitre. lis parlent au coeur en demcurant inacces- slblcs a I'esprit , parce que , comme I'a dit admira- blement Pascal , le dessein de Dieu est plus de per- fectionner la volonle que V esprit, etqu'une clnHe par~ fahe ne sen'irnit qu'a I'esprit et nuirnit a In volonte. Disons done avec le grand deCenseur de la Religion, donl I'Apologiste eniprunte ici les paroles : « qu'au lieu « de se plaindre de ce que Dieu s'est cache , il faut « lui rendre graces de ce qu'll s'est decouvert aux « humbles de ccEur et non aux superbes indignes de « connaitre un Dieu si saint ' ! » Les dofrmes du Christianisme nous conduisent a la n morale dont ils sont le fbndement et la sanction. La morale a pour objet de diriger les senlimens de rhomme par rapport a un Dieu supreme auquel il croit , et de reglcr ses actions par rapport a scs sem- blables avec lesquels il vit. Ceux qui vculent limiter les effels de la morale evangelique aux vertus indi- viduelles de queiques ames touchees des verites de la foi , et qui , a la vue des desordres et des crimes que les passions eniantent sur la scene du monde , contestent les resultats generaux que cette doctrine a produits pour ramelioration dc Tcspece humaine : ceux-la sont aveugles ou injustcs. lis sont dans Tigno- rance , ou ils mettent en oubli ce qu'ils savent. La doctrine evangelique , avec son principe de Fegalite des hommes devant Dieu , a mine I'esclavage comme institution sociale. Elle a constitue la famille sur le mariage reduit a la societe de deux coeurs unis ^. ' Chap. VII, art. 5, pensccs 4 ^t 12, * Bossuet. Defense de I'hisloire des variations. ( 45 ) N'eiit-elle amene que ces deux grands changemens dans le monde chretien , il serait vrai de dire encore qu'elle lui a donne une face nouvelle. En ruinant resclavage, piece essentielle dans la constitution de la societe antique , elle a tari une source incessante d'acles de tyrannie et d'actes de bassesse. En frappant de reprobation la polygamic et le divorce , elle a banni de la famille une cause de desordre , elle a affranchi la femrae de la servitude domestique ; et en cela elle n'a point seulenient coupe court a des vices , mais elle a appcle la femme libre a tout un ordre nouveau de vertus et de services dont I'antiquite paienne n'eut jamais la pensce et ne vit jamais Texemple, La morale evangelique a dcs detracteurs qui ne nicnt point son influence sur la societe , mais qui I'ac- cusent d'avoir depasse le but. A Ics entendre, cette morale , en assujeltissant les sens a I'csprit , contrarie le developpement legitime des facultes de I'homme. lis i"cgrettent I'essor que le paganisme donnait aux pencbans physiques , et ils attendent la rehabilitation de ces pencbans d'un progres nouveau dans I'etat so- cial qu'ils appellcnt de tons leurs voeux. La censure qu'ils exercent sur les preceptes devait se montrcr plus bardie toucbant les conseils : I'enliere virginite des sens, le detacbement complet des cboses de la terre sont a leurs yeux des resolutions insensees. Ils se demandent ce que deviendrait I'economie de la so- ciete civile si de tels conseils etalent pris a la lettre et suivis? II y a peu de sagesse, ce nous semble , dans les vues de cette pbilosopble. C'est mal connaitre la nature bumaine que de faire un reprocbe a la mo- rale evangelique de tenir en ecbec Pascendant pre- dominant des sens. Pour maintenir Fequilibre entre (46) les deux puissances de notre etre , Tesprit et la ma- tierc , ce n'est pas trop assurement de toute la seve- rite de celte morale. Consacrez aujourd'hui par des institutions ce que vous appelez la rehabilitation des penchans physiques , vous donnez cours aux execs in- fames et aux actes sanguinaires qui out deshonore la Societe ancienne. En ce qui louche les conseils evan- geliques , I'exemple d'une vertu superieure n'est-il pas un stimulant necessaire aux efforts d'une vertu com- mune? Oil git la force d'impulsion qui conduit nos vierges chretiennes dans les hopitaux et nos mission- naires catholiques chez des peuples barbares dans des climats devorans? N'est-ce pas dans la parole de celui qui a dit : T^enez et me suivez , laissez aux morts le soin d'ensei'elir leurs morls ? C'est a ces conseils su- blimes que vous devez le spectacle de ces vertus sur- naturelles dans leur elan , hardies comine lafoi en un Dieu-Hovinie , scion le mot de Bossuet , qui , sans re- garder de cote ou en arriere , vont droit au but , ac- complissant des miracles, landis que nous nous pcrdons dans des raisonnemens sleriles qui n'aboulissent qu'a dessecher les ames ! L'auteur developpe le grand sujet de la morale evan- gelique scion la division de TApotrc : Vivez dans le siecle avec piete , justice et temperance; et il s'attache a montrer la perfection de cette morale dans I'ordrc triple des devoirs de riiomme envers Dieu , envers ses semblables , envers lui-memc. En traitant ces ma- lieres, le pretre catholique a un avantage sur lout autre scrutateur du coeur bumain : c'est d'avoir hi , dans rexercice de son ministere , une page mysterieuse qui n'est ouverte qu'a lui. La doctrine evangelique a tail luirc un jour nouveau au fond du coeur dc riiomme^ ( 47 ) qu'elle seule explique et connait; a cette clarte com- mune aux moralistes chretiens , le pretre joint le se- cours d'une experience pratique qui lui est propre : de la une science secrete de la vie et des moeurs qui feconde sa pensce et donne de I'ame a sa pai'ole. Nous ne suivrons point I'auteur dans les ramifications de la morale evangclique-, nous devons nous borner a tou- cher les points capltaux de cette doctrine , a mettre en lumiere la simplicite des principes et leur ellica- cite dans I'applicalion ; simplicite dans les voles , puis- sance dans les effets ; double caractere de la supreme sagesse. Pour regler tout Thomme a I'exlerieur dans ses sen- timens et dans ses actes, I'Evangile a apporte dans le monde une seule vertu : la charite. Or la charite est amour. Nulle autre religion que la religion chrelienne, remarque Pascal , n'a fait aux hommes I'obligation d'ai- mer Dieu ; nulle secte de philosophic , dit-il ailleurs , n'y pensa jamais. II ne pouvait enetreautrement. Dieu est pur esprit , les sens nous dominent , et notice coeur ne s'attache naturellement qu'aux objets sur Icsquels il a prise et qui peuvent exciter ses desirs. L'auteur de toutbien avait fait du commandement de I'aimer le pre- mier point de la loi qu'il intimait a son peuple ' 5 il avait, en faveur de ce peuple choisi , epuise les merveilles de sa toute-puissance j et pourtant loute Thistoire du peuple juif n'cst qu'un long leraoignage de son infidelile ! Pour que I'amour divin put entrer dans le coeur de riiomme, il iallait que Dieu , revetu d'une huraanile sainte , vint ' Et nunc, Israel, quid Doniinus Deus tuus petit <\ te, nisi ut diligas euin , ac scrvias Domino Deo tuo in to!o corde tuo el in tota auinia tua'! ( Dcutcr., x, 12. — xi , i. — vi, 5. ) ( 48 ) lui-meme sur la terre, afin d'etre a la fuis , et oVune juaniere sensible , Tinstiluleur , le modele , I'objet de ce sentiment sacre. II fallait surtoul qu'il en fiit par sa grace le dispcnsateur. « Celui qui a mcs comniande- « mens et qui les garde , e'est celul-!a qui ni'uime ; je « I'aimerai et je me ferai connailre a lul '. » Ainsi Pa declare le Legislaleur lui-menie. L'araour n'est pas scu- lement le mobile de Tobservance de la loi ^ il en est la recompense. Qui pourrait ne pas admirer cette morale? C'est dans Tamour de riiomme pour son semblable que le divin Legislateur a voulu rceonnaitre le signe edicace de Taccomplissement du grand et premier commandement de I'aimer lui-meme I « Je vous fais un commandement « nouveau qui est que vous vous aimiez les uns les « autres 5 c'est en cela que tous connailront que vous « etes mcs disciples ^. « Puis, dans cette prierc sublime qu'il adresse a Dieu avi moment de consommer son sa- crifice : « Pere saint ! qu'ils soient un tous ensemble « comme vous etes en moi et moi en vous ; qu'ils soient (t de meme un en nous ^ I » Aussi le disciple que Jesus aimail, celui de tous le plus profondement initio dans la doctrine du Maitre , a-t-il reduit son enscignemcnt a ces paroles : 3Ies enfans , aimez-vous les uns les au- tres « Si quelqu'un dit : j'aime Dieu et ne laisse « pas de hair son frere, il ment. Comment celui qui « n'aime pas son frere qu'il voit , peut-il aimer Dieu « qu'il ne voit pas ^ ? » ' Joan., XIV, 21. * Idem, xm , 3 f , 35. 5 Idem , XVII , 20. ■* Idem, I Ep. , IV J 7, 20. ( 49 ) Vous trouvez clans ce pen de ligncs evangeiiques I'ori- p'lne et le secret de cette chavite fintenielle qui a opere des miracles dans le monde. Coniniandement veritable- ment nouveau qui rend supcrflues toules les regies de la morale , et hors duquel toule morale demeure impar- faite. Selon la nature , rien n'entre dans notre coeur que noire intcret , notre passion , notre plaisir. La na- ture de I'amour-propre , du nioi Iiumain , est de n'aimer que soi , de ne considcrer que soi. Tous les hommes se haissent naturellenient , parce que chaque moi est I'en- nenii , et \'oudrait etre le Ij ran de tous les autres ' . C'est a cet ego'isme , source de division ct d'injustice, que I'Evangile oppose la cliarite. Mais cetle charite pour ious est au-dessus de la nature , puisque I'amour exclu- sif de soi est selon la nature : nul done qu'un Dieu ne pouvait fiiire un devoir a Fhonime de cette vertu et I'im- planler dans son cceur. Vous voyez tout I'exterieur de riiomme regie par la charite ; rEvangile met egalement son interieur sous la gnrdc d'une seule Vertu : I'humilite chretienne. Lhumilite, que I'Evangile prescrit a riiomme , est la reconnaissance de sa faiblesse avec le sentiment de la necessite de Taide de Dieu pour en sortir. Les anciens sages avaient entrevu I'lramilite restreinte au sentiment de notre faiblesse. Nosce te Ipsuni; connaissez-vous vous-mcme , disaient-ils , et vous arriverez a la vue de votre infirmite. Ninda magniludo est sui ijitelligere pajvitatem. Si Ton ne se connait plein de faiblesse , de misere et d'injustice, on est bien aveugle, a dit Pas- cal 5 la sagesse humaine pouvait done aller jusque-Ia. ' Pascal ; chop, ly, art. 2, jienst'es 7, jo, tj. ( 50) Mais cetle vue ne rabattait rien des hauteui's de I'or- gueil', car il conlrepcse toutes nos miseres , dit le grand moralistc chrclien : « On il les cache , ou s'il les de- « couvre , il se glorifie de les connaitre ' . » L'orgueil humain , enfle par le savoir , se constltue roi de la verile qu'il possede , et il se fait idolatre de la pensee. L'orgueil avec rcgoisme est done le fond de notre na- ture : I'un source d'injustice, I'autre d'aveuglement. L'Evangile attaque cet antique auteur de nos miseres avec le poids de ses exeniples et la severite de ses maxi- nies. II riiumilie par la foi en des mjsteres d'humilite , scion le mot d'un grand esprit ^ . Puis il lui apprend a s'aneantir devant la necessite du secours de Dieu pour arriver au moindre bien '^ . Telle est I'liumilite ; dispo- sition de Tame egalement nouvelle , mais qui, bien loin de degrader Thomme , le releve et ranoblit. (( Consi- « derez , dit Pascal , la hauteur et Thumilite d'une arae « chretienne^, » II ne separe point ces deux choses. C'est qu'en effet le chretien ne s'abaisse que devanl Dieu. II reconnait qu'il ne pent rien sans lui , mais qu'il pent tout avec lui. Et qu'y a-t-il de grand que la cha- rile chretienne appuyee sur I'liumilite n'ait tente et mis a fin? De cette vertu tout evangelique nait I'al- liance d'une defiance salutaire et d'une confiance sainte ; alliance qui devient a son tour le principe d'une sagesse sans presomplion , d'une dignite sans euQure. ' Chap. VIII , pens. 2. — Chap, iv, art. 2 , pens. a. ' Bourdalouu. ' « Comme la hranche ne saurait porter de fruit d'elle-meme et « sails denieurcr altacbce au cep de la vigne je suis le cep et vons « etes les branches; vous ue pouyez rieu faire sans luoi. » ( Joan.^ XV, 4 et 5. ) ^ Chap, vni , pensee 12. ( 51 ) Volla toute la morale evangelique , du moins consl- deree dans sa source. Vous voyez qu'elle domine les afjes, les conditions, les diverses situations de la vie. Meltons-la seulement a Tcpreuve par rapport au point le plus dillicile a refjler dans le regime de la societe humaine. L'homme est libre par sa pensee ; il est de- pendant par la societe. Supprimez la liberte , l'homme descend au rang de la brute 5 suj)primez Tautorite , la societe est dissoute. Ccs deux puissances sont en conflit dans lemonde. La societe abandonnee aux elemens for- tuits de sa constitution on aux combinaisons laborieuses de I'esprit de riiomme , navigue peniblement en peril de dcspotisme ou d'anarchie 5 et trop souvent sans pouvoir eviter I'un ou Taulre de ces ecueils. Placons-la main- tenant sous la direction de la morale evangelique. Saint Paul a dit un mot admirable : Nolile fieri seivi honii- nwn, gardez- vous de vous faire lesesclavesdesliommes 5 et la raison qu'il en donne est celle-ci : car vous avez ete rachctes dun grand prix, enipti enim eslis pretio mngno ' . A'oila la dignite chrelicnne. Mais le meme apotre vous fait un devoir de conscience d'etre soumis a Tautorite sous quelque forme qu'elle soit constituee , parce qu'elle a ete etablie de Dieu meme pour le gou- vernement du monde ^. Rapprochez ces textes du pre- cepte emane du Legislateur : Celui qui est leplus grand parnii ^'o^« sera le serviteur cles aiitres. Et ailleurs : n Les maitres des nations les traitent avec empire , (( et ceux qui ont aulorite sur elles en sont appeles les « bienfaileurs. Qu'il n'ensoit pasde meme parmi vous. I Cor., vrr , 23. Rom., xm, 1 , 2, 5, (52) « Vos aiUem non sic; sed qui prcBCessor est fiat sicut ({ ministrnfor ' . » Aumoyen de ce concours mervellleux de la dignitc , de la subordination et dc la charite chrc- tiennes, la liberie est assuree dans sa mesure et I'auto- rite dans ses droits. Plus de froissement entre ces deux puissances rivales , dont Tune est le titre inalienable de I'etre intelligent , et I'autre le fondemcnt necessaire de la socicte oil il vit. Tout est concilie par TEvangile. « C'est Tocuvre de riiomnie d'enseigner la verite d'une maniere bornee et limitee : je veux dire de I'en- seiffner a force de lecons et de preceptes , et de la fairc entrer dans les esprits jusqu'a un certain point (hi persuasion et de conviction. » ^ Jesus-Christ s'y prend autrement pour etablir ses maximes. II n'argumente point, il dit d'autorite ce qui est, comrae il appartenait au souveraia arbitre de toutes choses. Le precepte est enveloppe sous une parabole qui frappe rimagination et se fixe dans la memoire-, ou c'est un trait vif et penetrant qui va droit au coeur. L'enseigneraent du Christ est populaire parce qu'il est universel , et qu'il s'adresse a Tignorant comme a la plus haute intelli- p^ence. Un autre caractere particulier a Fenseignement cvan9elique est qu'il git en fails et non point seule- ment en paroles. L'exemple, dans la morale, est un puissant mobile parce qu'il determine la volonte. II devait entrer dans les desseins de Dieu que celte mo- rale nouvelle qui deconcertait les penchans et les idees des hommes leur fut proposee en exempies, afin qu'ils reconnussent quelle leur etait accessible, a I'aide de oelui qui pent flechir les eoeurs et les iacliner a lui ' Math., xxiii, ii; et Luc, sxii, aS, 26, = BouiJiilouc. Sciaioi) sur la Peiitccute. ( 53 ) par sa vertu toute-puissante. Aussi rApoloPjisle remar- que-t-il que la doctrine du Nouveau Testament est mise en action par Ics personnages qui sont mis en scene. Ce sont les Aputres qui nous offrent le modcle d'un zeic brulant pour le service de Dieu , d'une cha' rite inepuisable pour les hommes; c'est cette creature angelique , modele des vierges et des meres , que vous retrouvez non sur le Thabor mais sur le Calvaire , non pres du Messie faisant son entree triompliante a Je- rusalem , mais au pied de la croix pour entrer en par- tage de ses humiliations et de ses soufFrances. Et avant tout , c'est le Maitre lui-meme qui se propose a ses dis- ciples et au monde , comme etant la i^-oie, la i^eiite et la i^ie dans son double caractere de Sauveur et d'ins- liluteur des hommes ' . Enfin la morale evangelique prend son efticacite dans la sanction des devoirs qu'elle impose a Fhomme : et c'est encore la qu'elle se montre a nous veritable et complete. Que I'esprit de Thomme se replie en cent facons pour donncr a la morale cette sanction necessaire , il n'a- boutira jamais qu'a regler I'exterieur par la craintc du cliatiment ou du blame. Mais qu'est-ce que cela? La force et I'opinion n'ont point de prise sur les pensees et les desirs; et meme en ce qui touclie les actes, ces deux ressorts a la disposition de riiomme sont le plus souvcnt frappes d'impuissance. La ci'oyance de I'im- mortalite de I'ame place une garde a la porte du coeur en vue de la justice de Dieu qui voit tout et qui ap- precie tout : discretor cogilationiuu cordis. ( Hehr.., ■ Ego sum via , vciitas et vita. ( Joan.j siv, 6, ) ( 54 ) c, IV.) line regie qui a son point d'appui dans la cons- cience est done la seule edicace. Or ce grand dogmederimmortalite, aiijourd'hnipopu- laire an sein de la societc chrctienne , est dans sa certitude et dans sa fixite I'oeuvrc de TEvangile. Le sage du paga- nisme, celui dont la parole et les exemples sont consideres comme le type de la force de la raison, Socrate, pret a mourir, parle de rimmortalite deFanie en homme qui la souhaite plutot qu'en homme qui la croit, et de I'anean- tissement en philosophe qui ne le redoute pas. On sent qu'au moment oil il s'ctForce de persuader ses amis, il ne pent se convaincre kil-meme. II meurt dans I'incertitude. Ses raisonnemens ne lui ont servi qu'a detourner de son esprit Timage de la mort et a tromper la nature dans ce moment supreme. Les Juifs incom- parablemcnt plus inslruits trouvaient ce dogme enonce dans leurs livres. L'Ecclesiaste et le prophcte Daniel y sont formels. Toutefois cette croyance etait loin d'etre universelle. Les Sadduceens , qui niaient la vie future et bornaient la justice de Dieu aux peines et aux re- compenses temporelles , etaient non seulement reeus dans la Synagogue, mais ils pouvaient etre eleves au sacerdoce. II etait reserve a celui que S. Paul appclle le pon- life des biens futurs, de fixer I'liumanite dans cette croyance fondamentale qui est le terme de tons ses en- seignemens, Et c'est dans TEvangile , il faut le dire , que nous trouvons la vraie, la solide demonstration de rimmortalite de notre etre , parce que celui qui nous declare immoHels est la venle. Le livre saint nous annonce en meme temps le jour solennel et final oil , scion I'expression de I'Apdtre , Vieu meUaiit a decouyeit le secret des cceiirs , I'/iomme (55) sera li\Tc au confliL de ses pensees , s' accusant cl se defendant entre elles, et Iroiwera son j)remier jiige dans sa conscience '. Puis le jugement de Dieu 5 puis Tetcr- nile couronnant le juste ou retombant de lout son poids sur le coupable. Verites sublimes et terribles, vous etouffez la pensee du mal dans Tame de celui qui vous considcre avec foi ! Telle est reconomie de la morale chretienne. Dans ses principcs, dans son autorite , dans sa sanction, tout en elle porte un caractere de simplicite et de grandeur , de force et d'utilite que Dieu seul peut im- primer a ses ceuvres. Nous avons explique la doctrine du Christianisme. L'homme est associe a la verite de Dieu par la foi j il est associe a la bonte de Dieu par la charile : la beautc de Dieu est le prix reserve a Tepreuve de cette vie mortelle. Mais la Relifiion nous associe a cette beaule supreme par Vcspeiance. Or Tespcrance s'eleve au ciel a Taide de la priere ; et la pricre , avec le sacrifice , est I'objet du culte. Nous allons done considerer la verite dc la Religion dans rexcellcnce du culte chrclien. Considere par rapport a Dieu , le culte est le plus §. Cuiie. saint des devoirs de la creature intelligente. Ne point honorer Dieu serait impicte ; Fhonorer d'une facon indigne de lui serait superstition. Considere par rapport a l'homme , le culte est I'expression de la croyance et le point d'appui de la morale. Toute croyance reli- gieuse sans pratiques est une croyance raorte. Enfin , dans ses rapports avec la societe , le culte d'un meme ' Rom. , II, i5, 16. ( ."'G ) Dieu est une source cVunion , de paix ct do Concorde entre les hommes. Tous les legislateurs de rantiquile I'ont send. Tons , sans exception , ont place les institulions de la palrie sous la proteclion du Ciel ; lis ont reuni les hommes aux memes autels dans une communaute de prieres et de sacrifices. La raison moderne s'ecarte de eette voie tracee 5 elle aspire a trouver en elle-nicme le princlpe et le lien de la societe huniaine. La civilisation du sieele tend a bannir I'idee de Dieu des formes cons- titulives de la societe: elle reduit le sentiment reli.'iieux a V liidLvldualisme ; les interets du pays formeront la nationalite . Et pourtant, comme on la dit avec verite, (c une idee commune entre les hommes vaut mieux « qu'une patrie commune. « II faut, au fond de toute ao;.orc.qfation d'honnnes , un sentiment commun : Dieu ote, quel scra-t-il? — La gloire nalionale? — Sans doute, la gloire, en exaltant I'orgueil humain, reunit les hommes dans un sentiment de preeminence. Mais cette fievre de Tame a ses intermittences et ses acces. La gloire d'allleurs est instable et sujette aux incons- tances do la fortune. Sera-ce Findustrie, le culte des arts, le travail? Je vois bien dans le travail vni lien de dependance entre les hommes : un principe d'u- nion? Nullement. Loin d'assoupir cette contention nafurelle qui nous divlse , il la stimule el la fomente. Et puis le travail se resout dans les besoins et dans les interets, csscntiellcment egoistes et mobiles. « La Religion chretienne , a dit M. de Montesquieu , « par retablissemcnt de la charite , par un culte pu- tt blic, par la participation aux memes sacremens, « semble deraander que tout s'unisse. » ' EtenelFet, > Esprit des Lois J liv. six, chap. sviu. ( 57) les rites du culte chreiien , symboles energiques de Tunion de I'ame a Dieu, sont en mcme temps des motifs touchans de lien et d'amour entre les hommes. Mais qnelqne venerable que soit cc culte par ce carac- tere qui lui est propre ; c'est particulierement dans les rapports qu il etablit de riiomme a Dieu que nous devons considerer son excellence, parce que c'est la oil nous trouvons une preuve nouvelle de la verite de la Religion qui nous I'impose. L'acte essentiel du culte est le sacrifice. Ainsi I'ont pratique tous les peuples de la terre. C'est une cliose bien frappante sans doutc que sans distinction de lieu , de temps, d'opinion ou de circonstances , I'liomme social ait cru qu'il vivait sous la main d'une puissance superieure qu'il fallait honorer par le sacrifice et fle- cbir par I'cxpiation ! Le dogme du salut par le sang se relrouve dans tous les usages et dans toutes les tra- ditions : ceremonie que la raison n'indique point et que le sentiment repousse. D'autre part , les nations les plus celcbres et les plus eclairees ont ele d'accord sur refficacitc merveilleuse du sacrifice volontaire de I'in- nocence qui se dcvoue ellc-mcme a la Divinite comme une victime propitiatoire. Des erreurs, des supersti- tions sans nombre , des crimes deplorables , lels que les sacrifices buraains, ont degrade chez tousles peu- ples Idolatres cette tradition universelle : mais vous y retrouvez le fond primitif et vrai d'une doctrine aussi ancienne que Tbumanite , qui est : la degradation de I'bomme, la necessite dune satisfaction et la reversi- bilite des merites. Voila, dans son type, le sacrifice du culte chretien. II est entrc dans les incompreliensi- bles desseins de I'amour tout-puissant de perpeluer jusqu'a la fin du monde le sacrifice oiTert matcrielle- (58 ) ment une scule fois pom' le salut du genre liumaln. Sacri- fice mystique et reel , acte lui-meme et commemora- tion Ju grand acte ; sacrifice conforrae a Tetat avance de la societe hmnaine et a Tadoration en esprit : acte sublime par lequel le Mcdiateur divin , a la fois pon- tife et viclime , perpctue chaque jour et en tout lieu le ffrand oeuvre du salut des hommes. La grandeur et la perfection du culte chretien se montrent egalement dans la priere. Une religion qui pose en principe que la Providence de Dieu regie tout et que I'homme ne peut rien sans le secours de la grace du Tout-Puissant ; cette religion , pour conformer son operation a sa doctrine, devait etablir une communi- cation liabituelle de Thomme a Dieu : aussi la priere est-elle Tessence du culte cbretien. Lorsqu'elle est I'expression des besoins intimes de I'ame , ou qu'elle expose a Dieu ces miscres secretes dont elle implore la delivrance ou le remede, la priere est mysterieuse. Comme la pudeur, elle se couvre dun voile ; elle de- robe aux hommes ce qui n'est que pour le ciel. Mais lorsque le peuple reuni dans le temple foil eclater ses gcmissemens ou ses actions de graces par un concert general , il font alors d'autres accens pour repondre a I'elan des ames. La priere emprunte les accens sublimes des anciens prophetes 5 leurs chants immortels comme Tesprit qui les dicta rcsonnent dans I'univers chretien ; notre culte celebre avec le prophete-roi les merveilles do la creation ou les mcrvciUes du Mcssie dans des chants inspires pour lui mille ans avant son avenement sur la terre. Les sacremens sont les signes exterieurs et sensibles d'un efTet inlerieur et splriluel que Dieu opcre dans Tame dc riiomme. Laissons parler Goethe scion son (59) sjsthne religieux. « lis sont , dit-11 , ce que la Religion « a de plus haut , parce qu'ils offrent les symboles vi- ce sibles de I'amour et des graces extraordinaires de « Dieu. Dans le culte catholique, un ccrcle de cere- « monies sainfes , dont la beautc surpasse toute autre u beaute , unit etroiteinent , quelque eloignes qu'ils « soient Tun de I'autre , Ic berccau et la tonibe du (( cbretien. » Considercz d'un refjard eleve ces cere- monies du culte, vous y decouvrirez Ics vues d'une admirable sagesse pour pioduire ou conserver dans I'etre intelligent et moral la purete du coeur qui est le litre de son excellence. Parmi les sacremens , les uns impriment a I'liomme un caractere indelebile et ne devaient pas etre rcnou- veles ; ceux qui ont ete institues comme le remede a sa faiblesse et la source du secours divin sont sans cesse accessibles a Tame cbrelicnne. Porte au bien par ses principes , entraine vers le mal par ses pencbans , riiomme flotte entre la vertu qui I'attire et le vice qui le scduit. Plus souvcnt faible que fort , il tombe ; la Keligion le releve. Elle a institue la penitence pour fermer et gucrir les plaies de son ame. Dans une reli- gion d'amour qui ne demande au pecbeur repentant que la conversion du coeur , il ne devait point y avoir de crime inexpiable. II ne fallait pas non plus que I'espoir du pardon vint a favoriser I'entrainement des passions ou la moUesse des moeurs. La Religion , dans sa sagesse, y a pourvu. « Quoiqu'ellc donne des craintcs et des es- u perances a tons , elle fait assez sentir que s'il n'y a (c point de crime qui , par sa nature , soit inexpiable , « toute une vie peut I'etre ; qu'il serait tres-dangereux « de tourmenter sans cesse la misericorde par de nou- « veaux crimes et de nouvelles expiations 5 qu'inquiets (60) « sur Ics anclennes dettes , jamais quittes cnvers le Sei- « gneur , nous devons craindre d'en contracter de nou- « velles , de combler la inesiire et d'allcr jusqu'au (I ternie oii la bonte paternelle finil. « C'est M. de Montesquieu qui rend ce tenioignage a la sajje disci- pline du culte Chretien ' . L'Eucharistie , conununion du Fidele an sacrifice , impose a I'ame qui s'unil au Dieu de saintete , Toblif^ation d'etre sainle elle-meme. c( Vous vous etonnez, dit un ancicn philosophe , que « rhommes'elcvea Dieu 5 c'est Dieu lui-niemc qui vient « a rhomme; bien plus qui descend dans riioninie. Un « Dieu (quel est-il? je Tignore), un Dieu habile au « fond du coeur de tout homme vertueux ^. » Plus d'un grand esprit de fantiquite a eu, comme on le voit , le pressentiment de I'union intime de Dieu a sa creature, du mystere de I'amour infnii ; ce qu'un bel instinct de la philosophic faisait entrevoir a travers un nuage a quelques ames privilegiees , la Religion I'expose a de- couvert au plus vulgaire d'entre les chreliens , dont le coeur est docile a la Foi. Toutcs les nations du monde ont honore les morts par des homniagcs funcbrcs : protestation eclatante de I'humanite eontre le neant. Mais partout cet autre ins- tinct , aussi touchant que vrai , est fletri par le senti- ment de son inutilite. line inscription gravee sur un tombeau , un arbre plante prcs du monunicnl , ail- leurs une ceremonie commemorative du respect aux ancetrcs : voila tout ce qui reste enlre les survivans et ' Esprit des Lois, liv. xxiv , chap. xiii. ^ Miraris homines ad Decs iie^ Deus ad homines venit ; imo quod proprius est in homines vcnil. In unoquoque virorum bonorum (quis Deus, iuccrluin est) habitat Deus. {Sen. Eplst. xli.) (61 ) CCS morts qu'ils ont aimes ! Le culte de I'espcrance atli'esse a Dicu celle priere : Souvenez-vous , Seigneur, de ceux qui nous ont precedes avec le signe de la foi el qui donnent du somitieil de pci'X * . Cost qu'au-des- sus d'une cendre insensible que la lerre recouvre , le culte Chretien nous rappelle une arae immortelle a sou- lager par la priere, ou un ami de Dieu qui intercede en notre faveur. Ainsi ce culte fonde une sociute eter- nelle et sainte qui embrasse I'liumanite entiere sur la terre et dans le ciel. Ainsi le lien de la charlte , tissu par la Religion , s'etend au-dela du tombeau pour abou- tir au sein de Dicu , source de lumicre et d'amour. Tout culte suppose un sacerdoce ; et ce n'est pas sans raison que le publiciste celebre dont je me plais a re- produire ici le tcmoignage, a dit que les peuples qui n'oJit point de pretres sont ordinairemenL barbares ^ ; car cet etat de choses annonce ou I'oubli de la Divinite , ou la grossierete du culte qui lui est ofTert. Dans les re- ligions d'institution humaine , le sacerdoce est le privi- lege d'une caste ou I'attribut d'une dignite. Indepen- damment de toute vue politique, les fondateurs de ces religions ont cru sans doute honorer la Divinite en de- clarant le commun des horames inhabile a communiquer avec elle. Nous voyons meme que sous I'ancienne loi , le vrai Dieu , dans les desseins de sa providence sur son peuple, s"'etait consacre une famille reservee aux fonc- tions du sacrifice, aux soins du culte. Jesus-Christ, en choisissant ses Apotres parmi les derniers et les plus petils, marquait par la que I'election de sa grace et les ' Pricres de la Mcsse. ( Miinioire des Marts. ) ^ Esprit des Lois , liv. xxv, chap. ly. (62) dispositions du coeur etaienl les veritablcs litres a I'exer- cice du saint niinistere. Dans le culte clirclicn , tout Fidele, menihre de Jesus-Christ, pent dcvcnir prctre du Dieu vivant ; et tout prctre arrivcr aux dignites Ics plus elevees du sacerdoce. Sous la loi de grace et d'a- mour, le zele, la science et la vertu devaient ctre les seules conditions rcquises pour corrigcr , inslruirc et sanctifier les honimes. Selon rinstitution du culte catholique , le prctre degage des affaires et des sollicitudes du siccle , voue a la virginite des sens qui maintient la purele du coeur et la vigueur de I'esprit , est consacre dans toutes les fa- cultes de son etre au service de Dieu el des hommes. Minislre du culte de Dieu dans la celebration du sa- crifice, il est vis-a-vis des hommes Tinsligateur de la vertu par les sacremens qu'il administre, et le pro- pagateur de la verite par la transmission de I'cnsei- gnement. Considerez a I'oeuvre le prctre cliretien , non pas dans ces hommes d'elite de la Providence : Vincent de Paul ou Francois de Sales : regardez plus has , diri- gez vos yeux vers la terre ; le simple pasteur du village, s'il est fidele a sa vocation , est un sage pres duquel palit et s'efface toute la sagesse antique. Pourquoi , di- rez-vous? — Parcc qu'il fait le bien partout oii il passe, parce qu'il le fait chaque jour, parce qu'il le fait sans eclat , parce qu'il le fait , je ne dirai pas sans orgueil , mais dans la pensee qu'il est redevable envers les hommes lorsqu'il a epuise pour eux toutes les ressources de la charite. Mais c'est dans la mission de conserver le depot de la vorile et de la propager parmi les hommes qu'il faut admirer surtout I'economie du sacerdoce , la constitu- ( 63 ) tion de TEglise. Depuis celui qui est le premier, parce qu'il tient la niaitresse hranche qui in flue sur le tout ( Pascal) , jusqu'au plus humble pasteur •, I'autorile de renseitjnement distribuee selon la liieiarcble se ramifie partout pour arriver a toules les intelligences. Afin de perpetuer la tradition dans son exactitude et I'enseigne- nient dans sa pui'ete, il fallait uneautorite perraanente, visible et souveraine. « II faut une autorite qui arrete <( nos etcrnclles contradictions, qui determine nos in- <( certitudes, condamne nos erreurs et nos ignorances : « autrement la presomption et I'esprit de contradiction « ne laisseront rien d'entier parmi les hommes ' . « Douze siecles avant le dernier des Peres de lEglise , Saint Augustin avait dit : « On la providence de Dieu ne « preside pas au.v clioses bumaines , alors il est inutile « de s'occuper de la Religion ; ou elle y preside , et « alors il ne faut pas desesperer que Dieu n'ait etabli (c lui-meme une autorite qui nous soit un cbemin sur « pour nous elever jusqu'a lui ^. » Comment la veritc a-t-elle subsiste en effet? Pascal vous repond : « Ou ec tautorlte ^ . Elle est souveraine. Mais qu'arrive-t-il ? Elle s'eblouit dans son triomphe. La solution des questions morales lui ecbappe , et elle le confesse. Elle cliercbe , dit- elle; mais cbercher, c'est ignorer, de meme que croire est savoir ; la lumicre morale est eteinte. La pensee sociale , alors sans ])hare et sans .fjuides , erre a I'aven- ture dans le champ des illusions. Conteniptrice du passe dont rintelligence lui ecbappe , desenebantee du temps present quelle a fletri , elle s'eprend dun enjjouement fantastique pour un avenir inconnu. Cette cbimere de- vient Talimcnt dc Tactivite incessante de I'esprit bu- niain et Tunique Ibi des intellifjcnces e^arees. Cepen- dant le mouvement materiel de la societe suit son cours. Les inventions des borames qui vont en avancant de siecle en siecle , comme le dit Pascal , occupent et M. Cousin. Cours d'hisloire de la rhilosophie. (68 ) fascinent les esnrits. Ceux qui confondenl les connais- sances avec les luniieres s'y trompent; les hommcs jouisscnt , et ils ne s'apercoivent p:is que les lumieres nianquenl. Ce n'est qu'au moment oil le vaisseau craque de toulcs parts que les passafjers reconnaisseut qu'il naviguait sans boussole. Le mal serail-il sans reraede? Qu'on nous pcrmette une reflexion. C'est, avons-nous dit , une infirmile de notre esprit d'amoindrir a nos yeux les fails anciens et de leur oler sans molil's leur poids et leur valeur : c'est en meme temps une pretention de notre orgueil d'imposer a Tavenir les solutions de notre raison comme si elles etaient definitives. Mais la posterite le plus souvent ne ticnt compte de ces arrets presomptueux. Le rationalisme moderne qui se flatte d'en avoir fini avec Tautorite ne sera peut-etre , aux yeux de la gene- ration qui nous presse , qu'une triste aberration de Fesprit huraain : de meme que le protestantisme , qui s'ctait flatte d'en avoir fini avec I'Eglise , et qui , apres avoir rompu avec I'unite , s'est rompu lui-meme en tant do morceaux ' , n'est deja plus dans Tliistoire de rEglise ([u'une longue heresie qui s'eteint dans le neant de toute doctrine. La lumiere du Chrislianisme ne doit point perir. Le flamlieau de la Foi ne s'eteint pas ^ Dieu le transporte. « II passe a des climals plus lieu- « reux, s'ecrie Bossuet; malheur a qui le perd de « vue I mais la lumiere va son train et le soleil acheve « sa course, w ^ Pourquoi ces paroles de malediction retomberaient-elles surune societeoiilafoi clu'elienne a ' Bossuet. Discours sui' runitc de I'Eglise. " Meme Discours. (G9 ) brille tl'im si vif eclat? L'clincelle de vie luit encore, et la Providence veille pour le raniraer au lemps que ses conseils ont marque ! 2° Le Chrislianisme place I'lwinme el la societe dans la vow chi honheur. Le Christianismc ne promet point a ses sectateurs une felicile presente. Loin de la, il nous montre aillcurs le terme et la possession de ce bonheur auquel nous aspirons tons ; et ses enseigne- mens nous font considerer comme des obstacles a y arriver les biens que notre coeur poursuit avec toute I'ardeur de ses desirs. Ne semblerait-il pas que cetle doctrine dut condamner ceux qui la suivent a e(re miserables dans cette vie qu'elle declare etre un pas- sage, uneepreuve? II en est autrement. « La Religion « cbrelienne , qui ne semble avoir d'autre objet que la « felicile de I'autre vie , (liit encore notre bonheur « dans celle-ci. » Cette vue juste etonnait le pliilosopbe qui Fexprimait dans ces paroles. Chose admirable I s'e- crlc-t-il ' . Avant lui Pascal avait dit : nid nest heu- reux comme un vi'ai cliretien. Celui-la scul est beureux en effet qui vit en paix avec lui-meme et satisfait de son etat. La Religion pacific Tesprit de Thomme en lui otant les inquietudes qui I'ag^tent dans la recherclic de la vcrite; elle pacifie son coeur en le degageant des desirs qui le tourmentent dans la recherche de son repos. Voila le secret de la Religion chretienne , et elle I'enseigne a ceux qui la pratiquent. N'insistons pas sur une verite dont Texperience est facile et frappera tous les yeux attentifs. C'est dans ce que reconomie sociale ' Esprit des Lois, liv. xxiv , chap. iii. ( '0) a d'lnllme qu'il nous faut si^^nalcr rinflucnce du Chris- tianisme. II est une condition de la societe humaine qui est le piincipe de Tagilation secrete on declaree qui la tra- vailie : je vcux parler de rinofjalite sociale. La sa- gcsse du siecle s'ingenie de toutes ses rcssources contre cette condition necessaire; il y a dans cette lutte un effort louable et une obstination vaine et dangereuse. Que I'inegalite sociale soil tenipcree , adoucie dans ses asperites : tel est le but legitime de la civilisation , le resultat desirable du progres. Qu'elle soil jamais effa- cee : c'est le rcve de I'orgueil ou d'unc pliilantropie fausse , dont la poursuite nc peut enfanler que desor- dres et mine. Les hommcs out etabli I'egalite civile, puis I'egalite politique ; et le Chrislianisme lui-meme les a mis dans cette voie : mais quand ils appellent I'egalite du bien-e(rc dans une societe-niche materia- lisee sous le niveau de I'induslrie , le Cbristianisme les abandonne, parce qu'il n'a pas ete donne au monde pour changer la nature des choses. La Providence de Dieu a distribue en lots inegaux la force, la sante, rinlelligencc-, de la Tincgalite naturelle entre les hommcs dans I'aplitude a acqucrir, a conserver, a jouir : I'association humaine presentera done jusqu'a la fin des maitres et des serviteurs , des pauvres et des riches, des heureux dans le siecle et des infortunes. La loi civile maintient et reprime dans Tin cret de celul qui posscde : tel est son ollice. Elle est juste et complete du moment oil elle laisse I'acccs libre au tra- vail et a la perseverance. Mais au point ou son in- fluence cesse , celui de la loi de charite commence. Cette loi declare au riche qu'il n'est que Teconome et Ic distributcur des biens qu'il posscde 5 elle apprend eu ( 71 ) meme temps au pauvre a respecter I'ordre de la Pro- vidence. Supposez-la dominant dans les coeurs, « elle « suffira pour rejjler toute la republique chretienne « niieux que toutes les lois politiques , comme la dit u Pascal. » ' L'ordre et la palx seront fixes sur la terre. Partout ou elle a seulement ctabli ses maximes et ses exemples , et oh elle a dure : quoi qu'aient pu faire les niauvaises passions , les mauvaises doctrines , les perturbations violentes que celles-ci suscitent ; la loi de charite a crt'e un fond de moeurs jusqu'a present superieur a ces elemens de division et de mine , qui a rendu le riche plus compatissant , la pauvrele plus resignee , le commandement plus doux et plus humain , la dependance plus patiente et plus calme, la prosperite moins orgueilleuse , I'infortune moins desesperee. Voila ce que le Cbristianisme a fait pour adoucir les frottemens de I'inegalitc sociale ; mais ne demandons pas a cette loi sainte ce qu'elle ne nous a point promis. Des homines qui font profession de Cbristianisme , frappes du spectacle inevitable des maux qui alTligent riiumanite , et secretement revoltes contre la loi de la Providence , imaginent et attendcnt une nouvelle initiation de i'esprit revelateur qui viendrait perfcc- lionner le train de ce monde pour le bonbeur ct I'ame- lioration des bommes! Ces nouveaux sectateurs du Cbrist se montrent peu soucieux de I'integrite de la foi. Dans leur zele pour une felicite terrestre , ils met tent en oubli les beatitudes enseignees par le Legis- lateur lui-meme et les lecons de I'Apotre : nam et qui sumus in hoc tabernacido , peregnnaniuv *. Tout a ele ' Pensees, chap, ix , penst'e 4- > II Cor., V. ( ^2) dit par celui qui est le premier el le uernicr *•, et c'est rejcler sa docti'ine que de recuser la plenitude ou Tef- ficacite de sa parole. Si Ton se fait le disciple d'une pliilosophie purement humaine, on pent donner car- riere a son imaq;lnation et carcsser rilliision de sa pensee •, si Ton se dit chreticn , il ne faut pas rever un autre Christianisme que celui de Jesus-Christ et Saint Paul. 3" La Religion chretienne , convenahle a I'lmii'er- salite des peuples , a la perpeUiite dans sa duree. Un homme , dont les hautes et puissantcs faculles s'eten- daient a tout, se trouvant dechu, malheureux, isole, eut la pensee de considerer en elle-meme , et par rap- port a lui-meme , la religion qui jusqu'alors n'avait ete dans sa main qu'un instrument politique. Si une Reli- gion, disait-il, avail existe d(is le commencemenl du uionde , je la croirais veritable ^. Saint Augustin , Pas- cal et Bossuet ont exprime la meme pensee que cet homme. Comme lui, ils ont dit que la perpetuite de- vait etre la marque d'une religion veritable ; mais niieux instruits de la verile historique et des traditions du genre huraain , ils ont vu que la Religion chre- tienne avait cette marque, et que seule elle la posse- dait a I'exclusion des aulres. Toute croyance religieuse, dont on peut dire qu'elle n'existait pas dans un temps marque , Ji'esl j>ns de Dieu, comme parle Bossuet. Car si Dieu a cree le .genre humain , on doit penser qu'il n'a jamais dedaigne de lui enscigner le moyen de le servir et de lui plaire. L'erreur en religion a un commencement qui la si- ' Ego sum primus et novissitniis. (^.4poc., i, 17.) » Memorial de Stc. Ilclene. ( 73 ) gnalc. « C'est le faible inevitable de toutes les secies « que les hommes ont etablles ; nul ne peut changer «( les siccles passes ni se donner des predecesseurs. » ^ Aussi la force de la Religion chretienne est-elle dans la perpeluite de sa foi. La croyance en un Mediateur du salut , reparateur de la nature dechue , a ete fondee dans I'esprit de rhomme par Dieu lui-meme aux premiers jours du monde. L'arret rendu par le juge irrite contre le couple coupable est tempore dans sa rigueur par la promesse; et c'est dans la scene premiere de Thistoire du genre humain que le dogme de la Religion s'etablit. Cette croyance subsiste dans la religion des patriar- cbes qui se la iransmettent comnie un depot pi'ecieux confie a la memoire des hommes. On la retrouve au fond des traditions de tous les peuples. EUe est Tame de la religion des Juifs. Le peuple juif , considere dans la forme iheocratique de son gouvernement , dans les principaux evenemens de son histoire, dans les traits qui caracterisent ses prands hommes , est rimasre sensible de Jesus-Christ et de son Eglise. L'explicalion des lois rituelles de ce peuple, comme d'un plan de discipline dispose par la Pro- vidence pour conduire Tesprit ala verite par le moyendes figures, est la seule qui donne a ces ceremonies un eclat solide , une veritable grandeur , un type qui re- ponde a leur origine et qui puisse meme en justifier sur certains points la prescription et I'observance. L'au- leur a developpe cette interpretation typique dans un chapifre plein de science et de force. Ainsi , soit dans I'attente de raccomplissement de la ' Discours sur I'llistoirc uniyersclle. (74) promcsse , soil depuis I'avcncment du Messie , la foi religieuse en un reparateur de la nature decline a toujours subsiste sur la lerre. De meme que I'aslre du jour fait poindre a I'aurore ses premiers rayons, decouvre peu a peu son disque , et poursuivant sa car- riere, illumine d'une clarte croissanle les champs azures duciel,- ainsi la revelation de Dicu augmenle de plenitude et de lumiei'e en suivant les phases pro- gressives de la societe humaine. Patriarcale et domcs- tique dans les premieres families du genre humaiii , nationale chez les Juifs, universelle avecleschretiens, la vraie Religion successivement developpee, mais toujours la meme dans son type , est , des I'origine et dans toute la suite des temps , connue , crue et pratiquee parmi les liommcs. Que cclte Religion , dans la forme de perfection que le Christ lui a donnee , convienne a Tuniversalite des peuplcs : cela se sent par les principes de I'Evangile. Tous les legislateurs du monde ont travaille pour des localites ; Jesus-Christ , avec sa loi morale reduite a la charite, a embrasse dans sa doctrine tous les hommes. Celte doctrine a sa racine au fond du coeur; elle a ce caractere qui lui est propre de repondre a tous les besoins, de sympathiser avec toutes les verites, d'etre le remede a toutes les erreurs. Elle domine ainsi les moeurs, les inclinations, lesclimats, toutes les causes accidentelles ou naturelles qui varient les formes exte- rieures de la societe humaine. Et puis, n'cst-ce pas le Dieu du genre humain , que cclui que vous pouvez honorer a la fois dans I'autorite du chef de famille , dans celle du prince , dans celle du pontife , dans la personne enfin de riiomme qui soulFre et qui sert j car c'est ainsi qu'il I'a declare lui-nicme? ( 75 ) La Religion chretienne a subsiste tonjours et sans interruption clans son tyjDe 5 en son etat de perfection , elle est la seule qui soil convenable a Tuniversalite des peuples : quelle marque plus sensible que celle-la pourrait-onvous donner de sa grandeur et de sa verite? Vous avez vu les preuves du Christian isme eclater an dehors dans sa suite et dans son etablisseinent. EUes brillent de la meme lumiere , considerees dans son dogme , dans sa morale , dans son culte , dans toute son economie. Nous arrivons a conclure que le Chris- tianisme est divln dans son origine et ses progres ; qu'il est divin dans les remedes qu'il apporte a nos maux , dans les secours qu'il offre a notre faiblesse , dans les motifs qu'il fournit a nos espcrances; qu'il est divin dans son caractere universel et dans sa per- peluelle duree. Le but de I'Apologiste est atteint. Quelques personnes aflccteront peut-etre de dire : Opportunity ds Qu'etall-il besoin d'un nouvel Apologetique? Les preu- "^"s«- vcs du Christianismc ont ele deduites par les plus grands esprils ; le tableau de ses bienfaits a ete retrace par les plumes les plus eloqucntes; ce livre ne ren- ferme rien qui ne soit connvi. — De courtes reflexions en I'eponse a cette critique , et nous terminons. Sans doute il serait dillicile aujourd'hui de parler de la suite de la Religion sans rencontrer Bossuet , des preuves de la Religion sans rencontrer Pascal ; de ses bienfaits , de son influence , de son utllite sans rappeler a la meraoire du lecteur instruit cent ecrivains plus ou moins celebres, et avant lous, celui qui, au com- mencement du siecle, a marque, de I'empreinte de son genie , ce point de vue particulier du Cbrislia- nisnie : mais n'est-ce done rien que d'avoir reuni dans C 76 ) tin meme cadre tous ces points de vue divers, et d'of- frir dans un seul ouvrage a rhomme qui vcut s'ins- truire une inslrviction complete? Considcrez d'ailleurs que pour exposer les pieiives de la Rel'gioii, il n'y avait pas deux voics a prendre. Le ("ond de cet immor- tel canevas est invariable , puisqu'il repose sur des faits accomplis et sur Tobservation de la nature hu- maine qui ne change pas. Serait-ce a dire que ces preuves out du perdre de leur autorite parce qu'elles sont anciennes? Que la mise en oeuvre soit chaleureuse et vraie ; qu'elle soit en rapport avec le cours dcs idees que le temps amene successivement dans la societe ; et un tel ouvrage rempli de la science de Dieu et de celle de nous-memes sera toujours le plus digne d'inleret que Ton puisse offrir a la meditation des hommes. J'admets encore , et pour moi c'est I'expression d'un sentiment fonde sur une predilection ancienne; j'ad- mets qu'un esprit serieux et meditatilqui aura lu Pascal et I'aura bien lu , peut ferraer tous Ics livres en ce qui louche les preuves. L'idee lumineuse et fcconde que ce puissant genie a fait jaillir de Tobservation psvcholo- gique domine la matiere et la conclut pour un esprit penetrant. 3Iais est-ce le plus grand nombre des esprits qui sachent exprimer dun principe ou d'une vue les dernieres consequences , qui piiisscnt se balir une conviction pleine et forte sur le fond d'une idee.'' La plupart dcs hommes demande une nourriture moins substanliellc ct plus abondanlc. Ouiez le vrai a Icur attention sous toules ses faces; donnez prise a leur in- telligence par tous ses moyens; d'une maniere ou d'une autre ils arriveront a vous. Ges efforts de pensee , comme ces coups de providence , qui ont ramene quelques hommes a la foi , seront toujours des exceptions. Le ( 77 ) grand nombre doit aller a la verite par les voies or- dinaires de I'instruction : qu'elle soit done d'un acces facile et populaire. Le Christianisme, ai-je dit , est mal connu en ee siecle de preoccupations materielles. II exerce a la verite To- pinion dans la region des esprits speculatifs ; niais chez les gens d'etudes eux-memes , combien ici le faux savoir n'est-il pas ordinaire , quoique sans excuse dans une niaticre aussi grave ! lis jugent de la Religion comme d'une institution arrivee en son temps dans la succes- sion des phases de la societe , tandis que se rattachant dans son type au berceau du genre humain, elle les precede et les domine. De la ce systeme eclectique d'une classe d'incredulcs au dogme et a TEglise, qui, touches de I'utilite du principe chretien et dela dilliculte de le remplacer jamais , voudraient plier la Religion eomnie un instrument flexible a ce qu'ils appellent les exi- gences du siecle ' . lis croient le Christianisme sujet au ' II pent etre cui-ieux de presenter ici le rapprochement ties viics d'un pliilosophe et de I'eusfignemeul d'un Evcque. « Ne viendra-t-il " pas une autre epoque oil une croyance iiouvelle , fdle et luritiere " du Christianisme, eii reproduira les dognies, mais sous des formes « qui conviendrout raieux que les prcccdcutes, a la nianiere doiit lout « le monde voit aujourd'hui les clioses^ » ( IVI. Damiron. Essai sur I'/iistoire de la Philosophic en France au xix" siecle. ) « Cousidcrez " comment se sout formes les arts, les sciences , les divers systeraes, « tons CCS fruits du genie que nous admirons et dont notre raisou « s'enorgueillit. Tous se sont ctaMis successivenieut et )iar parties. n Hue generation pose les premieres idees qu'une suite de siecles « vient feconder, developper et eteudre. Aiusi s'avauceni a pas leiits CI les ouvrages des lionimcs vers le degre de perfection qu'il leur est §''• in.-^° •> pp. 237-260, et pp. 261-283. (3) Philotesie,\aot derive dep/iilotes, signifie Jitteralement amitie , amour. C'est le terme que, peu apres Homere , les Grecs ont cree pour exprimer la coutume qui s'^tait etablie entre amis de se porter alternativeuient des sanies, afiu de (83) usage de howe a la sante , depuis les temps les plus re- cules jusqu a nos jours. Ce sujet tient a Thistoire des nioeurs et usafjes chez les differens peuples anciens et modernes. II nous a semble que, vu le but de son insti- tution et les faitsqui s'y rattachent, il pouvait , majp-re la fulilile apparente de son tilre , n'etre pas tout-a-fait indigne des regards de rAcademie; c'est ce qui nous a enhardi a lui en faire hommage. La Philotilsie , tenant aux plaisirs de la table , c'est- a-dire au repas qui en est la base, et au vin qui en est Tame, nous croyons devoir preluder par un mot sur les rcpas en general et sur le vin en particulier : ce preli- uiinaire nous semble se lier essentiellement a notre objet. On ne pent guere disconvenir que dans I'histoire des mosurs d'un peuple, la partie des repas ne doive tenir une place distinguee, non , comme le dit un Anglais, parce que manger est une action dont les individus de toutes les nations de la terre s'occupent trois cent soixante cinq fois par an •, mais parce que c'est-la que Ton decouvre avec le plus de verile le trait caracteristique de la societe , son elat moral , les progrcs de sa civilisa- tion , de son luxe , de son gout pour tout ce qui tient aux aisances et aux apremens de la vie. (J L'bomme ne se borne pas , comme les animaux , a satisfaire isolement et gloulonnement le besoin impe- rieux de la I'aim : sa raison , I'interet de sa sante , son etat de sociabilite, tout lui a prescrit d'agir en cela metho- diquement , c'est-a-dirc de porter son choix sur les ali- mens a peu pres quotidicns les plus propres a I'entretien s'excller a boiredans les fesiins. lis Aisx^ent pro-pine in phi- lotesias , comme nous disons boire dt's sanies, et les An- glais porter des toasts. ( 84 ) de sa sanle et an developpement de ses forces ; de satis- fairc son appelll a des heures reglees , et ciifiii d'y ajoutcr Ic plaisir si doux d'en foire un point de reunion soit pour la famllle d'abord, et ensuite pour des amis. Oui, c'est un des liens les plus precieux de la societe. II senib'e , comme le dit un Ancien , que dans un repas les convives ne f'ornient qu'un corps ct n'ont qu'une sculc vie. Toutcs les nations, tons les peuples, tons les hommes, sauvages ou polices, ont regarde la societe conviviale , comme la plus agreable des reunions ; le repas forme une espcce de fete et compose pour ainsi dire une fliraille de tons ceux qu'il rassemble; il fait disparaitre , sans manquer aux eP"ards, toutes les distinctions d'institutions et de prcjuge; il fortifie et developpe ce penchant que les hommes ont a se regarder comme freres. C'est-la quMls sont dans leur etat naturel, qu'ils sentent leur egalite; c'est-la qn'ils oublient leurs maux , que les haines s'etei- gnent , que les inlmities cessent , que I'amitie se resserre davantage ; et voila pourquoi le sage Aristote regardait comme contraire a la sociabilite la coutume des Egyptiens qui mangeaient scparement , n'ayant jamais de repas communs, et qu'il loue au contraire Minos et Lycurgue d'avoir etabli des repas de confraternite. Passons au vin. Chez les Anciens comme chez les Modernes , le via a toujours ele considere comme I'ame du feslin ct y a loujours tenu Tun des premiers rangs. La raison en est toute simple; celtc antique liqueur, dont la nature bien- faisante gratifie periodiquement le genre humain (i), (i) L'imaginalion des Arabes ne le cede en rien aux fo- Ijes rabbinlques, quand il est question de I'orlgine dcsclioses. Yoiciceque rauteui* AliDede nousraconte, dans son Traitd ( 85 ) n'a pas la scule propi'iete d'etancher la soif comme son insipide compagne 5 elle reveille I'esprit , electrise rimagination, dispose a la gaietc , a la franchise, aux sentimens genereux, Aussi a-t-elle recu dans tons les siecles un tribut d'eloges unanimes, equi- valant a line espece dc culte ; et elle pevit se flatter de n'avoir pas trouve un seul ingrat , pas memc un indiffe- rent parmi ceux qui ont eu part a ses faveurs, depuis le roi jusqu'au berger , depuis Anacreon jusqu'a Pannard. Si les Romains , a leur berceau , se sont montres si austeres a son egard (1) , ils s'en sont bien dedomniages aussitot que leurs conquetes leur ont perniis de mettre le des origines des Arahes , Persans etTurcs, sur la decou- verle du vin par Noe. « La premiere defense du vin fiit celle que fit Noe ; il « avail plante la vigne, tronipe par Satan qui lui conseilla « de I'arroser du sang de sept animaux, savoir : du lion, de « I'ours, de I'hyene, du cliien , du renard , du cliacal et « du coq. Dt'S-lors, les raisins qui jusqu'alors n'avaient eu « qu'une couleur, enrevelirent plusieurs,el leur sue trans- « porta dans PiA'resse les vices de ces sept animaux. C'est « pourquoi I'inteniperance a ete nonimee la mere des mau- « vaises actions, (^Oum ol Khabaitl). » II faut cependant convenir que cette allegorie a quelque cliose d'ingenieux pour caracteriser les suites funestes de I'ivresse. ( Voy. I'analyse des Origines d'Ali Dede , par M. Joseph de Hammer. ) (1 ) Sous les rois , la loi defendalt le vin aux esclaves , anx femmes libres et aux adolescens jusqu'a 3o ans. Une dame ayant force le tiroir ou son mari serrait la cle du vin , fut condamnoe a mourir de faim. Mecennius tua sa femme pour avoir bu duvin, il fut absous ; etc., etc. (Athen.) ^ 8G ) pied dans Ics vignes et dans les celllers de leiirs voisins. Bieutot ils ont su non-seulenicnl id mis ndjimgcre vitcs sur leur proprc tcrritoirc , niais memc soullrer tout ce que la Grecc, I'Egypte et la Gaule produisaient de meil- leur et de plus delicat dans ce genre. Cette petite apologetique du repas et du vin nousamenc naturellement a la particulariie qui fait aujourd'luii I'objet de nos reeherchcs , c'est-a-dire a la Philotesie , usage qui , jadis plus qu'aujourd'hui , n'ctait pas un des moindres agremens de la table, puisqu'il lient a cet esprit d'union et de bienveillance qui anime ordinaire- nient les convives les uns envers les autres. Cet usage de boire a la sante (i), n'a pas pris naissance chez les peuplcs modernes-, il remontcu des temps Ires reculcs : (i) Voltaire, dans son Dictlonnaire philosophiquc , dit : « D'oii vient cette coulnnie? Est-ce depuls le temps qu'on « bolt? II parait naturel qu'on boive du vIn pour sa propre « sante , mais non pas pour la sante d'un autre. » Cette ob- servation ne semble-t-elle pas un peu minutieuse et menie singuliere? Quel est riionune assez borne pour croire que le vin qu'il boit puisse etre utile a la sante d'un autre? Non, il salt fort bien qu'il exprinie seiileuient un voeu pour que la sante de cet autre continue a etre dans un etat de prosperife. Voltaire ajoute : « Le propino des Grecs , adresse par les « Roniains, ne signifiait pas, je bois pour que vous vous « portiez bien, niaisje bois avant vous pour que vous bu- « viez , je vous invite a boire. y> II nous senible encore que Voltaire ici restreint trop le sens du mot propino. 11 signifie bien litleralement, je bois le premier, mais ij est presumable qu'il etait accompagne d'un voeu tacite pour le bii^n-etre (\(i celui a qui il etait adresse, et duquel on exigcall une reci- procite eu i'iuvitant a boire k sou tour. (87) non-seulemenl 11 etait connu des Anciens , niais il se praliquait chez eux avcc bcaucoup plus de solennile que chez nos aieux et chez nous. Parlous d'abord des Auciens , nous passerons ensuite au moyen age , puis nous arriverons aux temps modcrnes. Quoique les annales sacrees des Ilebreux ne fassent aucune mention de I'usage de boire a la sante , on ne peut revoquer en doute que cet usage n'ait ele connu et pratique des la plus haute antiquite. En effet , quand nous voyons le vieil Homcre {lUacL , li<^. iv, v. 1-4 )» nous representer la charmanle Hebe versant aux Im- mortels le divin nectar , et tons ces dieux s'invitant a boire et se presentant la coupe les uns aux autres , il est certain que le poete ne fait que preter aux divinites de rOlympe ce qui se passait deja de son temps a la table des Grecs. D'ailleurs, dans le nieme poeme (/zV. ix , v'. 224, 22,5), voyez Ulysse et Ajax envoyes pres d'Achille et assis au festin que leur offre celui-ci ; a la fin du repas , Ulysse se leve , et , lui presentant la coupe , lui dit : Salut , Achille ! Plus loin, {v. 670, 671), quand I'un et I'autre sont rentres dans la tente d'Agamemnon , chacuu , debout , s'erapresse de leur presenter la coupe. Et dans I'Odyssee ( liv. xiu ), Ulysse , sur le point de quitter les Phcaciens , etant assis au banquet d'adieux , se leve vers la fin , et pre- nant une coupe , la met dans les mains d' Arete , epouse d'Alcinoiis , et lui dit : « Je vous salue Soye25 « heureuse. » Ces passages et plusieurs autres puiscs dans les deux poemes dTIomere prouvent incontestablement que de son temps la coutume ctait bien elablie de se saluer dans les repas , la coupe a la main , et toujours debout. Au reste , que Ton consulle Diogcne-Lacrce, Athenee , ( 88 ) Lucien , on se convaincra aiscuient que dans la Grocc, surtout clans TAllique oil la civilisation et le gout des arts et des lettres avaient fait dc si prompts ct de si lieureux progres , les convives etaicnt bicn certainement dans I'usage de presenter la coupe , dc la faire circuler et de boire a la sante les uns des autres, au milieu d'une joic qui souvent devcnait tres-bruyanle. En ge- neral les Grecs cherchaient par tons les moyens pos- sibles a entretenir la gaiete parmi les convives. Cepen- dant il faut dire que par la suite des temps ils agirent plus metliodiquement dans cctte importante affaire. Des le debut du rcpas , on lirait au sort le roi du festin ; il fixait rinstant oil Ton portcrait les sa?ites. Ensuitc , le chef faisait rcmplir de vin sa coupe , I'appliquait le- gerement a ses levres, la faisait passer de main en main , et chacun goiitait la liqueur a son tour. Ce pre- liminaire du festin etait considere comme le symbole et le garant de I'amitie qui devait unir les convives. Mais pendant le cours du repas, on se portait encore des santes individuelles qui se rendaicnt avec unc scrupu- leuse exactitude. Malheur a celui qui sortait d'un fes- tin sans avoir ele provoque a boire par quclqu^un ; il regardait cet oubli conmie un affront , el se croyait degrade du noni d'ami , ce nom si cher et si precieux parmi les assistans. Vers la fin du repas arrivaient les santes solennelies : alors il fallait boire a longs traits et se soumettre aux lois rigoureuses de la table ; celui qui refusait de boire ctait oblige d'en sortir ; parfuis on se contentait de I'epandre sur sa tete le vin qu'il avail re- fuse. Le roi du festin portait les santes ; on les lui ren- dait sur-le-champ. Le son de la lyre el les chants se melaient aux vopux qui accompagnaient ces santes; en- Jin tout se tcrminail par des libations en I'honncur des ( 89 ) (lieux ct ties heros dont on descendait ou croyalt des- cendre. Tel est Ic resume de ce qui se passail chez les Grecs en fait de sautes. Les Remains ne furent pas moins fervens que les Grecs dans la pratique de cctte afjrcable coutume. Cependant il est presumable qu'avant leurs conquetes du cote de I'Asie , ils y mettaient la plus grande sira- plicite ; et le modeste propino etait sans doute leur seule formule , c'est-a-dire qu'ils se contentaient de prononcer ces mots sacramcntcls : je souhaite que vous et nous , que toi et mot, nous nous portions hien. Mais quand , apres les conquetes , le luxe asiatique eut en- valii Rome et ses provinces , on mit beaucoup plus de ceremonic et d'eclat dans la maniere de porter les santes. C'esl surtoutvers la fin de la republique etau commen- cement de I'empire qu'on attacha une certaine impor- tance a ce genre de plaisir. Les recherches assez conside- rables que nous avons faites sw^ le luxe et la sonipluo- sile des Romains dans leurs repas (i) , nous pcrmcttent d'entrer dans quclques details a cet egard. Quand le terme du repas approcbait, que la faim etait apaisee, que les services proprement dlts etaient acheves, on faisait disparaitre les mets pour (aire place auK coupes qui etaient dcstinecs aux santes et aux liba^ tions. Les santes regardaient les convives; les libations etaient pour les dieux. Mais I'usage des libations s. ete anterieur a celui des sojites qui en a decoule. Quoique plongcs dans les tenebrcs du paganisme , les Anciens etaient tres-religieux. On sait que depuis la plus baule (i) Notre travail , encore inedit, pourralt former deux volumes />z-8°. (no ) ant'iqnllc ils ne commcncaicnt ni nc finissaiont jamais le rcpas sans line invocation aux dieux (i). On apportait ordinaircment pros do la tahic les imaj;es , soil dc Jupi- ter conservaleur , soil du hon firnie, soil dcs dlenx domesiicpies et Uilelaires (des Lares) ; on Icur adrcssait dcs vaaix, on Icur (liisait dcs libations, puis on buvait en les saluant. Quant aux santes , Ics Ilornains nc se servaicnt point de Texprcssion boire a la snnle ; ils di- saient boiie les coupes, et ils entendaicnt par la ce (i) Les cliretieiis out aiissi I'linbilude d'aJresser a. Dieu tine prieieau couiuienceiueiit et a la fin du repas ; ce louable usage remoiite aux premiers temps duCliristianisme. C'est ce qu'on appelle le Benediclle elles Graces. An siijet des Graces, iioiis rapporterons xine petite anecdote assez piaisante. Dans le moyenage, les Allemands devenus fort debauches, se mlrent pen en peine de sulvre le pieux usage dont nous \enons de parler. On eut beau y exLorter les cbanolnes et les njoines dans un concile tenu a Mayence en 847 ; ces exliorlatlons furent inutiles. 11 etait reserve au pape Hono- rius III, (de 1216 a 1226), de Irouver un excellent moyen de relablir cet usage pieux , moyen tres-conforme au gout naturel de MM. les AUemands : ce fut d'accorder des indul- gences a tout Allemand qui boiralt un coup apres avoir dit ses Graces. Dcs-lors la devotion s'est rcveillee,et aucun Al- lemand n'a manque a remplir ce devoir. C'est ce que Boetius Epo, auteur grave, nous apprend. De-la est venu le proverbe Grdces-Dieu-but. Regnicr I'emploie dans sa seconde satire : Or, la tahlc levde, ils curent lenr machoire, Apres Grdces-Dieu-but , ils demandent a Loire. Les AUemands appelalentl'indulgence en question ,/>/r////- feiicc dc Boniface , et en Bretagne on disait V indulgence on le pardon dc Saint- Guillaiiine. ( 91 ) que nons cxpvimons par porter les sanies , ct Ics Anglais porter les toasts. Mais dans Ics repas parliculiers , dans le tete-a-tete , ils disaient simpleraent , en presen- tant la coupe , propino. lis se servaient aussi de Texpres- sion eni'ojer la coupe , pour significr boire a la sante de quelqu'un ; par exemple , voulait-on saluer un con- vive, on versait du vin dans sa proprc coupe, on la portait a scs Icvres , et , apres en avoir pris quelques goutles, on la lui envoyait pour qu'il racheval, el I'es- clave la reportait a son maitre. Dans les grands feslins ou repas tres-solcnnels , les coupes etaicnt , ainsi que les convives , couronnt'es de fleurs, et quelquefois on efleuillait dcs roses dans la liqueur; alors au lieu de dire boire les coupes, on disait boire les couronnes (i). On ne buvait les coupes et les couronnes qu'a la fin du repas , et c'etait toujours en faveur des pcrsonnes auxquelles on s'interessait , telles que parens , amis , pali'ons , maitresse , cl (depuis Augusle) , I'empereur. C'est dans le moment des coupes qu'on so livrait a (i) Voyez notre opuscule Da luxe de Cleopdtre dans ses festins avec Jules-Cesar et Marc-Antoine ^ '^27, ifi-8° ^ k la page 21. « Vers la fin du souper, elle invile Antoiue tc a boire les coupes; il y cousentet prend la couronne de « Cleopatre dont il efl'euille les fleurs dans sa pvopre coiipej cc deja il la portait a sa bouclie, lorsque la reine lui saisis- a santle bras, I'arrete etlui dit : Coniiaissez celle contra la- « quelle vous nourrissez d'injustes soupgons. Si je pouvals « vivre sans vous, Seigneur, luanquerais-je d'occasions et « de nioyens? En meaie temps elle lalt vein'r un esclave , a lui ordonne de boire la coupe d'Auloine, Le mallieureux a holt ct expire a I'instaut. » (92 ) toutes sortcs dc jeii\ ct tie plaisantcrics hnccliiqucs et galantcs; par excmple , avant d'cnvoyci' la coupe a sa niaitresse, on ecrivait paifois son nom sur la table avec du vin , comnie nous Tapprencl Ovide , De Avle am. , lib. I : Blanditiasquc leves tenui praescrihere vino; Ut domiiiam iu mensa se Irgat ilia tiiain. D'aulrcs fois on imposait la loi de boire , non pas aufant de coups , mais autant de cyathes (i) qu'il y avail de (i) On no courait pas le risque tie s'enivrer si le nom eliiit court , et qu'on s'en lint i:i , car le cyatlie etait la plus pelile mesure dont on se servit a table : il n'excedait pas nos petits verres a liqueur. On verra , dans le tableau sui- vant de toutes les niesures de capaclte ( pour les liquides) cu usage chez les Romains et coniparees aux n6tres , quelle etait la conlenauce du cyathe : lilr. litr. Lc Cur.Ei's valnit . . . 528 Le SE\TAnits . . . 0,55 I-'Amphoha 26,4 L'Hfmina °^^7-'> L'Urna i3,2 Le Quartarius . . . o,i375 Le MoDius 8,8 L' Acetabulum . . . 0,0687 Lc Semodil's 4'4 Le Cyathus 0,0 j58 Le Conoids 3, 29 La Licula 0,0114 Le cyathe equivalait done a 4^8 dix-inillitnies du litre. Les Roraalns avaient des lasses 011 coupes de grandeurs ine- gales, mais toujours proporlionnees au nonibre de cyathes quipouvaienty enlrer. VoiciPordre progresslfdeces coupes: Les pelites : cyat. Les moyennes : cyat, Les grandes : cyat, L'UNCiACOutcnant. i Le Quincunx. ... 5 Lc Dodraks.; ... y Le Sextaks 2 Le Semis ou iiEMi. . 6 Le Dextaks ... 10 Le QuADRANS. ... 3 Le Septunx 7 Lc Deunx 11 Le Triens 4 Le Bes 8 Le Sextarius.. . . la II parait done que pour certaines sanies dont le nombre de cyathes clait delcrmine , on prenait des coupes de gran- deur a conleuir ce nombre de cyathes. Nous en trouvons la ( 03 ) lettres dans le nom de telle ou telle personne. C'est ce qui est prouve par Martial , quand il dit : Naevia sex cyatliis , septem Jiistina bibalur; Qiiinque Lycas ; Lyde qualuor; Itla tribus; Omnis ab iufuso numeretur arnica Faleruo. Cette epigramme est la 72* du liv. i" , et I'on trouve encore dans la Si" du ZtV. vui, un vers qui a rapport a cet usage : Del numerum cyathis instautis litlera Rufi. On suivait aussi le meme usage pour porter des san- ies , nieme cellesdes personnes absentes. Ainsi , la saute de I'enipereur , qui ctait devenue presque de rigueur, etait marquee par six cyathes , C^sar 5 celle de Germa- NicKs , par dix , etc. Horace , dans son Ode 4* du liv. iv , nous a trans- mis les voeux que Ton faisait pour Auguste , meme dans les repas particuliers : Hinc ad vina redit laetus , et alten's Te mensis adhibet Deuni. Te multa prece, te prosequitur mero Defuso pateris, et Laribus tuum Miscet nomeii; uti Graecia Castoris, Et niagui luenior Herculis. preiive daus Athenee : II introduit un personnage qui se fait verser dix cyathes dans une seule coupe , et Je lait parler ainsi : « Eclianson, appoile une grande coupe , \erses-y les « cyathes qui se boivent k ceux qu'on aime : 4 pour les « personnes qui sont ici a table 5 3 pour I'aniour; ajoute en- « core 1 cyathe pour la rlcVoiie du roi Antigonus. Hola 1 a encore 1 pour lejeune Demetrius son fils; verse presen- « tenient le lO*^ en I'honneur de Tainiable Venus. y> II est certain que ces dix cyathes ont ete verses dans une seule tasse, pour etre bus d'uu seul coup^ (04 ) Loiij^as, 6 iitiDam , rUixLoue, ferias I'lifistes Hesperioe ! diciinusiutegio Sicci mane die , dirimus nvidi , (i) Ciim sol Occauo saljcst. \oltairc a ainsi traduit ce passajje : n Sois le dicii dcs festins , Ic dieii de I'alegrcsse: Quo uos tallies soicut les autcis ; I'rt side a uos jeux soleimels , Coimiie Ilercule aux jeux de la Grd'ce! Scul tu fuis les Ijcaiix jours; que tes jours soientsans liu! C'esl ce que nous discus en revoyaut I'aurore , Ce qn'eu uos douccs nuits uous rodisous eucore Eutrc les bras du dicu du via. >> Puis le traducteur ajoute : « On ne pent, ce mc « senible , fairc entendre plus exprcssement ce que « nous entendons par ces mots : JYous avons hu a lu « sanle de voire majeste. m Horace nous dit encore , Ode i3 , liv. iv : Nosque ct profeslis lucihus et sacris, Inter jocosi munera I-ilicri , Cum prole, inalrouisque nostris lUte Decs prius apprccafi, Virtute funclos more patrum duces Lydis reniisto carmine liljiis Trojainque, et Anchiseu et almre Progeuieni Veneris cancmus. Ces deux passages d'Horace etaient conformes a dcs dccrets que la flatterie avail rendus lorsqu'Augusie prit les rcnes du gouverneinenl. Cest aprcs la bataille d'Acliuni qu'il fut rtv^lc qu'on ferait des lHjations a Augusle , noil solum in cunviwiis publlcls sed privalis (i) Je n'ai pas la traduction d'llorace par Dacier sous les yeux j mais est-il vrai qu'il a traduit , comme le dit Voltaire, les mots sicci gI uvidi par « daus nos piieies du soir et du inatiu? » (95 ) quoque. Voy. Dion, liv. 5i , a la fin de I'annee 724 ; ct en 735, il fut tie nouveau decrele Augustum diis iinmortalibus ex cequo in hjmnis adscriptuin fore. Non sculement les liyuines etaient chantces en musique, mais le son des Inslrumens accompagnait souvent les sanies que Ton portai^ a table , et les eloges des grands lioaimes queronmelalt a ccs santes. C'est ce queprouve encore ce passage de Varron (ajmd JVonium) : in con- viviis pueri niodeste ut cantillarent carmina antiqua , in quibus eranl laudes inajonim et assa voce et cum tibi- cene. On chantait done a la fin des repas et parfois on y donnait le spectacle de baladins, de I'unambules , etc., etc. (1), (1) Passe encore , si I'on se fut toujours conlenle de ter- miner lesfestins par ces jeuxinnocens; niais souvent leplaisir de voir couler le sang liuniain se melait a celui de la Lonne cliere. Tantot des combats de gladiateursjusqu'ii mort, tan- tot des supplices venaient recreer les convives. Void un trait de ce dernier genre qui peint bien le caractere farouche et cruel de ces niaitres du monde. cc L. Qiiinclius Flaminius (dit Tite-Live), avait invite j\ sa table une courtisane de Plaisance doiit il etiiit epris. Pendant le repas, entr'autres traits de jactance, il se van la d'un grand nombre de malheureux qu'il delenait alors en prison pour leur faire bienlot conper la tete. A ces mots , la courtisane qui etait pres de lui , repartit en riant qu'elle n'.avait jamais vu trancher la tele, et avoua qu'elie serait cu- rieuse de jouir d'un tel spectacle. Aussitot le consul , jaloux de lui prouver sa complaisance, envoie clierclier nn de ces prisonniers , et ordonne qu'on lui abalte la tele dans I'ap- parlenicnt menie , pres de la table; ce qui fut execute al'ins- tant. Is'est-ce pas le comble de Thorreur , ajoute Tite-Live, C 96 ) Qiioiquc le Tiimalcion (Ic Petrone soil la description d'un repas burlesque, le petit extrait suivant nous don- nera une idee de la maniere dont on terininait le feslin par des voeux pour I'empereur et pour la sante des convives. Voici la traduction de ce passage-, le narra- teur est Encolpe , Tun des convives : (( Prcsumant une intention rcli.;j,ieuse dans ces par- « funis prodigues avee lant d'apparcil , chacun se leve « a la fois , et nous prions les dieux de combler de leli- « cite I'empereur , pere de la patrie. Apres cet acte de « religion , deux jeunes esclaves , velus de longues « tuniques blanches, marchant d'un pas solennel , et « portant sur une table les images des dieux domes- « tiques de Trimalcion , entrerent dans la chanibre, « precedes d'un autre esclave vetu comme eux, faisant « des libations et I'epetant a chaque pas : Cerdojv , « Felicion , LucRON, Dieux de I'industrie , du bon- « lieur et de la fortune , soyez-nous propices ! » L'i- « mage de Trimalcion figurait dans cette imposante « ceremonie •, et comme chacun s'empressa de la baiser <( respectueusement , nous ne piimes nous en dispenser, « Ascylte et moi, Un vceu general pour le bonheur et « la sante de chaque convive termina cette ceremonie « relifiieuse , » devoir un consul au milieu d'un festin, pour satisfaire au caprice d'une femnie impure, immoler une victime luimaine dont le sang rejaillit sur cette table qui vient d'etre consa- cree en I'lionneur des Dieux par les voeux solennels qu'on leur adresse?» Combien d'autres traits d'une barbarie au uioins aussi revoltante nous pourrions encore citer ! ( Voyez not re Traite complet du luxe et de la somptuosite des Ro- mains dans leurs repas, ) ( 97 ) A cette description liree de Pctrone, faisons-en suc- ceder une d'un genre plus noble. Yirgile va nous la presenter dans les details qu'il donne sur la maniere dont s'est lermine le long et solennel repas que Didon olFrit au pieux Enec. 11 est bien presumable que le fond de cette description est emprunte aux grands festins qu'Anguste donnait de son temps 5 car TEneide est pleine d'allusions au regne de ce prince. Nous nous en tiendrons comme dans le naorceau precedent , a la tra- duction du passage : « Api'esque Ton cut desservi , on presenta de grandes « coupes et on les remplit de vin. Aussitot la joie re- « double , et les voix des convies retcnlissent dans (( toutes les salles du palais , oii des lustres suspendus (( aux plafonds dores et garnis de lumicres , chassaient u les ombres de la nuit (i). La reine en ce moment de- (i) Le lustre cliez les Roinains s'appelait lucerna poly- mixos y lanipe a plusieiirs branches. Martial nous en repre- sente un dans I'epigranime suivante, liv. xiv , 4' • IlliisUeni cum tola raeis convivia flaramis Tolqiie gerain niyxos , una lucerua vocor. cc Mes Lranclies alluuiees eclairent toutes les tables des « festins; quoique jeporteplusieurs bras , je n'ai qu'un nom, « c'est celui de lustre. » On connaissait difterentes sorles de lampes : celles consacrees aux temples , celles destinees a eclairer les apparteniens dans les rejouissancesou les festins, les lampes d'elude, les lampes de nuit, les lampes sepul- crales, etc. Aucun meuble chez les Anciens n'a eu de for- mes aussi varices. Dans les premiers temps, elles etaienfc simples, de terre cuite ou en bronze ; ensuite on eu a fait en airain de Corinthe, en argent et en or. On en a troave un srand nombre ^ Herculanum , de toutes malieres et de toutes formes, et mtuie de forties tres-obsceues. 7 ( 98 ) « manda une coupe enrichie de pierreries, et la rein- « plit de vin. C'elait la coupe dont I'ancien Belus et , « apres lui , tous les rois ses descendans se servaicnt « pour les libations. Tous ayant fait silence : « Jupiter, « dit-elle , car c^est vous que Ton revere comme le « dieu de I'hospitalite ! rendez ce jour egalement heu- u reux pour les Tyriens et pour les Troyens 5 que la « memoire sen conserve jusqu'a nos derniers neveux ! « Que Bacchus , pere de la gaiete , et Junon notre pro- « tectrice president a cette fete! Et vous, 6 Tyriens, « celebrez avec nioi cette journee memorable. » A ces «( mots , elle repandit sur la table quelques gouttes de « vin 5 et la libation faite , elle trenipa legeremenl ses « levres dans la coupe qu'elle remit a Bitias en Texci- « tant a boire. Bitias prend la coupe , avale le vin d'un « trait , et s'inonde de cette agreable liqueur. Son « exemple fut suivi de tous les seigneurs tyriens et « troyens. » (En^id. , /tV. 1, ^i^. 727-745.) Nous finlrons tous ces details par dire qu'en general chez les Anciens, quand toutes les santes etaient por- tees et que les amusemens et les occupations recreatives etaient termines , on renouvelait la solennite par la- quelle on avait commence le repas, c'est-a-dire qu'on faisait les libations et les prieres. Heliodore (£'fA/o/>., lib. V, vers la fin ) , dit en propres termes , dans le recit d'un repas : « II est temps de renvoyer les convives, « mais auparavant souvenons-nous des dieux ; on porta « ensuite la coupe des libations ; et ainsi finit le repas. « (x) )» Ces libations consistaient , comme nous I'avons (1) Chez les Egjptiens , on terminait les repas d'apparat tVune manl^re bien differente : Quand on etait pr^s de sorlir \s,n-A\t le mal de teteoccasionne par I'ivresse. Un ancien poete avait fait un dactylede^/Z'e/-e, (Westbref); il s'enjustifia par le vers suivant : Bibere Martiuus uou siiiit esse breve. « St. -Martin ne perniet pas que bibere soit bref. » Un vieux dicton populaire relalif au vin nouveau,dit: A la saint Martin Faut gousler le via; Nostre-Dame apres Pour boire il est prcst. (2) Ce surnom lui vient de ce qu'il etait diacre de I'Eglise d'Aqiiilee, du temps de Didier, dernier roi des Lombards, qui fut fait prisonnier par Charlemagne en 774. (3) Get horrible fait a fourni Ic snjet de deux ou trois tra-* ( 104 ) 5'j3 a la cour d'Alboin , roi des Lombards , diffcre bcaucoup de celui dc saint Martin , par Ics circons- tances, et fait bien voir la distance qni scparait le chre- tien dn barbare dans ces sieclcs dc boulevcrsement. Get Alboin avait tuedansun combat Runimond, der- nier roi des Gcpidcs , et , quclque temps aprcs , avait epouse sa fille Rosmonde. Un jour qua Verone , Alboin donnait un grand festin avix principaux de sa cour, il but avec execs •, et , sur la fin du repas , ccbauffe par Ic vin , il se fit apporter une certaine coupe et annonca qu'il allait s'en scrvir pour porter les santes. (Tout Ic monde savait que celte coupe ctait le crane de Runi- mond 5 que le roi la gardait comme un monument dc sa vicloire : il Tavait incrustee d'or.) La coupe arrivee, Alboin la remplit de vin, I'approcbe de ses Icvres , boit quelqucs goultes, puis la passe a sa femme Ros- monde , en lui disanl : « Bois avec ton pcrc. » La reine, outree de cclte atroce proposition , repousse avec bor- reur I'afTreuse coupe , et jure m petlo la mort de son barbare epoux. En effet , pen aprcs, elle le fit egorger par un nomme Pcridee, bomme d'une force extraor- dinaire (i) , et ensuite elle epousa un de ses amans , gedies (tr^s-mediocrts) a la scene fian^aise , et d'une (bieti superieure) a la scene ilalienne : celle-ci est d'Alfieri ; les autres sont de Ballhasar Baro en 1649 ' JeTaconet en 1768 , etc. (1) II faut cependant rendre justice a ce Peridee : en fi- dtle sujet du roi, il s'ctall d'abord refuse opiniutremenl a cet assassinat. Que fait I'infame Rosmonde pour I'y forcer? E le va en secret, dans I'obscurite, prendre au lit la place d'une de ses feniuies avec laquelle elle savait que Peridee ( 105 ) Elmisigc, ecuyer et frcre de lait d'Alboin. Elle fit tous ses efforls pour le faire nonimcr roi des Lombards •, mais Jes dues de Lombardle , se doutant que les deux epoux avaicnt irempe dans I'assassinat du roi , non-seule- ment refuserent leurs voix a Elmisijje, mais ils le me- nacerent, ainsi que sa femme , de leur faire cxpier ce crime. Alors Tun el I'autrc se retircrent avec leurs ri- chesses dans TExarquat deRavenne. Ils y elaient depuis quclque temps , quand Longin , exarque du pays , convoilant la main , ou pcut-etre plutot la fortune de Rosmonde , lui propose cette union criminelle. Mais il faudra avant tout se debarrasser de Tepoux importun. L'ambiticuse Rosmonde , deja au fait de ces gentillesses conjugales , consent a tout , et se charge de I'execution. En effet , peu aprcs , Elmisige , sortant du bain , recoil de la main de sa cbere cpouse une coupe de vin em- poisonne. A peine en a-t-il bu la moitie qu'il sent dans ses entrailles un symptome du funeste sort qui Taltend. II saute a Tinstant sur son cpee , et , appuyant la pointe sur la gorge de Rosmonde , il la force a boire ce qui reste dans la coupe. La malheureuse boit •, un instant apres I'un et I'autre expirent dans d'ailreuses convul- sions. avail un commerce degalanterie. Quand I'acte fut consomme , elle se fit connaitre, et dit a Peridee : « II faut que lu tues « Alboin , ou qu'Alboin te punisse du crime que tu viens de « comniettre avec moi.» Qiielcjues jours apres, elle disposa tout dans Panpartement d'Alboin pour que Peridee eut plus de facilite a I'egorger. Malgre cela , le roi, quoique prive de ses amies, se defenJIt long-tenqis centre Passassin , leurs forces elant a peu prcs egales. r 106 ) Le second fait , pris egalemctit dnns Thistoire dcs Lombards , n'odrc riini d'aussi trafjiquc. Aulharik , jeiine prince , elu roi do cc pcuple en 584, soiif^ea vers 589 a se niarier; il envoya des ambassadenrs a Gari- bald , due de Bavicre , pour lui deinander la main de sa fillc Tlu'odelinde. Le due consent. Aussitot nou- velle ambassade de la part d'Autharik pour rej^ler les articles du contrat. Mais le jcune prince, voulantcon- nailre par lui-meme sa future epouse, accompagne , sous le noni de second ambassadeur , un vieux seigneur qu'ilavait nomme chef de I'ambassade. Apres que celui- ci cut expose a Garibald I'objet de sa mission , Autha- rik s'avance respeclueusement et dit « qu'il est en par- <( ticulier charge de la part du roi de voir la prin- « cesse. » On fait venir Theodelinde. Autharik la considere long-temps en silence et dit ensuite : « Le « roi des Lombards sei'a trop heureux d'avoir une pa- « reille epouse , el ses peuples s\applaudiront de voir « sur le tnjne une aussi belle princesse. » II demanda alors qu'il fut permis aux ambassadeurs , suivant Tu- sage de leur nation , de recevoir la coupe de la main de la princesse , c'esl-a-dire de boire avec elle et de la sa- luer. On apporte du vin ; Theodelinde fait emplir la coupe , en boit quelques gouttes et la passe au chef de Tambassade qui , apres avoir bu , la lui rend. Elle la prcsente ensuite au second ambassadeur , e'est-a-dire a Autharik qui, apres Tavoir recue , boit et la lui rend aussi , mais de manierc que , sans qu'on s'en apercoive , il prend, en baisant la coupe, la n)ain de la princesse , la lui serre et se la porte sur le front , sur Ic nez et sur les joues. La princesse rougit , se retire , et , tout emue , va raconter a sa nourrice ce qui vicnt de se passer. c( Aucun autre , lui dit la bonne femme , que celui qui ( 107 ) « (loil etre votre epoux , n'aurait ose vous toucher la « main ; n'en parlez pas , ct que le due votre pere n'en <( sache rien. Au reste, vous serez lieureuse d'epouser ((. un prince aussi galantet d'un tel merite. » En eflet, Aulharik , dans la fleur de Tage, dit Paul Diacre , avait la taille bien prise, de longs cheveux blonds , une belle figure et des manieres agreables. Le coui'age et les qua- liles du coeur relevaient encore ces avantages exte- rieurs, et de plus, il rendait ses peuples heureux. II epousa done Thcodelinde, et Icurs noces furent ccle- brces avec beaucoup de magnificence dans la plaine de Sardi, prcs de Vcrone, le i5 mai 5895 mais,helas! leur union qui s'annoncait sous de si heureux auspices , ne fut pas de longue duree : Autharik mourut le 5 sep- tembre 590. Thcodelinde , dans ce court espace de temps , s'acquit tellement par ses vertus Testime des Lombards, qu'aprcs la mort d' Autharik ils la laisserent a la tete du gouver- nement , et lui permirent de se choisir elle-mcme un second epoux qu'ils s'engagerent areconnaitre pour roi. Thcodelinde jela les yeux sur Agilulf , due de Turin , parent d' Autharik : c'etait un prince guerrier , capable tie gouverner , jeune et d'un maintien aussi agi-eable qu'Autharik. Thcodelinde le mande sans I'instruire de ses vucs •, elle va nieme au-devant de lui jusqu'a quel- ques milles de Pavie. Aussitot qu'Agilulf Cut en sa pre- sence, elle se fit apporter une coupe 5 on la remplit de vin , et la princesse , apres I'avoir approchoe de ses levres et avoir bu une partie de la liqueur, presente le vase a Agilulf. Celui-ci , apr»>s I'avoir vide , le rend a Thcodelinde et lui buise respectucusemcnt la main. Thcodelinde lui dit avec un sourire agreable accom- pagnc d'un,e honuele rougcur : « Ge n'est pas la regie ( 108 ) « que, qui dolt halsor hi bouche , ne baise que la « main. » Elle radmit ensuitc au baiscr , et lul doclara qu'elleTavait choisi pour epoux et pourroi. Leurs noces furcnt cclc'brccs au conimcncement de novembre 5^0. Agilulf fut proclanie roi dans la dicte gonerale des Lom- bards au mois de mai 5^\. II est mort en 6i5. Thcode- linde lui a survecu , n'etant morte qu'au commencement de 62-5. La coutume de presenter la coupe conime marque d'bonncur n'etait pas rcslrelnte a I'ltalie •, elle a eu lieu en France des les premiers siecles de la monarcbie, et s'y est tres-lonotempsmaintenuc. Nous pourrions en rapporter plusicurs cxemples des temps anciens ; ilnous sullira d'en ciler un du xiv'' slccle : Froissard (dans son Histoire et Chroniquc nicmorahle , \" vol., chap. £2,8, p. 264, edit, dc Lyon , '\.5'j\, in-l'ol. ) , raconle qu'apres le gain de la bataille d'Aulroy (d'Auray) , qui eut lieu le 16 octobre 1064, le comte de Montfurt , s'etant fait apportcr a boire sur le champ dc bataille- nienie pour clancher sa soif, Chandos,qui plus que personne avait contribue a lavicloire, vint avec les autres capltaines anglais le felicilcr. Sire, lui dit-il , louez Diea , el failes bonne chere ; car voiis avez huy conquis I'heiitaige de Bretaigne. Le comte de Montfort les encllna ( salua ) inoii/t doucenient et parla si haut que I0US I'ouirent : Messire Jelian Chandos , dit-il , ceste bonne luh'enlure mest advenue par le grand sens et. prouesse de wous ; et ce sa) -je de verile et aussi tons ceiix qui icy sent. Si vousprie, beuvez en nion hanap (ma coupe), yidonc lui tendit un flascon plein de vin oil il ava't beu pour lui rafrescliir. Ce fait prouve qu'au xiv" siccle c'etait encore une distinction remarquable que dc rccevoir la coupe des ( 109 ; mains d'un haul pcrsonnage, et d'etre invite a y Loire apres lui. C'est encore vers ces anciens temps (des xiu' ou xiv* siecles), que s'introduisit dans notre langue le mot ])leger , e'est-a-dire exiger que celui a la sante de qui I'on buvait rcpondit a cette provocation en buvant a son tour a celle du provocateur. Mais cette expression etait mal appliquee , car pleger, pleiger ou plesger , dans le vieux lanfjage, si^jnifie proprement cautionner, garanlir, proniettre, se rendre caution pour un autre. C'est ce qu'observe trts-bicn Eticnne Pasqp.icr dans ses Recherches de la France; Paris, 1^65, in-foL, liv. viii, chap. 61 , pag. ySa. Malgre son vieux style, ce passage a trop rapport a notre objet pour que nous ne le citions pas en entier : « Nous avons , dit-il , une coustume non seulement aux banquets , mais aux communes tables , de boire les uns aux autres, chose que nous tirons a courtoisie , voire pour signal d'amitie. Le formulaire est que si un liomme boit a moy , a I'instant mesme , le remei'ciant, je lui diray, que je le plegeray promptement , c'est-a- dirc que je m'en vais boire a luy. Response certaine- ment incpte, et qui ne se rapporle aucunement a I'as- saut que Ton m'a livre; car le mot de plege signifie en soy celuy qui inlervient pour un autre. Je vous diray doncques ce que j'en pense. « Encores que cette coustume eust este introduite d'une bienveillance mutuelle , si est-ce qu'a la longuc elle se tourna en abus. Et de fhit , rcpnssez par toute rAllemagne , la Flandre , Pays-Bas et plusieurs pro- vinces de noslre France , quand un homme a beu a un autre d'autant , il lire ccla en obligation , voire le tourne a mespris et injure si Tassaiily ne luy rend la pareillc. (110) Cela flit cause que nostre Cliarlemagne , pour les que- relles qui en sourdoient, deffendit expressement aux soldats de ne boire les uns aux autres quand ils scroient en I'armee , au llvrc III de ses ordonnances, chap. 33, et encore au premier livre, article i38 , oil il est dit en ternies expres , ui nemini llceat alierum cogere ad bi- benduni. (I Mon opinion done est que , quand celui auquel on avoit beu ne vouloit f'aire la raison a I'autre (lei est le terme dont usent les bons biberons ) , fust ou par sa- gesse ou par impuissance , alors Tun de sos amis ou queique bon compagnon dcclaroit qu'il I'alloit ple.;^cr , et, prenant le vei^e en la main, bcuvoit d'autant a celuy qui avoit este I'assaillant. Si vous le prenez au- trement , il n'y a aucun sens en nostre response et a plegement. Cela mesme se pratique aujourd'hui par ceux qui veulcnt faire la desbauche, entre lesquels s'il y en a un qui veuille estre plus retenu , il prend un se- cond pour le detfendre et pleger contre tous les aulres qui le seraondront de boire. » On voit done que \es pleiges , simple terme de pra- tique , furent introduits dans les parties de table , et que la mode s'etant etablie de s'y defier les uns les aulres , et de se provoquer a boire, celui qui ne se senlail point la tete assez forte pour soutenir la partie , pouvalt choisir quelqu'un qui \e plesgedt (caulionnat) et qui but^a sa place. Le meme Pasquier cile encore , dans ses Reclierches , liv. vr, ch. i5, p. 609, le moi pleger, au sujet d'une anecdote extremement touchante sur rinforlunee Marie Stuart, qui , comme Ton sail, fut decapitee dans le cha- teau de Fotheringay , le 18 fevrier 1587. Cetle anecdote a eu lieu le soir de la veille de son supplice. ( 111 ) <( Estant done dcmeurce , dit Pasquier, avecques le pcu qui luy estoit resie de ses gens , I'heure du souper venue-, « or sus,dit-elle ,11 fautqu'on haste mon souper, « afin que je donne ordre a mes affaires. » Elle se niit peu apres a table et souppa sobrement selon son ordinaire coustume 5 et voyant ses serviteurs et damoiselles plon- gez en larnies , elle , d'un visage calme , leur dit : « Mes « enfans, il n'est plus temps de me pleurer ; ces larmes « devoient eslre espandues lors de ma misere et longue «( prison ; mais maintenant que vous me voyez sur le « poinct de sortir de ce labyrinthe , vous devez vous <( esjouir et louer Dieu. » Et apres les avoir consolez , elle but sur la fin du souper a eux tous , leur comman- dant de la pleger. A quoy obeissans ils se mirent a ge- nouil, et meslans leurs larmes avecque leur vin , ils beurent a leur maitresse , luy demandant bumblement pardon de ce qu'ils la pouvoient avoir offensee ; ce qu'elle leur accorda de bon coeur , les priant de luy rendre le contreschange. » Le mot pleger etait done encore en usage vers la fin du xvi^siecle. Mais a mesure que la langue s'est epuree, les vieux mots onl insensiblement disparu , et I'on ne doit pasregretter celui de pleger, dont Tapplication etail erronee. II en est un autre qui nous vient de I'Allemagne , et qui ai eu plus de vitalite que le mot pleger, car il est en- core tres repandu , et rien n'annonce que sa fin soit procbaine , quoiqu'il ne soit guere en usage que dans les classes moyennes et inferieures de la sociele. C'est le mot trinquer qui est Tequivalent de boire a la sanie. La cbose consiste en France , dans le choc que font les con- vives de leurs verres pleins , les uns contre les autres , avant de les vider. <( Cetle expression n'est pas d'origine ( H2 ) francolsc, eile nous vicnl de rAUemand trinJcen qui ssipnifie bolre. Les Flamands prononcent dvinken. De trinken les Itallcns onl fait trincare ; Giov. Caniillo Peresio, dans /Vwrf/ce de son poeme inlitulo, // Palllo conquistato , expHque ce mot en ces tcrmes : t vine are , bevere ; pai'ola tedesca. » Voila tout ce que Menage dit sur le mot tiinquer. Et Borel , dans son Dictionnaire des termes du vieiix franc ais , nous donne le mot Irincaige , vieux terme , qui sifjnifiait dehauche , « ee qui , dit « Borel , vient du mot tii/u/uer , c'est-a-dire Loire d'au- « taiil, qui lui-meme est vcnu de I'AUemand. » Vers la fin du xvn' siecle , on buvait encore a la santc des princes , lorsqu'ils se trouvaient dans quelques repas publics auxquels ils presidaient. Nous en Irouvons la preuve , dans nne ancienne anecdote dijonnaise que le celebrc Piron raconte a son frere , au sujet d'Ainie Piron leur pere , qui etait toujours invite au fjrand repas que les Elus de la province donnaient au prince de Conde quand il venalt tenir les Etats a Dijon. « Mon pere , dit Piron , plus de quarante a cinquante « fois dans sa vie , a fait Tame du repas du tiers etat. « Une fois etant assis a cote du maire de Beaune , le « maire de Chatillon , qui etait a la gauche de celui dc « Beaune , se trouvant dans un moment d'enlhousiasme , « se leve, et s'adressant au prince : Monseigneur I a la « sanle de voire Ahesse et de tons vos dlustres aj^x I « Dieu sait la risee ! Le bruit cessc , mon pauvre pere , (( que Dieu absolve , cria du meme ton : Monseigneu I « ce n'dt quun rejeigneux , el ai derobai celai dans lai « poche du maire de Beaiw. {\) Celui-ci en fureur vou- (i ) Dans ces temps deja recules , il existait encore a Dijon une grande siniplicile de moeurs ^ et cette simplicite porlait ( 113 ) « loit baltre mon pcrc qui se det'endoit ; le prince Ics se- tt para. Parlez-moi de ces frimes-la du bon temps , et « non pas, etc. etc. » On voitqu'une bonne et franche gaiete presidait, en- core dans ce temps-la , aux plaisirs de la table , meiiie en presence des plus hauls personnages de la societe. La Monnoye nous en a laisse un charmant echanlilloa dans le Dialogue en patois qu'il fit su le passeige de monseigneu le diicque de Bregogne ( fils du dauphin) , ai Dijon , le 2.1 septambre lyoS. Mais depuis le commencement du xvm* siecle , on est devenu beaucoiip plus reserve sur ces usages fami- liers de la societe , sur ces doux epanchemens d'une cordialite qui tenait a la simplicite des raanieres de nos anciens. Les moeurs ont pris un exterieur plus grave , plus severe en apparence 5 le luxe a trace des lignes de les Dijoiinais a. se servir dans leur conversation particiiliere, dti patois , langai^e qui avait tous les caractt-res propres .\ rendre avec candeur et finesse leurs pensees. Les personnes les plus considerables de la ville, dans I'Eglise et dans la Robe, se plaisaient k parler cet idiome dans la faniiliarite. Un grand seigneur , un conseiller au Parlenient , un cbanolue, un avocat , un bon bourgeois, un savant, ne falsaient nulle difficnlte de causer en patois avec le premier venu, avec les ouvriers, les vignerons, les doinestiques. II parait qu'Aime Piron, si coniui par ses Noels qui ont precede ceux de La Monnoye , avait contracte cette habitude , et que son Ian- gage naif amusait beaucoup le prince. Sa plirase rapport^e cl-dessus signifie : « Mojiseigneur , ce n'est qu'un imitateur ( par contrariete), it a derobe celadans la poche du rnaire de Beaune,» On sait loutes les mauvaises plaisanteries nulle- ment fondees, qui jadis ont couru sur les Beaunois. 8 C 114 ) demarcation plus prononcees entre les divers efats. Oh a etc plus poll, plus sec, plus froid dans les reunions; une certaine etiquette y a preside , et toute celte franche amenite de nos aieux a disparu. II n'est done pas eton- nant que les santes , qui a table semblent rapprocher tous les rangs, aient subi la proscription qui a frappe tant d'autres usages. Mais elles ne I'ont subie que dans la haute soeiete et dans la haute bourgeoisie , car Ic peuple plus attache a ses vieilles habitudes n'a point abandonne la joyeuse coutume de saluer a pic in bord chaque convive , et de porter gaiement sa sante au doux bruit du cliquetis des verres. Mais il est temps de visiter nos voisins d'outrc- Mauche , et de puiser chez eu\ quelques documens sur leursfameux Toasts , c'est-a-dire sur la manieredont ils celebraient et celebrent la Philotesie , ceremonial qui differe un peu dunotre, et qui en cela, comma ea beaucoup d'autres choses , a son cachet particulier. DES TOASTS, oo DE L'USAGE DE BOIRE A LA SANTE, EN ANGLETERRE. Le mot anglais Toast (i) , qui equivaut a notre ex- pression SANTE (poftee dans un repas), signifie simple- ment une fotie. Voici I'origine de I'acception bacchique de ce nom , qui tient a des temps recules. Jadis , la per- (i) Prononcez tuste. ( n5) Sonne qui, en Angleterre , portait une sante a la fin du rcpas, mcltait une croute dc pain rotie (toast) dans son veiTe, ou plntot dans sa tasse ou coupe. Apres avoir fait le tour de la table , la tasse , que chaque convive avait portee a ses Icvres , revenait au premier qui buvait la liqueur et maufjcait la rotie. L'usage de la rotie a passe , mais le mot qui Texprimait est reste : de- la Texpression actuelle porter lui toast , pour dire boire a la SAKTE. II y a , selon les circonstances , des toasts de toute cspcce : les uns appartiennent a la galanterle , les aulres a la politique , ceux-ci aux plaisirs de famille , ccux-la a I'amitie , d'autres a la politesse , au compa- gnonage , etc. , etc. Mais de toutes ces differcntes es- pcces de toasts , il n'y en a pas qui soient portes avec plus de solennite et d'energie que ceux qui ont lieu a la iin des banquets politiques. Les toasts qui regardent la galanterie meritent bien aussi d'etre mentionnes. Voltaire dit a ce sujet : « Les « Anglais qui se sont piques de renouveler plusieurs « coutumes de rantiquitc , boivent a I'lionneur des « dames. C'est ce qu'ils appellent toster ; et c'est parmi (( eux un grand sujet de dispute si une femme est tos- « table ou non , si elle est digne qu'on la toste. » Pour porter ces toasts galans , on a etabli des regies quelquof'ois assez singulieres , mais a I'execution des- quelles on meltait une rigueur , une ponctualite telle que les cbevaliers de la Table ronde n'en ont jamais mis davantage dans Taccomplissement de leurs voeux. Par exeniple , pour faire plus d'lionneur a une dame , le gentleman qui buvait a sa sante jctait au feu quclque partie de sa parure , un petit meuble , un colifichet , enfiu un objct quclconque qui lui appartint 5 aussitdt ( 116) tous les autres convives elaient obliges de suivre son exemple, c'est-h-dire de jeter au feu un objet a eux appartenant et qui f'ut de meme nature 5 rieu au mondc ne pouvait les en dispenser, leur honneur y eut ete compromls. On raconte a ce sujet une anecdote qui sera plus plaisante aux yeux du lecteur qu'elle ne Ta ete pour ccux qui etaient du repas. Sir Malcolm Sydney dinait un jour en societe d'anils a la taverne ; a la fin du repas , un dcs convives s'etant apercu que Sydney avalt une cravate de dentellc de grand prlx , porta un toast a une dame , et en meme temps ce convive dctacha sa propre cravate et la jeta au feu. Sydney et les autres furent obliges de suivre son exemple , et s'exeeuterent de bonne grace ; chacun jeta sa cravate au feu. Sir Malcolm supporta cette plai- santerle avecle plus grand sang-froid (i) , avoua quelle (1) C'est en general le propre de TAnglaisde inontre rdu sang-froid partout. Voici ce que disait deruierement a cat egard un ecrivain du pays : « Le repos de toute la personne del'Anglais, I'lmpassibl- cc lite de ses traits, sa presence d'esprit dans les nioindres cc circonstances , I'imperturbahle a-plomb qui nait, nou de M I'amour-propre, mais du sentiment de sa dignite person- cc nelle , caraclerisent le lord anglais. On n'elonne pas « facllenient un Anglais bien ne : un homme toiube d'epilep- « sie a ses cotes, un douiestique lui renverse un plat sui- te I'epaule ; on lui apprendque la lualson voisiue esten feu... cc il pose son verre sur la table avec le meme sang froid. II a s'est trace une conduite pour tous les cas possibles, et ilia « suit. II est froid au premier abord; son salut est raide (et « il I'est toujours un pen) lorsqu'il vous engage a vider voire tc verre ; mais c'est sa maniere « ( Voy. Rev, bnt., nov. i835,p. 145.) C 117 ) etait de bonne guerre , niais qu'il aiu^ait sa revanche. Deux jours apres , les memes personnes se trouvent rcunies a la meme taverne , et le banquet est aussl gai que le precedent. Sydney au dessert porte la sante d'une dame ; aussitol il appelle le garcon de la taverne et lui donne ordre de faire entrer un partlculier qu'il avait mande expres : ce parliculier ctait son dentiste. Sydney se fait arracher une dent galee dont il souf- frait depuis long-temps, et la jetle au feu. Tons les convives se regardent , mais les regies rlgides et im- niuables de la bonne societe sont la ; ils esperent ce- pendant que sir Malcolm n'exigera pas Tobservation rigoureuse du terrible code. Ils n'obtiennent rien 5 toute remontrance est inutile 5 sir Sydney est inexorable. Alors chaque convive se resigne , et I'impitoyable davier se promene dans toules les bouches et en arrache le petit nieuble qui va rejoindre au foyer les cendres de la pre- cieuse cravate de sir Sydney. Cette aventui'e , digne de nos voisins d'outre-Manche , "est assez plaisante 5 mais il en est d'autres egalement relatives aux toasts, et qui se passant sur un autre theatre ,( la politique ) ne le sont pas autant , car ces toasts ont eu des consequences assez dangereuses. Vers le xvn" siecle , epoque feconde en dissentions , en proces et en condamnations politiques, les toasts furent souvent le pretexte d'une infinite de vexations et d'odieuses condamnations. II suffisait que Ton en eut porte un qu'un ennemi personnel taxat de seditieux , pour que Ton fut traine aux assises comme coupable de hautc-trahison. « On sait , dit Voltaire, de quelle im- « portance il est en Angleterre de boire a la sante d'un « prince qui pretend au trone. C'est se declarer son « partisan. II en a coute cher a plus d'un Ecossais et d'un ( 118 ) tt Irlamlais pour avoir bu a la santc des Stuarts. » Plus d'un convive s'est repenti d'avoir fait, le verre a la main , des vceux pour le pretendant. En i6i9,conimc on portait, chcz un bourjijeois de la cite , la sanle du roi Georgjes , un des assistans repon- dit qu'il ne connaissait pas cet homme-la. II fut denoncc , on lui fit son proces, el le jujfje Powis, en le condamnant, s'ecria : « Les cent livres sterlings que vous allez payer « au roi Georges, vous apprcndront peut-etre qu'il « existc. 1) On prenait egalement grand interet au sort des con- damnes politiques ; onbuvait a leur memoire : nouvelles occasions d'amendes. Beaucoup de citoycns furenl mis en jugement pour avoir bu a la sante de Colledge , et en- suite a sa memoire. Cet Etienne Colledge , accuse d'une pretendue conspiration et dc hautc-trahison , fut juge et condamne a mort de la nianiere la plus iniquc , puisqu'oii commcnca par lui enlever les papiei'S qui devaient servir a sa defense , et qu'on lui fit un crime de se les etre pro- cures. II fut execute a Tyburn le 17 avril 1681. Bien plus , Tavocat qui le defendit fut , pour ce seul fait , con- damne au pilori. Dans ces temps d'orage , la justice cri- niinelle etait un vrai coupe-gorge : autant d'accuscs , autant de coupables , autant de condamnes. Les toasts se ratlacbaient alors d'une maniere intime , soit a la politique, soit aux querelles religieuses; on ne se contentait pas de boirc a la sante de ses amis, on buvait encore a la mine de ses cnnemis ; cela s'appelait boire les confusions, Un pauvre Ecossais , nomme Stanfield , fut accuse de parricide pour avoir bu un pot d'ale a la confusion du Pape, du Roi et de I'Antc-Chriat. (119) Un autre , nomme Falconer , fut condamne au pilori , pour avoir bu a la sante du Diable. C'est sans doule a ces aljsurdites que Ton doit la publi- cation de quelques ouvrages contre I'usage de boire a la saute; mais ces ouvrages sont pour la plupart trcs ridi- cules. Uncure Anglais , nomme Jean Gere, a donne au public : LA DIVINE POTION pour conseiver la sante spiri- tuelle par la cure de la maladie ijweteree de boire a la sante , avec des argumens clairs et solides contre cette coutume criminelle , le tout pour la satisfaction puhlique , a la requete cTun digne menibre da Paiienient, l\in de iiotre sahit 1648. Un autre pretre Anglais , nomme Pryn , a fait un gros li^re contre I' usage impie de boire a la sante des chretlens. Le grand peintre de moeurs , sir AValtcr Scott , a insere dans lequatrieme chapitre de son PeverildaPic(\\\c\(\\xes details sur les toasts ^ qui seront d'aulant moins deplaces ici , que I'auteur y fait discuter par deux personnages la question de savoir si les toasts doivent etre ou permis ou proscrits. Le dialogue a lieu entre un severe puritain qui est de I'avis des deux cures precedens , et Lady Peveril qui soutient une opinion contraire. Quoique la citation soit un peu longue, nous osons croire que le Iccteur ne nous en saura pas mauvais gre. Ce dialogue precede un grand repas que Lady Peveril , apres le le- tablissement de Charles II , va donner , dans son chateau de Martindale , aux cavaliers ( partisans du Roi ) , el aux tetcs-rondes ( republicains ) , pour tacher de reunir les deux partis. Les cavaliers sont disposes a porter avec enthousiasme la sante du Roi ; les tetes-rondes , regardant cet usage comrae profane , ne veulcnt pas en entendre parler. Voici done le dialogue qui s'etablit , avant le ( 120 ) repas, entre le major Bridgeuorth , ( tete-ronde, puri- tain ) et Lady Peveril : « Le Major. Vous n'ignorcz pas , Milady , que ceux d'entre nousdont la conscience s'alarmelc plus aisement, se font un scrupule de se conformcr a certains usages si generalement adoptes parmi vous dans toutes vos fetes , qu'on pourrait dire que vous Ics regardez comme des articles de foi , ou du moins que leur omission vous cause du mecontenlement. (( MiLAuY. J'espere , M. Brldgenorth , que nous qui vous recevons , nous saurons nous abstenir avec soin dc toutes allusions et de tous reproches fondcs sur notre mesintelligence passee. « Le Major. Nousn'enattendonspasmoins, Milady, de votre candeur et de votre courtoisle 5 mals je m'a- percols que vous ne me comprenez pas. Jc vous dirai done, pour m'expliquer , queje fals allusion a votre cou- tume de boire a la sante les uns des autres ct de porter des santes , ce que nous regardons comme une provoca- tion superflue et coupable a la debaucbe ct a un usage immodere de liqueurs spiritueuses (1). Nous pensons d'ailleurs que , si cette coutume tire son orlglne , comme quelques savans theologiens I'avancent , de cclle qu'a- vaient les paiens de faire des libations a leurs idoles , on (1) Quoi qu'en disc M. Le Mnjor, « si les puritains n'e- « leventpas la voix pour boire a la sante les uns des autres , « lis prouvent du moins, en se regardant et en faisant un a signede leto en levant leurs verres, qu'ils trouvent tous t£ le meme plaisir a satislkire leur soif et leur appetit , et a que ce plaisir est double parce qu'ils le partagent avec a leurs amis et leurs \oisines. w ( JV. S, ) ( 121 ) pent (lire qu'elle est un reste du paganisrae et qu'elle est alliee au culte du demon. <( Milady. Je conviens , mon bon volsin , que cette coulume est au moins puerile et qu'elle peut devenir prejudiciable si elle conduit a boire avee execs ; mais je crois que lorsqu'elle n'a pas de telle suite , c'est une chose indilFcrente en elle-nierae. D'ailleurs elle fournit Toccasion d'exprimer avee unaniniite nos souhaits pour nos amis et nos vceux pour notre souverain, et sans vouloir forcer I'opinion de ceux qui en ont une contraire , je ne vois pas comment je pourrais refuser a mes amis , a mes holes , le privilege de porter la sante du Roi , ou celle de mon mari, d'apres I'ancien usage d'Angleterre. <( Le Major. S'il sufUsait , Milady , qu'une coutume fut ancienne pour qu'elle fut recommandable , il n'en est aucune a ma connalssance dont I'antiquite remonte plus haut en Anglelcrre que le pnpisme. La Providence a permis que nous ne fussions pas plonges dans Ics memes tenebrcs que nos peres , et par consequent nous dcvons agir conformement a la lumicre qui est en nous, etnon en hommes errant comme euxdans les tenc'bres(i). J'avais I'honneur d'etre a la suite de lord Whitelocke quand , a la table du grand chambcllan du royaume de Suede , il refusa positivement de boire a la sante de la reine Christine , au risque d'olFenscr tons les convives et de nuire au succes de la negociation dont il etait charge, Croyez-vous qu'un homme aussi sage aurait agi de la sorte s'il avail cru qu'un tel acte fiit une chose indiffe- rente en soi ? s'il ne I'avait pas regarde comme un crime honicux et dipne de I'enfer ? (0 Admirable ralsonnement dont la consequence est Lien prouv^e par I'linile qui regne dans TEglise d'Angleterre ! ( 122 ) <( MiLAm-. Avec tout le respect possible ponr Whilc- locko, mon voisin, jen'en tienspasmoinsa mon opinion , quoique, Dieu le sait,je ne sois nuUement disposee a juslifier les exces que Ton commet quelquefois a table. Je voudrais pouvoir ceder a vos scrupulcs ; je tacherai de limiter le nombre des sanies; mais a coup sur celle du Roi et de Pevcril peuvent etre permises. « Le Major. Je n'oserais, Milady , bruler la quatre- vingt-dix-neuvieme partie dun grain d'encens sur un aulel eleve a Satan. « Milady. Comment , Monsieur ! osez-vous mettre Satan en comparaison avcc notre maitre le roi diaries et mon noble cpoux ? <( Le Major. Pardon, Milady, je n'ai pas une telle pensee ; il me conviendrait peu de I'avoir. Je desire de tout mon coeur une parfaite sante au roi Charles et a sir GcofTrcy, et je pricrai pour Tun et pour Tautre •, mais je ne vols pas quel bien je ferais a leur sante , si jc ris- quais dc nuire a la mienne en buvant plus que je n'en auraisbesoin. « Milady. Puisque nous ne pouvons etre d'accord sur cet objet, Major, il faut cbsrcher quelques moyens pour n'offenser aucun des deux partis » ( En eirct Lady Pevcril concilia tout en plaqant les tetes-rondes dans une salle , ct les cavaliers dans une autre salle. Ceux-ci purent porter des santes tout a leur aise , tandis que les autres garderent un morne silence. "Walter Scott rend aiusi conipte de la sante du Roi ) : u LedocteurDummerar ayant prononce en latin un court benedicite , qui nVn parut pas moins bon a ses auditeurs, quoiqu'ils ne le comprissent pas, le vieux guerrier sir Jasper Cranbourne invita la socicle a s'ai- guiser I'appelit en commencant par boire , a la sante de (■ 123 ^ sa Majeste , une rasadc aussi pk-ine que Ics verres le ])ermettralent. En un instant on n'entendit plus que le luuit des verres et des flacons. Le moment d'apres, tous les convives etaient debout , le verre a la main , le bras ctendu , silencieux et Ics yeux fixes sur sir Jasper. La voix du vieux chevalier, retentissant comme le son de la trompette de guerre , annonca avee empbase la sante du Monarque rclabli sur son trone. Son toast fut rcpete en chorus par toute Tassemblee emprcssee de rendre liommaae a son Souverain. Un autre moment de silence fut occasionne par la necessite de vider les verres-, apres quoi dcs acclamations si bruyantes partirent en meme temps de toutes parts, que non seulement les solives du plafond en tremblerent , mais qu'on vit les guirlandes de branches de chene et de fleurs dont Tappartement etait dccorc , s'agiter comme si elles eussent ete exposces a Taction du vent. Ce ceremonial bien observe , la compa- finie commenca a faire honneur a la bonne chere sous la- quelle la table gemissait. Elle etait animee a cette attaque par la gaiete d'une part et par la melodic de I'autre ; car on voyait parmi eux tous les menestrels du district qui, de meme que le clergc episcopal , avaient ete rcduils au silence sous le regne des soi-disant saints dela ix^pubiique. « L'occupation de manger et de boire , I'echange de santes entre d'anciens voisins rassembles par un sujet general de felicitations , effacerent bientot de leur sou- venir le Icger motif de raccontentement qui , dans I'es- prit de quelques-uns d'entre eux , avail couvert d'un nuage la sercnite de cette journee « La joie des cavaliers pent aisement se concevoir , puisqu'elle avait pour accompagncment ces toasts , ces plaisanleries, cette musiqueinstrumentaleetvocale, qui, dans prcsquc tous les temps et dans tous les pays , ont ( 124 ) toujours cle en quclque sorte ramc d'un festin joyeux. « Nous terminons ici rextralt de AValter Scott, (i) Apres la niort du roi G uillaume, tous les wighsbuvaient noil pas a sa sanle , mais a sa memoire. Un tory , nomme Brown , eveque de Cork en Irlande , grand ennemi de Guillaume , dk qu'il mettrait un bouchon a loutes les bouteilles qu'on vidail a la glolredeccMonarque , parce que cork , en anglais, signifie bouchon. II ne s'en tint pas a ce fade jeu de mots ; il ecrivit en 1 70-^ une brochure ( ce sont les mandcmens des eveques du pays ) pour faire voir aux Irlandais que c'est une iraplcte atroce de boire a la sante des rois et surtout a leur memoire , d'autant plus que c'est une profanation de ces paroles de Jesus- Christ : Buvez-en tous , faites ceci en nienioire de tnoi. Depuis plus de cent ans que les grands troubles poli- tiques ont cesse en Angleterre , quoiqu'il y ait toujours des wighs et des tories (2) , les toasts , exempts de cette (1) Voyez encore le toast nientionne au chip. 71 , alafin de J'f' averley , etc. Nous pourrlons rapporter aussi la seconde scene du 11I<^ acte de YEcole du scandale , de Sheridan , oil I'on trouve des toasts&oni les details sont assez amusans^ luais cela nous entrainerait trop loin. (2) Les denominations de whigs et de tones remontant au regne de Charles P"^, lors des funestes divisions entre ce prince etle Parlement vers 1644 et45: les tones 6taient pour le roi, et les whigs pour le Parlement; les tories se nom- maient d'abord cavaliers 5 et les whigs letes-rondes , parce qu'ils s'etaient coupe les cheveux. Ces noms de cavaliers et detetesrondesontsubsiste jusqu'au retablissementde Charles II; c'est alors , (en 1660)5 ^"^ ceux de tories et diQ whigs leiir ont succede. L'origiue de ces deux sobriquets annonce bientoute I'acrimoniedes partis en fait de politique; la voici : Dans ce temps-la , on appelait lories des brigands j ban- ( 125 ) empreinte acrimonieuse de I'esprit de parii , n'y ex- posent plus leurs auteurs a des poursuites judiciaircs et a des condamnations arbltraires , marquees au coin de ce meme espi'it de parti. Maintenant on porte tranquil- lement des toasts en I'honneur du Roi , de la Reine , des dits et voleurs de grands cliemins , qui infestaient I'Irlande , et se tenalent sur les montagues ou dans les iles (jiie forme le vaste marais de ce pays. Conime les ennemis de Charles I'accusaientdefavorlser la rebellion d'Irlande qui eclata dans le nienie temps, ils donnerent a ses partisans le nom de /o- ries. D'un autre c6te, les royalistes ne furent pas en reste pour rendre la pareille aux parlenientaires ou teles- rondes; ils les appelerent whigs , nom que I'on donnalt en Ecosse i des bandits de meme espece que ceux d'Irlande. Ainsi les cavaliers ou royalistes furent nommes tories , et les tetes- rondesou republicains furent appeles fr^/^^.Mais peu k peu, le temps , tout en couservant ces deux denominations , a ef- face ce qu'elles avaient d'ignoble dansl'origine, et les a pour ainsi dire anoblies. C'est done de cette maniere que sout de- signes les deux partis politiques qui divisent I'Angleterre, celui de la Couronne et celui du Parlement. Des lors il s'est forme beaucoup de nuances dans cliacun de cis partis : le torisme, parexemple, se compose dediverses opinions dont les unes vont jusqu'a peucher pour le pouvoir absolu , et d'autres se rapproclient beaucoup du whigisme. II en est de meme du ■whigisme : dans ce parti les uns touclient au torisme, et les autres descendent jusqu'au radicalisme, c'est a-dire au lepublicanisme outre. Cependant il faut dire que depuis long-temps les deux partis ayant change d'interet, on ne connait plus guere que le parti de la Cour et le parti de I'opposition. Depuis la revolution de 1688, a surgi un troisi^me parti, connu sous le nom Ae jacobitc. hes Jacobites sont ceux qui ^ 126 ) Princes, du lord Maire , d'un President d'assemblee , ele. , etl'on ne conrt plusaucun risque d'etre inquiete (i). Quant aux toasls ou sanies porlees danslesrepas ordi- naires , dans les reunions de famille ou autres , nous sont restes fidcles au roi Jacques defrone. C'etaient des rova- lisles purs. A leiir lete etaient les lords ou grands seigneurs qiii ne reconnaissaient pas Guillaume, tandis que les lories ont eu pour cliefs les lords qui se sont rallies a la fortune de Guillaume et ont soutenu sou gouvernenient constitutlonnel. Les irhigs font abslraction de la personne du roi, et sans etre veritablement liosliles au gouvernement royal , sont en- tierement devoues au Parlement. (i) Cependant les journaux du 4 fevrier i836 ont parle d'un toast (jui , porte dernierement dans un grand repas a Londres , a, disent-iis , excite au plusliaut degre I'attenlion puLIiijue ; voici le fait : « 11 y a quelque temps que M. « Heywood puLlia dans un journal que dans un hanqiiet cc doune a la grande loge orangiste , de laquelle S. A. R. le « due de Cumberland est grand-maitre , on avalt porte des cc toasts avec des allusions pour fliire croire que le due serait cc nomme roi d'Anglelerre a la mort du roi et a I'exclusion « dela princesse Victoire. Le colonel Fairmann , secr6taire « de la loge, a porte plaiale en diffaniation rontre M. cc Heywood. Ce procos promettait de grandes revelafions tc contre le due qui est a la tete des tories anglais ; mais cc le jour ou le proces devalt avoir lieu , on a appris la mort cc subite de M.Heyvood. Cet evenenient a donne lieu a mille cc versions , et le soupron d'empoisonnement circule dans tc le public. 55 Ne serait-il pas prudent d Londres conune .t. Paris de se deller un pen de la veracite de certains faits, de certains articles dont quelques journalistes a imagination feconde saupoudreut leurs feuilles pour les rendre plus pi- quantes? ( 127 ) avons dcrnierenient trouve dans un journal (i) un article iraduit de I'anglais, qui renferme quelques details et nieme quelques preceptes a cet egard. Le style de cet article nous fait presumer que la traduction est tres- litterale. C'est une raison de plus pour que nous prenions la liberte de le mettre sous les yeux du lecteur. « II n'est pas d'usage , dit Tauteur , de boire sans porter la sante d'un autre convive. Au moment ou vous levez votre verre , vous regardez fixeraent celui que vous avez provoque a boire , vous faites une leg^ere in- clination de tete , et vous buvez 5 il est tres poli de provoquer ainsi les convives a boire : un messager est souvent envoye d'un bout de la table a I'autre pour annoncer a M. A. que M. B. desire boire avec lui. La- dessus, les deux convives se regardent fixement I'un Tautre , et accomplissent , bien souvent a contre-coeur , toutes les formalites de celte ceremonie avec la derniere ponclualite. Si la compagnie n'est pas nombreuse, et qu'un individu qui a deja provoque cbaque convive a boire avec lui , desire encore faire quelques libations , il devia attendre le dessert , s'il ne se sent pas assez de courage pour braver cette coutume. » Dans le meme chapitre , on trouvera , col. 98-99 , avant la citation precedente , un petit code de polilesse (1) Ce journal frangais a pour titre : Journal des travaux de la Soclete francaise de statistique universelle. Nouvelle serie , gr. in-80 a deux colonnes , n° 2 , aout 1 835. Le cha- pitre general d'ou est tire cet article est intitule : Nouvelles Techerches statistlques faites en i835 , sur Londres etses en- virons , par leconite Fedor de Karaczay 5 et ['article particu- lier d'ou nous tirons notre citation , a pour titre : Usages convenus dans la vie sociale. Col. 98-io4-^oyez particu- U6reiuent, col, io3, Un diner anglais. ( 128 ) an.'yla'isc , cVsl-a-dirc , de re.»"les dc conduite necessalres a connaitre et a praliquer, si Ton veul , dit rauteur, passer pour uii homme blen clcve. Nous avouoiis lian- cliement que ce code nous a paru assez singulicr ; quel- ques articles seiubleraient coincider , taut pour les pre- eeptes que pour la familiarite du style, avec ceux de notre vieux petit livret, La civilile francaise el puerile. Au reste on en va jupjCr. Nous rapporterons d'abord les articles qui regai'dcnt le repas : K A table , ne rien prendre ni offrir avec les doigts , mais se servir toujours d'une cuillere. « Ne pas rongcr les os avec les doigts. « Sc mouchcr Ic nioins possible , surtout a table , et ne pas ctcrnucr bautemcuL a Ne jamais craclier, et surtout sur le tapis. « Nc pas s'appuyer sur ses coudes a table. u Rendre son verre a bicrre , apres I'avoir vide. « Apresla soupe , on peut dcmander a un domcstique , en prenant le verre qui se trouve dans une coupe de cristal , soit dc I'eau , soit du sbcrry, du bock ou du claret (i). Mais il f'aut eviter , autant que possible , de demander du vin pour boire seul. (( Apres avoir vide son verre de vin , il faut le remcttre dans la coupe. « Quand on est engage par un convive a boire un verre de vin avec lui , on vous dcmande ou il faut demander : u De quel vin? » II est de la politesse de ne pas refuser de s'en faire verser dans son verre , d'at- tendre que I'autre ait rempli le sien , et de faire le signe de tete avant de boire. On n'est pas oblige de vider en- (^i) Sherry , \'u\ i}iEs\^ao^ue tire de I'Andalousie j hock f via du Rhiii j darct^ \iu clairet. ( 129 ) tierement son verre; cela facilitc beaucoup, (danslcs diners de garcons, ou Ton est plus souvent provoque a boire ) , a ne prendre que la quantite de vin qui con- vient. On peut faire remplir a plusicurs reprises son vin commence ( sic ) . « On ne peut oflFrir un verre de vin a des personnes d'un rang plus eleve (i). On ne s'adresse qu'a ses con- naissances. « Ne plus offrir a boire a personne au dessert , mais faire passer la bouteille de droile a gauche ; en offrir a sa dame a gauche et lui verser du vin avant de s'en servir soi-meme. « Manger moderement, boire ad libitum, et derai- sonner avec esprit. a Se lever lorsque les dames quittent la table •, elles se retirent lorsque la table est garnie de bouteilles qui doivent tourncr (2). (i ) Cependant Voltaire a dit : cc Le Dictionnaire de Tre~ cc voux nous avertit qu'on ne boit point a la sante de ses « superieurs en leur presejice. Passe pour la France et pour tc I'Alleiuagne; mais en Angleterre c'est un usage re^u 5 il a y a moins loin d'un liomme a un homme a Londres qu^a cc Vienne. » L'article que nous venons de citer dement cette assertion. (2)11 est dit ailleurs (a l'article d'un diner anglais^ : « On cc met ordinairement devant I'ampliytrion quatre llacons « contenant des vins de Bordeaux, de Porto, de Xeres et cc de Madt;re. Quelquefois I'ampiiytrion met ces flacous sur « un petit chariot a roulettes et les fait passer a son voisia cc de gauche. Le chariot fait ainsi le tour de la table , et cc s'arrete devant chaque convive qui prend a son tour le cc vin qu'il souhaite. Ces flacons clrculeut plusieurs Ibis au- «c lour de la table. » 9 ( 130 ) « Ne jamais porter le couleau, a diner, dans sa Louche, ni ne sVn servir pour nianj^cr du poisson , luais so servir loujours de la fourchctte. « Ne jamais toucher avec les doigts du sucre quand on vous en oITre. » Tels sont les articles concernant la table et les for- malitcs pour y boirc. Le nieme code en rciifernie d'au- tres dont riniporlance n'est pas inoins remarquable. Nous en citerons encore queUjues-uns pour rediliealion et instruction dcs Francais disposes a aller visiter les bords de la Tamise et a s'y presenter en honimes bieii eleves. u Paraitre toujours avec du linge propre, les che- veux bicn peignes, les mains bien lavees, les ongles bien soignes. a Se faire la barbe tons les jours. « Ne saluer jamais une dame le premier : il faut attendre un signe de Icte qui vous y invite. « Se bicn garder, en allant dans les rues, de laisser voir une partie de sou mouchoir de pochc , si Ton veut eviter de le perdre par I'adrcsse des filous. (I Le soir , et en general dans les rassemblemens du peuple, il faut bien avoir soin de ses poehes. a La maniere de frappcr a une porte ( k77ock ) , a Londrcs, merite quelque alleulion : un domestique , un ouvricr, un marcliand frappent modestement un scul coup 5 le factcur de la posle aux lettres s'annoncc par deux ; un ami en frappe au moins trois 5 niais le laquais qui descend de derriere un equipage, frappe douzc a quinze coups de toute la vigueur de sou bras. )) Nous demandons pardon pour ces details, parfois plus que familiers , dont nous avons scrupulcuscmcnt ( 131 ) respecte et le fond et la forme ; mais en fait de tableaux de nioeurs , on ne doit rien negliger. Lcs parliculari- les lcs plus minutieuses, iralent-ellcs meme jusqu'au ridicule, iuteressent toujours, surtout quand il est question d'un peuple aussi renomme que celui qui nous occnpe. Revenons a notre objet , et fuiissons par dire que les toasts politiques sont ceux auxquels on attache main- lenant le plus d'importance dans les reunions que les circonstances font naitre , tant a Londres qu'a Manchester, Dublin, Edimbourg , etc. On pent en juger par la lonjfjueur , et parfois la vehemence des discoursqui souventaccompagncnt ces toasts. Ce ne sont plus des sanies que Ton porte , ce sont des considera- tions politiques que Ton elale inter pocula sur la crise du moment , et dans lesquelles I'orateur pose des prin- cipes eonformes a son opinion et a celle des assistans , cherche a en prouver la justesse , les exalte au plus haut degre, promet de les appuyer en temps et licux, puis finit par des vceux pour le succes de la cause qu'il defend, du parti dont il est I'organe. Ainsi, la table n'est plus I'aslle de la eordialite , de la franche gaiete comme elle I'etait autrefois •, on la convertit en tribune , et ses doux plaisirs font place a la lutte des passions politiques, a leur incandescence et a la crainfe de tout rapprochement entre les partis. Est-ce un bien , est-ce un mal? II faut que ce soit un bien, puisque Texemple a gagne ! ! ! UN CHAPITRE DE L'lIISTOIRE DU PRESIDENT DE BROSSES (O. -=^<&tim¥, II. De Brosses s'etalt prepare au voyage d'outre-monts par les lectures les plus varices et par des excursions qui marquaicnt alors dans une vie de province. II con- naissait Geneve, et il avalt vu deux fois Paris. Dans un premier scjour qu'il fit dans cette capitale en 1782 , il avait assiste a la premiere representation du Glo- neux, vu danser Gavilliers , Maltere et la Camargo , entendu le violon de Leclerc , les motets de Lalande , la voix tonnante de Chasse , la meilleure basse-taille et I'acteur le plus noble dont I'opera ait garde la me- molre. II s''etait passionne pour le chant et les graces de M™* Carle Vanloo, fille,femme et soeur d'artistes egalement celebres a divers litres. II avait vu le (1) Une nouvelle edition des lettres ^crites d'ltalie par le president de Brosses en 1739 et i74o» paratt en ce mo- ment meme a Paris. C'est ce qui a determine I'auteur du chapitre qui suit a detacher de la biographic du President ce fragment tout a fait episodique, et a le publier preraatu- rement, comme un hommage a la production la plus bril- lante d'un des membres les plus eminens de I'ancienne Academic. ( 134 ) grand monde et le mondc pnrlemcntaire , sans ne- gliger SL'S relations nalurelles avcc Biiflon et les au- tres represeiitans litleraircs de la patrie dijonnaise. Ce dernier deja frappait a la porle de rAcademie des sciences. Crebillon , ce volcan , qui fiiinait toujours , proinettait des-lors Catilina ; P\von pri^p;uMit Gustave, et Rameau son premier opi'-ra (J/ippoljte). Un second voyage forlifia ces precieuv rapports ct liii en donna d'autres avec les savans Bour.;jui,'jnons de I'Academie des belles-lettres et de la blljliolheqiie du Roi, Sallier, Melot, Moreau de Manlour, Saintc-Palaye. Ces sou- venirs, on va Ic voir , ne furcnt point pertlus. Le saniedi 3o mai 1739, de Brosses partit de Dijon avec un autre jcune conseiller , son parent , M. Loppin, homnie dVsprit, ami indme des lignes droites , comme il Tappelle, un peu singulier, niais assez bon geo- mclre apres tout pour que sa reputation priniat alors celle de BufTon dans Icur commune patrie ; car ce der- nier nc fii( inscrit qu'apix's lui sur la liste de I'Acade- niie , fondce a Dijon en i^/}^- Le 7 juin, les deux voyageurs etaient a Avignon : c'etait encore la France, ct c'etait deja rila!ic. La ils avaient rendez-voiis avcc Saintc-Palaye , Tautcur des Menioires sur I'ancienne Ches^alerie , et Lacurnc , ce modele aclicvc de la tcndrcssc frater- nelle , dont toutcs nos biographies out omis le nom, que Plutarque aurait rendu imraorlel. line ctroite amitie unissait de Brosses aux deux freres; ils avaient avec lui des gouts communs, Lacurne celui de la musiqtie , Saintc-Palaye celui des incriplions; niais surtout, ct ce lieuavait bien certcs une autre puissance, par la naissauce ils apparlcnaieni tous irois a noire ( 135 ) Boiirgognc , dont nuls autrcs ne possedaient mieux la joviale et franche cordialhe. La curiosite n'etait pas tout d;iiis ce voyage. Par un de ces devouemens litteraires qui ne pouvaient plus guere se trouver qu'en province , de Brosses venait de s'imposer une tache qui avail manque aux labours et a la gloire du xvi" siecle, la reslitutiou de Salliisle. II revait aussi une edition de Suelone. Sainte-Palave au contraire allait causer avec Muratori, son emule, et cherchait principalement en Ilalie les souvenirs et les manuscrits du moyen age. Avignon, la vieille vlllepapale, n'arrela pasbeaucoup les quatre voyageurs. L'epoqucadniirailpeu ces redans, ces machicoulis, ces belles murailles crcnelecs et flan- quees de tourelles qui nous plaisent tant aujourd'hui qu'une revolution en a fait des mines. Sainte-Palaye seul visita Yaucluse : les sonnets avaicnt fait leur temps, et Pctrarque n'etait pour de Brosses qu'un so- netliere. Mais a Aix, la cite parlementaire , celui-ci crut avoir retrouve Dijon. Dans ses lettres de juin ly^^, il se complait fort a comparer ces deux cites jumelles et ne sait trop a laqnelle adjuger le prix de la beaiite. 11 ne prisa gueres moins Marseille et Toulon. Mais, dans ces deux villes, cl nieme a Gtiies , cclte carriere de marbre taillee en colonnades , au milieu de ces palais tons peints a fresquc , et semblables a une immense decoration do- pern, cequi le frappa le plus, ce fnrent les cliefs-d'oeu- vre de noire grand slatuaire Puget, eel homme de genie a qui la conscience de sa superi:£€C<: POESIE. IL=3 ^WS IDIU l?(DlII£IBa FABLE. Pres de mon feu , le coiide appuye sur ma table, Seul , revant au hasard , je savoure a loisir Du dalce far niente le facile plaisir. Cliangeons de jouissance , oui , rimons line fable : Ce travail est si doux ! il me coute si peu ! Le sujet en est la, devant mes yeux , le feu 5 Le feu dont la chalenr entretient dans ma cbambre L'atmospbere de juin a la fin de decembre. Conibien de plalsirsje lui doi ! C'est un fidele ami qui me tient compagnie, M'occupe, me distrait , qui seul a de la vie Quand tout est immobile et muet pres de moi. Observons ses progres : une flamme bleuatre Qui du cliene voudrait embrasser le contour, S'ecbappe faible encor , eclaire a peine I'atrc , Parait, disparait tour a tour. BIent(jt elle grandlt, serpente , se deploie, Et, pour la devorer, enveloppe sa prole. Dansles flancsduvieuxtrond'airlongtemps comprlme, Sifile ou gronde en sortant de son gUe enflamme } Et, changee en brulante ecume, La seve cbercbe a fuir I'ardeur qui la consume. r 155 ) Si I'edlfice dii foyer A son centre mine par la flamme ennemie S'ecroule, le valnqueur languit sans energie, Ne trouvant plus a guerroyer. Aussitot je saisis mes pincettes fideles , Mestisons rapproches au vorace element Donnent un nouvel aliment; Annonce par I'eclat d'un millier d'etincelles, Le combat recommence avec acliarnement. Que reste-t-il au denoument De cette guerre rallumee? Un debris de cliene noirci , Des cendres et de la fumee. Que de debats fameux se terminent ainsi ! Par M. Bressier. ( 156 ) »••••••»•»« ILIS M>^^ ISII ILISS laSBAiaiD, FABLE. Le loup , franc scelerat , aimant a le paraitre , Et son ami renard, non nioins mediant peut-etre, JVlais palelin , hypocrite et sournois, Jaloux surtout d'oviter le scandale, S'etanl rencontres dans un bois , Lierent I'entretien Sur quoi? Sur la morale. Leloup disait : Vas done parler hunianite Devant celui que la faim presse. Je suis cruel ! ma loi, c'est la necessite ; Mes droits sont la force et Tadresse. De telle sorte, ami , le monde est arrange Qu'il faut manger autrui , sinon etre mange; Le premier lot vaut mieux. — O ciel, qu'oses-tu dire? Ami, dit le renard, quel noir demon t'inspire? Devorer des etres \ivans , Et sous la dent impitoyable Broyer leurs membres palpilans! All ! c'est un crime abominable. Les racines, les fruits, et Tlierbe et les moissons N'assurent-ils pas la pature Des divers aniniaux dans loutes les saisons ? Notre mere a tous, la nature, Est-elle avare de ses dons? ( 157) J'aime a voir les agneaux dans la verte prairie, Sans cralnte et sans remords brouter I'lierbe fleurie, Et je me dis : ils sont lieureux. Tandis que relegue dans sa caverne sombre ^ L'animal carnassier , agile, soucieux, En sort la nuit , commet lous ses crimes dans I'ombre, Comme indigne de voir la himiere des cieux. Le bonheur est dans I'innocence Maisj'entends Oui, ce cri part d'une basse-cour; Attends-nioi , je vais faire una reconnaissance} C'est ma coutume au point du jour. II s'eloigne a ces mots. Un quart d'lieure s'ecoule Et mons renard est de retour, Tenant dans sa gueule une poiile. Oil ! oh ! lui dit le loup , sage predicateur Qui veut vivre de fruits, d'Lerbes et de racines, Mets done d'accord , pour ton lionneur j Taconduite avec tes doctrines. Helas! dit le renard , certain penchant fatal , Par une impulsion soudaine, A de petits ecarts m'entraine. J'imite en ceci l'animal, Kotre roi pretendu , doue par excellence De vertus et d'intelligence : Je vois le bien, je fais le mal. Par M. Bressier. —— wSSSB* C 158 ) v«*«G«»«t«««««t«»«««i«»«fi«e«»«««t*»»««ft#«««tt««««€«o«e*»««« »««•£«•• E*S1M1» 1^ T2^. BI3f^{£H««iE=. 1 A M. B F. Qun les coeuTS sont ingrats et qae bien mieux il vant X)e bonne Leure iispirer et se fonder plus haut. Saime-Bbuve. Quo! ! vous voulez une pensee De moi , dans votre Album ; niais elle sera la Conime au milieu des fleurs une feuille froissee I... La voila. # Que j'alme ces longs flots que trise Du nord la ^emissante brise ; Que j'aiine ce bateau leoer Qui me porte au sein du danger ( 159 ) Sur une Llanclussaiite vague Qui me represente le vague D'un cocur par le doute agite ; Que j'aiuie ce lac tourmente. Je pars sur la fol d'line efoile; Le peril? nion ardeur le voile, Et je me livre aventureux A la puissance de ma voile. JMais le vent se dechaine aff'reux , Ah I j'ai trop hrave la tempete , La foudre menace ma tete, Le mat se brise ! A tes decrets soumis Je les attends, grand Dieu !... Mais les vents ennemis Deja raolns furieux glissent sur ma nacelle , De I'espolr du rivage une faible elincelle Parak a mes regards... lielas! en vain Les flots Qui se brisent au loin font niugir les eclios; Plus redoutable encor , la tourmente s'apprcte j Des vagiies j'aper^ois la mcnacante crele , L'une d'elles ,.... mallieur !.... arraclie de ma main Larame qui, du bord , vole en eclats soudain ! EU ! quoi, nul ne viendra dans ce peril extreme Me secourir! A son lieure supreme Ainsi qu'au jour des pleurs , I'hommeest abandounej L'amilie n'est qu'un mot k tiomper destine. Mais j'entends pres de nioi commc une voix amie! Oil ! c'est toi ! parle ainsi ! que j'aime tes accens ! Par eux que la douleur est bientot endormie ! lis penetrent mou coeur , ils ranimcnt mes sens ; C'est loi qui viens m'aider a gagnerle rivage, QuVUe est douce ta voix au milieu de I'orage ! Le vent s'apaise enfin , et le ciel devient pur , Le poit s'ouvre et le lac a repris son azur. Ainsi, sans Loussole et sans guide, Confians , le plaisir nous guide Dans le luonde aux cliemins glissans j Aux prestiges trop caressans Tout-a-coup rillusion cesse, A la plus entrainante ivresse Succede , a nous brlser le cceur , La haute legon du malheur. Puis viennent la pliilosopliie Et les pensers d'un sublime avenir j L'ame a la raison se confie , EUe s'eleve, elle se purifie, Et, couime un lointain souvenir, Comme le flot sous le vaisseau qui passe, Comme I'oiseau qui fend I'espace , Comme la nuit quand le jour va venir, Tout orage en elle s'elface ! Jur.ES Pautet. hnm DES MEMBRES DE L'ACADEMIE DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJOIV , POUR l'ann6e i835. BUREAU. President, M. Peignot. Vice-President , M. Bressier. Secretaire, M. Pingeon. Secretaire- Adjoin t , N Bibliotliecaire , M. Peignot. Garde des medailles et antiquites, M. Baudot. Conservateur des collections d' Hist. naturelle,M.. Antoine. Tresorier, M. TiLtoY. CONSEIL D'ADMINISTRATION. President, M. Peignot. M. Antoine. M. GUENEAU d'AumONT. M. Fevret DE Saint-Memin. Secretaire, M. Toussaint. COMMISSION ANNUELLE D'AGRICULTURE ET D'INDUSTRIE , FORMEB DA»S LE SEIN DE l'aCADEMIE. M. TiLLOY. M. Mo R LAND. M. Sene. M. Pautet (Jules.) COMMISSION PERMANENTE DES ANTIQUITES j FORMEE DANS LE S£IN DE l'aCADEMIS. President, M. Baudot. ( 162 } M. DE ClIARREY. M. Fevret ue Saint-Memin. M. Peignot. Secretaire f M. d'Aumont. ACADEMICIENS HONORAIRHS RESIDANS. M. Ranfer , baron de Breteniere (O * ) coiiseiller d'etat, premier president de la Cour royale. 24 Janvier 1816. M. RiAMBOuRG , anclen president a la Cour royale. 2.^ Jan- vier 1816. M. le chevalier de Berbis ^^ ^ anciea depute de la CAle- d'Or. 12 Mai 1822. M. Chafer (A.) * , prefet de la Cote-d'Or. 26 Decembre i832. ACADliMlCIENS HONORAIRES REGNICOLES. M. le comte de Tocqueville ( O ^ ) , commandeur de I'ordre du Merite civil, dit de la couronne de Baviere, de Tordre de I'Aigle rouge de Prusse , de seconde classe j ancien prefet de la Cote-d'Or. 6 Mars 1816. ACADEMICIENS HONORAIRES ETRANGERS. S. A. R. le prince Auguste-Frederic d'Angleterke y DUG DE SUSSEX, a Londres. i'b Mai 1818. Lord Holland , Pair d'Angleterre, a Londres. 6 Mai 1818. ACADEMICIENS RESIDANS. M. Antoine , docteur en medecine , agi-ege au ci-devant College de medecine de Dijon , ancien meder in des liopi- taux civil et militaire de la meine ville, professeur vt di- recteur de I'ecole secondaire de medecine, membre corres- pondant de I'Acad^mie royale de medecine et de la Sociele des arts et agriculture de I'Arriege, etc.; I'un des fon- dateursde laSociete medicale deDijoa. (CI. des Sciences). 2 1 Decembre 1786. ( 1C3 ) M. Vallot, docteur en mc^'decine , professeur-adjoint d^his- toire naturelle a la Faculte des sciences de I'Academie royale de Dijon ; niedecin des epideniies du departement de la Cote-d'Or, cliai'ge de ■ I'arrondissement de Dijon; niedecin titulaire du Grand-IIopiUiI ; professeur a I'ecole Seconda'iie de medecine, et de botanique au Jardin des Plantes; meniLre de la commission departementale des antiquites de la Cote-d'Or, coirespondant de la Societe I'oyale et centrale d'agricultiire de Paris, etde I'Acadeuiie royale de medecine de la menie ville , membre de plusieurs autres Societes savantes, nationales et etrangeres. (CI. des Sciences ). 26 Janvier 1792. 'M. MoRLAND, docteur en medecine , professeur d'histoire naturelle a la Faculte des sciences, et de hotanique au Jardin des Plantes; professeur a I'ecole secondaire de medecine. ( CI. des Sciences et CI. des Belles-Lettres ). 3o Novembre 1798. M. le comte Charbonnei. (C. #), ( G. #), lieutenant general des armees du Roi , inspecteur-general d'artillerie. (CI. des Sciences ). 21 Avril i8o3. M. Berthot * , inspecteur-general de I'Universite de France, recteur de I'Academie royale de Dijon , doyen de la Faculte des sciences, professeur de niatlienialiques a la merae Faculte. ( CI. des Sciences ). 7 Juilltit i8o3. M. PitoTAT, docteur en medecine, ancien cliirurgien major et medecin en chef dans les liopitaux militaires et aux armees; membre de I'ancienne societe de medecine de Paris, des societes de medecine de Lyon , Strasbourg, Nancy, etc. ( CI. des Sciences et CI. des Belles-Lettres ). 7 Juillet i8o3. M. Devosge , directeur de I'ecole des Beaux-Arts et pro- fesseur de peinture a la meme ecole, membre de la com- mission departementale des antiquites de la C6te-d'0r. ( CI. des Beaux-Arts ). 11 Mars 1806. M. Providuon ( * ) ) anciea baton-nier de Tordre des ay<>- ( 16-4 ) cats , doven et profcsseur de la Faculte de Droit. ( CI. des Bclles-Lettres ). 17 Juiri 1807. ]V1. Peignot (Gabriel), inspecteur de I'Acadeniie royale de Dijon, ancien Libliotliecaire de la Haute-Saone j etc. (CI. des Belles-Lei tres ). 8 Decembre i8i3. M. Guenf.au o'Au.mont , secretaire de la Faculte des sciences, prof'esseur de pliysique a la meiiie Faculle et au College royal ; niembre de I'Acadeiuie de Nancy. ( CI. des Sciences etCl. des Belles-Lettres ). 24 .3. M. Artur , professeur de physique a 3i Decembre 11334. M. Cli. Babbage, de la Societe royale de Londres et de celle d'Edimbourg , secretaire de la Sociele aslronoinique de Londres, etc. , a Londres. 7 yloilt 1822. M. le due de Bassano ( G. C. * ) , grand'croix de I'OrJre de Saint-Etienne de Hongrie , grand'croix de I'Ordre de laFidelitedeBade, etc. 5 ancien niinlstre -secretaire d'Elat, pair de France , a Paris. M. Bastard , ancien professeur de Botanique, aCliiilonnes pres d'Angers. 24 Fevrier i 8 1 3. M. BoNAFoos, directeur du jardin botanique, k Turin. j4 Decembre 1 83 1 . M. BollutGrillet, docteur medeciu, a Dole. 9 Decembre i835. M. BouREE, docteur en meilecine, president du Coniite de salubrite de Chalillon-sur-Seine, correspondant de la So- ciete royale des autiquaires de France, a Chatillon. 18 Juillet i832. M. Breghot du Lut, conseiller a la Cour royale de Lyon y nieiubre de I'Academie royale des sciences, ])elles-iellres et arts de Lyon, etc. , a Lyon. 8 Decembre 1824. M. Brifaut , membre de I'Academie iran^aise, a Paris. 16 Mars 1825. S. S. le due DE Brissac, (C. i$), pair de France, ancien ( 167 ) prefet du departcinent de la C6te-d"0r, a Paris. i/^Juin 1812, M. le clievaller Cauchy (O. * ), officler non commardeur de I'ordre du S.iint-Espiit , garde des archives de cet Or- dre , etc. , a Paris. 7./^ Jain 1812. M. le cointe Maxime de Choiseul-d'Aillecourt #, mem- bre de I'Institut, ancien prelet de la Cote-d'Or, a Paris. 1 3 Sep tern bre 1 8 x 5. M. Colin , professeiir de cliimie a I'Ecole royale niilitaire de Saiut-Cyr, a Saint-Cyr. 12 Avril 1820. M. CosTE , de I'Academie royale des sciences , belles-I,ettres et arts de Besan^on. 26 Juillet 1809. M. Delcros ^ , capltaine de premiere classe au corps royal des ingenieurs geograplies, employe aux operations de la carte de France, a Paris. 29 Novembre 1820. M. Desfontaines 4t i niemtre de Flnstilut ( Acadeuiie des sciences), professeiir de Lotauique au jardin du Roi, a Paris. "6 Juillet 1798. M. le baron des Genettes (C. *) , niedecin en cbef des armees , nierubre du conseil de sanle au minist^re de la guerre, a Paris. 14 Mars 1810. M. Foisset, juge au Tribunal de premiere instance, a Beaune. i^Jiiin 1820. M. DE Frazans, conseiller u la Cour royale de Paris. 29 Novembre 1826. M. Fremiet-Monnier , greffier en cbef des Etats du Hai- naut, a Mons. 4 Mai i8o5. 3VI. Genisset, secretaire perpetual de I'Academie de Be- san9on. 24 Fevrier i83o. M. Giraro deCaudemberg, ingenieurdes ponts etcbaus- sees, a Saint-Malo. 16 Decernbre 1829. M. Grefpo, Yicaire-general de Belley. "b Juin i835. M. GuiLLAUME, juge au Tribunal de premiere instance de Besan^on , etc., a Besan^on. 22 Mars 1820. Sir Herschel (J.-Fr.-W.), de la Soclele royale de Lon- dresj etc, , a Londres. 7 Aoilt 1833. ( 168 ) M.HeyfelJer, premier medecin de la regence de Sigma- rliioen , en Souabe. lO Juiii i835. M. Hubert , iiispecleur de I'Academie Universitaire d'A- niiens. 5 Mars i834. M. le chevalier HuzARD * , chevalier de I'ordre de Saint- Michel , membre de I'Institut , etc. , a Paris. 2^ Aout 1798. ]VI. Jacotot, ancien professeiir de litterature a I'Universite de Louvain , si Lille. 22 Aout 1798. M. Labouderie (I'abbe de), vicaire general d' Avignon , membre de la Societe des bibliophiles , a Paris. 20 Avril i83i . M. Auguste de Laboui'sse , liomme de lettres , a Castel- naudary. 2.6 Mai 1824. M. DE Lasalette ^ , marechal-de-camp d'artillerle , h Grenoble, i^r A/a/-5 i8i5. M. Legrand # (C. *) , decore de divers ordres etrangers, mareclial-de-camp dii genie en retraite , a Vosne pres Niiits. 28 iVoce/rtiz-e 1804. M. le chevalier Lenoir #, administrateur des monumens de I'eglise royale de Saint- Denis , k Paris. 2 Decembre 1 81 8. M. le comte Le Peletier de Saint-Fa rgeau , a Paris , 8 Aviil 1829. M. Maillard de Chambure, avocat a Semur. 3o Dd- cembre 1825. M. Malo (Charles), homme de lettres, membre des Aca- demies de Lyon , Rouen , Bordeaux , Toulouse, Marseille, directeurde la France Litttlraire , a Paris. 18 Juillet 1827. M. Marchant , docleur en medecine, membre de I'Aca- demie royale des sciences , belles-lettres et arts de Besan- ^on. 4 Fevrier 1800. M. Martin, docteur en medecine, ancien president de I'Academie de Lyon , a Paris. 19 Fevrier 181a. I ( 169 ) M. Masson-Four , anc'ien pliarinacien , a Pans. 12 Avrit 1809. M. Masuyer , agrege au ci-devant College de medecine de Dijon, professeur de cliiniie medicale a la Faculte de me- decine de Strasbourg. 23 Dccemhre 1784' M. MoLLEVAUT , uienibre de I'lnstitut, elc. , a Issy , pres Paris. JVl. MoNNiER , memhre de la Societe royale des antiquaires de France , a Lons-le-Saunier. 9 Juillet i834. M. DE MoNTMEVAN (Isidoro), Secretaire de I'Acadcmie des sciences, agriculture, lettres et arts d'Aix, a Aix. 23 Avril 1828. M. NoDiER (Charles), conservateur de la BIbliotlieque de I'arsenal de Paris. 27 Deccmbre 1826. "M. Paillet , (dePlombieres-les-Dijon), homine de lettres, a Paris. 7 ilfa/i834. JVL Parkes (Sam.) , membrede I'lnstitut royal de la Grande- Bretagne , etc. , a Londres. 24 Juillet 1822. M. Passy , geologue , prefet de I'Eure , a Evreux. i^r Juillet i835. M.Pericaud , bibliotliecaire de la ville de Lyon, menibre de 1' Academic royale des sciences, belles lettres et arts et du Cercle litteraire de Lyon , a Lyon. 4 Mai i%i5. M. Persoon , naturaliste, a Paris. 3 Decembre 1823. M. PiHAN de Laforest, lioiume de lettres, a Paris. 3 Juin. 1&35. M. Planche , pliarmacien , menibre litulaire de I'Academie royale de medecine , a Paris. 24 Feviicr 181 3. M. PoMMER, professeur a la Faculte de medecine de Zuricli. 24 Juin i835. M. Puvis, membra du Conseil general du departement de I'Ain, a Cuiseaux. 25 Atai i83i . M.QuATREMERE DE QuiNCY (O. # ) ,clieval!er de I'Ordre de Saint-Micliel, membra de I'lnstitut, elc. a Paris. 8 Aoul 1821. ( 170 ) M. Ror.LE , anclen bibliotliecaire de la ville de Paris, i Mars 182,5. M. Seguier (O. * ), ancien prefet de la CAte-d'Or , prefet du departementderOrne, aSt.-BrissonparGien (Loiret). 1 2 Jnin 1822. M. Sur.EJiAiN DE MfssEKY, anclcn officler au corps royal d'arlillerie, etc. , a Beauiie. 23 Julllet 1709. M. le chevalier Tessier *, chevalier de I'Ordre de Saint- Michel, menibre de I'Inslitut, inspecteur qeneral des bergeries de I'Etat , etc. , a Paris. 3 Juillct 1798. M. Thiebaut de Berneaud, sous- bibliotliecaire a la BI- bliolh^que Mazarine , a Paris. l\ Janvier 181 5. M. Travisini, ancien luaitre de cliapelle a la cathedrale de Dijon, a Tours. \/\Juiii 1809. M. Van-Mons, professeur de chiiuie , i I'Univcrsite de Louvain. 18 Janvier \^o\. M. Yancher, niinistre du saint Evangile et professeur de botaniquea Geneve, membre correspondant de I'lnslilut. 6 Dccemhre 1809. M. de Villeneuve ( Francois), homme de lettres, a Nancy. a Mai 1827. ASSOCIES CORRESPONDANS. M. AiKiN ( Arthur ), membre de la Societe linneenne, secretaire de la Societe pour I'encouragenient des arls , manufactures et commerce de Londres, a Londres. 18 Mai 1818. M. Ajasson deGrakdsagne, directeur de la Bibliothdque populaire , a Paris. 26 Juin i833. M. Arnaud Faiue , docteur en niedecine, au Puy. i^r Avril 1818. M. Artaud , ancien directeur du Musee , a Lyon. i3 Jan- vier 1808. M. Audikert-Caiele , docteur en medecine, a Brignoles, departement du Yar. 28 Juin 1809. M. Bard (Joseph ) , de la Societe royale des antiqiiaires de Fi'anccj a Cliorey j pres Beaune. 1 1 Juilltt i833. ( 1^1 ) M. Barbatj, principal du college de Cliaumont. 19 TDd- cenibre 1827. M, BARPvors, homme de lettres el Jugo de paix , a Paray- le-Monial (Sat^ne-et-Loire. ) 28 Ma/ 1834. M. Begin , docteiir en ni^decine , menibre de plusieurs Aca- demies , ii ft'!etz. M. Berriat-Saint-Prix , professeur a la Faculte de droit de Paris, ler Mai 1811. M. Bonier, professeur de langues anciennes, a Dijon. aS Avril i83o. 1V1. Boucharlat, ancien professeur aux ecoles militaires et a I'Atlienee de Paris , etc. , a Paris. 5 Juillet 1820. M. BouLLEE, ancien magistral, a Macon, residanti Lyon. I'"'- Aoitt 1 832. M. Bruonatelli , professeur d'histoire nalurelle, a Pavie. 29 Novemhre 1820. M. Beurard, ancien ingenieurdes mines du Palallnat, etc. j ;i Paris. 18 Novembre 1802. M. ie baron de Chapuys-jMontlaville , a JVIacon. i3 Jan- vier 1 83o. IM. Chasle de Latouche, des Academies des sciences, arts et Lelleslettres de JVIacon et Lyon, des Societes royale academique de Nantes, litleraire de Lyon, d'e- inulalion de Bourg, pliilomalique de Yannes, d'agricul- ture el des arts de I'Arrlege , a Belle-Isle-en-mer. 26 Mai 1824. M. CociiARD, avocat, membro de I'Academie de Lyon, a Lyon, (j Janvier 1828. M. Colby, esq. , membre de la Societe royale, cnpitalne royal des Ingenleurs , a tdimbourg. 18 JHai 1818. M. CoLLARD de Martigny , docteur en medeciue, a MI- recourl. Alai 1828. M. CoLLYER, membre de la Sociele phllosopliique, a Lon- dres. 28 Janvier 1818. RJ. CoLsoN',clururgien de I'Hotel-DIeu de Noyon. 23 Jan- vier 1 828. ( 172 ) RI. CanwEN, es(j., membre dii Parlement d'Angleterre, president de la Societe d'agriculture a Workington. 18 Mai 1818. M. d'Avezac de Castera de Macaya, membra de la Societe asiatique, a Paris. 29 Jiiillet 1829. M. deLatane de PuyFOUCAULT,a Bergerac. 11 Afa/i83o. JM.Deluc, (J.-A. ),a Geneve. i/\ Juin i8i8. M. Demesmay , liomme de lettres , a Besan^on. 28 De~ cembre i83i . M. Desormes-Duplessis, manufactuiieraVerberie. i^Juin 1800. M. Deviliy (L. ), membre de plusieurs Societes savantesy a Metz. 23 Janvier 1822. M. le baron d'Hojibres-Firmas , a Alais. 5 Mai i83o. IVl. Dodwel, a Londres. i4 Janvier 1818. M. DoNNET (Alexis) , ingenieur geograplie , a Paris. 10 Aodt 182.5. ]VI. Duchesne, docteur en medecine, a Paris. 21 Aout i833. M. DuHAMEL *, membre duconseil general desmlnes, etc. j a Paris. \?> Novenibre 1802. M. DuRET , docteur en medecine , a Nuits. ib Mai i83t. M. Flour de Saint-Genis , a la RocUelle. 25 A/a^i83i. M. Aug. Gauthier, medecin de I'Antiquaille , a Lyon. 28 Mars i832. M. GiNTRAc, docteur en medecine, a Bordeaux. 19 JaU" vier 1825. M. GouLET, arcliitecte, a Paris. 23 Juillel i8o3. M. GoY, sculpteur, membre de rinstitut, etc. 21 Juillet i8o3. M. Gregory (Olintlius), membre de la Societe phlloso- pbique de Londres , a Woolvicb. 28 Janvier 1812. M. Grognier , professeur a I'Ecole royale d'economie ru- rale velerinaiie de Lyon, etc. , a Lyon. 16 Mars 1821. ]VI. GuiGNiAUT , professeur de litlerature grecque , a Paris. 4 Juin 1828. ( 173 ) M. GuYETANT, docteur en medeclne , secretaire perpetuel de laSocieted'emulation du Jura, a Paris. I'b Aoilt 1826. M. DE Haldat, docteur en niedetine , professeur de clii- nn'e , a Nancy. 20 Mai i8o4- lA. Hazard-Mirault, secretaire general de I'Atlienee des arts , etc. , a Paris. 27 Janvier 1819. M. HuBAUD, de 1' Academic de Marseille, a Marseille. 5 Juillet I 820. M. HuRTUEL d'Arboval, amatcur de Part -veterinaire , niembre de plusieurs Societes nationales et etrangeres, a Montreuil-sur-mer. i^r Mai 1816. M. Jacquemyns, docteur en niedecine , a Dadizeele, pres Menin (Belgique). 26 Aout 1829. M. JoBARD , liomme de lettres, ingenieur-lilliograplie , a Brnxelles. 18 Juillet i832. M. T. de JoLiMONT , ex-ingenieur , menibre de I'Academie des sciences, belles-lettres et arts de Caen, de la Societe libre d'emulalion de Rouen , de celle des antiquaires de Nonnandie , etc., a Dijon, i"^*^ JDecembre i83o. M. Lair ^, conselller de prefecture, secretaire perpetuel de I'Academie de Caen, a Caen. 19 Decembre 1827. M. La.moureux (Justin), substitut du procureur du Rol pros le Tribunal de premiere instance, a Nancy. 24 Aoiit 1808. M. Laurens, auteur de I'Annuaire statistique du Doubs, a Besan^on. 25 Mai i83i . M. Legeay, prolesseur au college royal de Lyon. 11 Mai i83i . M. Lemaistbe ^ , ancien inspecteur general des poudres et salpetres, etc. , a La Fere. 18 Novembre 1802. M. Lepeintre, hommede lettres, a Paris. 18 Juillet 1827. M. Levy, professeur de mathemaliques, a Rouen. i3 Avril 1825. M. Levy (Michel), tliirurgien major a I'armee du nord, menibre de la Societe des sciences, agriculture et arts du Bas Rhin. 16 Novenibre i834. ( ^~i ) M. Maixe, professeur agrcge a la Faculle de medecine de Strasbourg. 5 Fevrier i834. M. Matthey, secretaire de la Socielede medecine, a Geneve. 22 Mars 1820. M. MoNGis, procureur du Roi , a Arcis-sur-Aube. 23 JuiUct i834« M. MoNTFALcoN J docteur en medecine, a Lyon. 16 Avril 1823. M. deMoNTHEEOT, liommc de lettres , a Lyon. 9 Juillet 1834. M. MoREAU, f Cesar ) , ancien vice-consul de France en Angleterre, fondateurde I'Academie de Tindustrie agri- cole, manuf'acturiere et commerciale , menibre de la Societe royale de Londres , a Paris. 12 No^'embre 1817. M. MoREAu DE JoNN^s ^, correspondant de I'Institut, etc. , a Paris, id Novembrc 1817. 'M. MoRELOT, docteur en medecine, correspondant de la Societe royale des antiquaires de France, etc. , a Eguilly presPouillyen-Montagne,arrond.dcBeaune.3^o/if 1825. M. Nadaut, Ingenieurdes PontsetCliausses , a CLaumont. 7 Ma/ 1834. M. Naville , docteur en medecine , au Bourgneuf. 20 Aout 1823. M. NicoT, ancien cliirurgien encLefde rh6pital Beaujon , a Paris. 3 1 Decembre 1834. M. Olivier , professeur a i'Ecole centrale des arts et manu- factures, a Paris. 7./^ Jain 1829. M. Opoix, iuspecteur des eauxminerales, aProvins. 9 Avril 1780. M. Parent, docteur en medecine, membre correspondant de la Societe de medecine de Lyon, a Beaune. 28 Juillet i83o. ]V1. Patris de Breuil , liomme de lettres, juge de paix , a Troyes. 20 Avril i?>^5. M. Perolle, professeur d'anatomie, a Grasse. 19 Juillet ^792- ( 175 ) M. pESCHtER, docteur en luedecine , memtre de plusieurs Soci6tes savantes , a Geneve. \o Juiti i835. M. Petit ( Edouard ) * » doclenr en niedecine, correspon- dant de I'Academie royale de uiedecine , a Corbeil. 19 Aout 1818. M. Petitot, statuaire , a Paris. 23 Decembre 1802. M. Pettigrew, de la societe pliilosophique, a Londres. 28 Janvier 1818. M. Picquet, docteur en medecine, decore de la grande niedallle d'or du Merite-Civil d'AulricUe, etc.} a Saint- Claude. 12 Decembre i8o4- M. PiERQuiN , docteur en medecine , a Versailles. 27 Jan- Twr i83o. M. Raym(dnd, prefet et professeur de raatliematlques spe- ciales au college royal de Chambery, etc. , a Chambery, 17 Juin 1807. M. Kevolat ^, docteur en niedecine, medecin en cliefde I'liopilal des aiiencs , a Bordeaux. 16 Mars 1808. M. Rey, liomme de lettres et manufacturier , a Paris. 9 Juillet 1834. M. Richard de la Prade, docteur en niedecine, profes- seur de medecine cllnique , a Lyon. 10 Aout 180'j. M. RicHEROLLE, prolosseur de rhetorique , a Avalon. 1% Mars 1820. M. Richond des Brus, docteur en medecine, au Puy. 14 Mai .834. M. Rousseau, docteur en medecine, clief des tiavaux ana- tomiques du Museum d'liistoire naturelle, a Paris. 4 Juillet i832. M. Salverte (Eusebe), membre de la Chanibre des de- putes, menibre de I'Institut de Fiance , u Paris. 3 yloili 1801. M. Sarkasin, docteur en medecine, a Paris. 3o Juillet 1828. M. SiLYESTRE ^*, secretaire perpetuel de la Societe royale ( 176 ) ct cenlrale d'agrlcultiire , inembre de I'lnstitut de Francffj i\ Paris. 8 Janvier i8o3. Sir Sinclair (John), taronnet , fondateur de la Societe d'agrlculture deLondres, a Londres. 19 Aout 1818. M. SoYER-WiLLEMET, bibUotliecaire en clief'de la vllie de Nancy. 2 Ddccmbre 1829. M. Tanchou , docteur en mtdecine , a Paris. 3o JuTivier M. Thomas, secretaire de la Societe medicale de la Nou- velle-Orleans. 24 Decembre i823. M. TouzET, homme de lettres , a Semur. 20 Avril i83o. M. ViLLOT, arcluviste de la ville de Paris ,aParis. \^^ De- cembre 1824. M. le baron Westreenen de Tiellandt , ministre de S. M. le Roi de Holiande , a La Haye. i3 Aoilt i834. M. ViNGTRiGNiER, doctcur en uiedecine , a Rouen. 9 Jan- vier 1828. M. VoiLLOT , clururgien adjoint de THijtel-Dieu de Beaune. i3 Mai i835. M. VoxzoT, professeur de malUematiques a Cliatillon-sur- Seine. 9 Decembre j835. >S^^2^«- Nota. MM. les Academiciens dontles adresses pourraient Stre inexactcs , sont pries de vouloir bien. les faire rectifier. DES MEMOIRES DE L'ACADliMIE DES SCIENCES, ARTS ET BELLES- LETTRES DE DIJON. PAUTIE DES LETTRES. -^ ' '/J/. *ycn}iec/ /< Exposition raisontiee d'un nouvel Apologetique , ou vue genemle de la Religion consideree dans ses preuves et dans sa doctrine, par M. Nault, p. 3. Recherchf.s historiques et pliilologiques sur la pbilolesie , ou usage de Loire a la sante cliez les peuples anciens et modernes , par M. Peignot, p. 81. Unchai'itre de I'liistoire du President de Brosses, par M. FOISSET, p. J 33. Un mot sur I'liistoire critique de la lltterature anglaise, de M. Mezxebes, par M. Legeay , .p. i49- POESIE. Le feu du roYER, fable, par M. Bressier , . . p. \S\. Le LOUP ET XE renard , faLle , par M. Bressier, p. i56. L'oiiAGE, LA VIE, par M. Pautet , p. i58. LiST£ des membres de 1' Academic de Dijon , ... p. i6i. riK DK LA. TABLE DES MA.TXi.RES. la memoires DE L'ACADEMIE DES SCIENCES , ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. MEMOIRES DE L'ACADEMIE DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. PARTIE DES SCIENCES. DIJON , FRANTIN, IMPRIMEUR DE L'ACADEMIE. 1830. MEMOIRES DE L'ACADEMIE. HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS DU DEPARTEMENT DE LA COTE-DOR, PAR J.-N. VALLOT, DOCTEOR EU MEDECINE, MEMBRE DE PLUSIEURS SOCIETES SAVAMTES , KATIOKALES ET ETRAKGERES. L'etude de Thistoire nalurelle a de tout temps ete cultivee a Dijon 5 il est aise de s'en assurer en recourant aux Memoires , tant anciens que nouveaux , de V Aca- demie des Sciences , Arts et Belles-Lellres de Dijon , et aux differens ouvrages ex professo publics a Dijon sur diverses parties des sciences naturelles. Le developpement acquis, par les sciences depuis quelques annees , exijje que chacune de leurs parties soil traitce a part •, jusqu'a ce jour I'ichthyologie du de- par tcment de la Cote-d'Or n'ayant occupe les loisirs d'aucun de nos compatriotes * , je Tai choisie comme ' cc Cette classe utile (des poissons) , qui n'a pas encore ete observee pour notre departement , dans un aussi grand detail que les autres , n'est ordinairement connue que par les especes qu'elle fournit sur nos tables , et par le plaisir ( ^) objet d'un travail neuf , puisque I'histoire des poissons d'eau douce de la France n'a pas encore ete faite. Notre departemenl place entre les bassins de la Seine, de la Loire et du Rhone ' , ( par la Saone ) , se trouve un des plus riches de France en ichthyologie. Pour donner a mon ouvrage toule la certitude de- sirable , je me suis aided'une ibule dc renseitjncmens ^, je me suis procure tous les poissons de notre pays , je les que procurent les moyens de les prendre. » Vaillant, Sta- tistique du departement dc la Cdte-d'Or , rnss. , tome i , p. 196. Dans la lisle des 17 poissons dont Vaillant donne les noms, cet auteur indique sous le n" 4 la Loche franclie, et sous le n° 5 la Moutelle 5 il ignorait que ces deux nonis designaient le meme poisson. ' La pente du Rhone est communement par metre, de ~- de millimetre. 100 * MM. Boudot , professeur de TEcole des charlres , et archiviste du Departement ; Baudot , juge honoraire du tri- bunal de premiere instance 5 Roger, directeur de la poste a Auxonne , m'ont donne la liste des poissons de la Saone 5 M. Andriot, docteur-medecin a Fontaine-Franraisc , m'a procure celle des poissons de la Vingeanne ( Vigenna , noui qui designe aussi la riviere de Vienne ) et de la Venelle ; M. le docteur Bouree, medecin a Cliatillon sur-Seine , m'a communique celle des poissons de cet arrondissement ; en- fin M. Quentin, archiviste a Auxerre , m'a envoye la liste des poissons de I'Yonne, Je ne saurais trop reconnaitre I'o- bligeance de tous ces Messieurs, auxquels j'adresse de sin- ceres reniercimens. Je me suis egalement adresse aux meii- leurs pecheurs de Dijon , pr^s des<|uels j'ai recueilll diverses denominations que j'ai toutes rapportees au nom scieuti- iique. (7) ai determiaes exaclement; aussi monouvrage fait d'apres nature , contient des observations neuves et des eclair- cissemens curieux sur divers points d'ichthyologie. M. Pataille pere , proprietaire a Maxilly-sur-Saone , et amateur zeie de la science , a eu la complaisance de me procurer tous les poissons de la Saone ; je le prie d'a- greer ici mes remerciraens et de recevoir les teraoi- gnages de ma reconnaissance. Tous les autres poissons, dont je parle , ont ete trouves sur le niarche. II est assez diflLciie de se procurer toutes les especes de pois- sons , en les demandant aux pecheurs , parce que les noms n'etant point fixes , chacun en iaipose a sa volonte; aussi le meme nom est-il applique a des poissons bien differens. Voicice qu'a ce sujet me mandait M. Pataille.